LE MIROIR
Comme un miroir terni d'avoir vu trop d'images, dans son vieux cadre usé dont s'éraflent les ors, la conscience en nous sous la lèpre des âges garde le souvenir de ses premiers décors.
Quelque jeune amoureux de la vie et du rêve avait orné jadis pour accueillir l'espoir g
la chambre claire où mxain tenant tombe sans trêve la cendre nostalgique et morose des soirs ;
Puis il était parti pour cueillir à brassées toutes les fleurs dont s'émerveillent les chemins, brûlant de rapporter au nid de ses pensées les parfums de lajoieetdu bonheur humains.
Un incessant mirage a prolongée sa course,
et sans jamais atteindre au but toujours ofiFert,
il a rassasié sa soif à mainte source
dont sa lèvre et son cœur gardent le goût amer.
Il revient. Les volets sont clos. Des araignées tissent leur toile lourde aux angles du plafond et dans l'ombre et le deuil, calmes et dédaignées, les minutes du temps naissent et se défont !...
D'un geste impatient, s'il ouvre la croisée, dans l'air et la clarté qui entrent à grands flots le passé merveilleux n'est qu'une trame usée où vient se broder, seul, le thème des sanglots.
Lui-même il se retrouve au fond giis de la glace sous la brume de ses désirs inachevés, fantôme qui recule, et s'éplore, et s'efface, devant cet étranger qui, les deux poings levés,
Les prunelles emplies de honte et de surprise, s'arrête, avance encor, puis tout à coup bondit, et frappe le miroir trop fidèle et le brise pour ne plus se revoir tel qu'il était jadis!
AU JARDIN D'AMOUR