‹ Le Collier des heuresChapitre 26 sur 57 · UN SOIR ENTRE LES SOIRS · texte numérisé non relu

UN SOIR ENTRE LES SOIRS

C'est un soir un peu gris pareil à d'autres soirs, une paresse exquise et chaude nous pénètre, déjà la nuit assise au bord de la fenêtre vient de livrer au vent ses vag-ues encensoirs.

Tu es là près de moi, jolie et nonchalante,

lisant d'un œil distrait la pag-e d'un journal

ou confrontant ton rêve au silence banal

qui rend l'ombre plus dense et cette heure plus lente.

AU JAMDIN D AMOUR

Nous avons tous les deux vécu des jours semblables, dont nos cœurs ont perdu le frêle souvenir, car nous n'avons jamais tenté de retenir les gouttes d'or de leurs minutes périssables.

Mais d'où vient que ce soir est pourtant différent des soirs morts et de ceux que nous vivrons encore? Quel charme délicat en secret le décore, pourquoi nous devient-il précieux en mourant?

Si les mêmes baisers flottent sur notre lèvre et si le même amour liante notre cerveau, quel mystère fait donc de cette heure un joyau qui naîtrait peu à peu sous les doig^ts d'un orfèvre?

Avec cette douceur qui veut nous faire aimer son léger souvenir fleuri de plus de grâces, pourquoi ce soir rnet-il des parfums plus vivaces au calice du jour qui va se refermer?

AU PRIiNïEMPS

Oh! les soirs de printemps dans la chambre attiédie!, La fenêtre est ouverte et le jour laisse encor flotter sur les toits gris une poussière d'or... la nuit est là, comme une femme qui mendie! . ..

L'air est sonore, frais et charg-é de langueurs, la voix des cloches embellit le crépuscule ; dans un brouillard la ville au loin se dissimule, et le silence est lourd de toutes ses rumeurs.

AU JARDIN d'amour loi

L'heure tinte, et tandis que l'horizon se moire, donne un charme furtif à la plainte d amour du piano blessé qui g-émit dans la cour... Un oiseau fend le ciel comme une pierre noire.

Tes chers yeux où j'inscris l'inévitable espoir sont des astres vaincus que les brumes oppressent, et sans nous voir nous savourons notre tendresse comme un fruit merveilleux entre les mains du soir.

Je pose doucement mes lèvres sur tes tempes. . . ta tête à mon épaule et mes doigts dans tes doigts, nous tissons à nos cœurs des liens plus étroits jusqu'à l'heure indécise où s'allument les lampes.

Ces minutes d'amour, calmes et sans désirs, la paix de cette trêve où toutes nos pensées s'inclinent dans un vol de colombes lassées nous préparent tout bas d'émouvants souvenirs

Et quand la mort, comme une femme qui mendie, viendra poser ses deux mains pâles à nos fronts, en l'écoutant marcher, nous nous rappellerons les beaux soirs de printemps dans la chambre attiédie

AU JARDIN d'amour IOO

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