APRÈS
Ivres encor du sang- des voluptés dont ils se sont soûlés à pleine bouche, la g'orge sèche et les yeux hébétés, les deux aniants, inertes sur la couche,
Sentent mourir dans leurs cœurs embrasés que désunit le silence des trêves, avec Técho morne de leurs baisers la vaine ardeur du désir et du rêve.
Sous le linceul doré de ses cheveux, ses bras vaincus sont d'inutiles armes, et le remords secret met son aveu entre les cils où palpite une larme.
Lui, l'œil ouvert, cherche au delà des murs et du décor des choses monotones, l'espoir royal qui farderait d'azur son âme où tinte une cloche d'automne.
S'ils sont alors comme des étrang-ers
qui vont veiller au chevet d'un malade,
c'est qu'autour d'eux, dans l'ombre, à pas légers,
le sort moqueur dressa son embuscade.
C'est que, désunis, ils sont cependant comme des acteurs qui tiennent un rôle et c'est qu'une voix au timbre obsédant souffle à chaque cœur les mêmes paroles :
AU JARDIN D AMOLU
« Malgré nos désiis toujours confondus, malgré tant d'ardeurs, mali^ré tant de fièvres, malgré l'essor fou des baisers perdus dont l'acre siveur brûle encor nos lèvres.
Bien que nos deux corps ne soient plus qu'un corps sur le lit jonché de caresses vaines, bien que le plaisir rythme ses accords sur le battement du sang de nos veines.
Notre âme fanée ig-nore l'amour puisqu'en unissant nos lèvres avides le flot des baisers a laissé toujours un peu de lie au bord des coupes vides. »
Ainsi la voix comme la voix d'un mort, triste et dolente et lente et monotone, voix du plaisir qu'assourdit le remords, a fait tinter une cloclie d'automne,
Et les amauts dans leurs cœurs embrasés que désunit le silence des trêves parmi Técho morne de leurs baisers sentent mourir le désir de leur rêve.
AU JAHDIN D AMOUH lOÇ