LE SANCTUAIRE
L'espace nous sépdre et je te sens très proche dans un halo de souvenir et de clarté, comme on sent dans l'ég-lise à chaque coup de cloche, battre le cœur fervent de la divinité.
Les vitraux lourds de rêve enclosent le silence, et l'ombre s'ag-enouille à l'entour des piliers, tandis que sur l'autel une lampe balance le vol muet et doux des espoirs familiers.
LE COLLIliR DES HEURES
Ainsi dans la fraîcheur de l'étroit sanctuaire où nos deux cœurs lointains unissent le mystère d'un désir de bonheur que je veux immortel,
Notre amour essoré parmi des ombres blanches où frissonne un appel de cloches du dimanche est la lampe qui brille au-dessus de l'autel.
AU JARDIN D AMOUR
PANTHEISiME
Avec un bruit de source lente qui s'éplore le vent coule ce soir entre les pins ; là-bas sur les lointains, le tendre azur se décolore et voit déjà la nuit l'appeler au combat.
Je m'attarde allong-é dans la paille foulée que le soleil s'amuse à cribler de ses traits et je reg"arde au bord penchant de la vallée osciller vag-uement la tête d'un cyprès.
LF. COLLIJZR DES HEURES
Je voudrais peu à peu m'évader de mon être, à des rêves nouveaux pouvoir tendre la main, et céder à l'enchantement qui me pénètre sans plus sentir en moi battre ce cœur humain
Je voudrais devenir l'âme du paysage qui vit obscurément dans les veines du sol, je saurais m'y frayer d'invisibles passages, l'oiseau me chercherait dans l'orbe de son vol.
Je me reposerais aux croupes des collines, je viendrais chuchoter aux portes des maisons et ma mélancolie habiterait les ruines dont le profil découpe un pan de l'horizon.
L'hiver de ses doig-ts blancs fermerait mes paupières, je sentirais peser sur moi le ciel trop gris et j'irais m'endormir dans le creux froid des pierres que de leur fouet cinglant battent les vents aigris.
AU JARDIN D AMOUft
Il3
Mais voici le printemps et l'été... Je m'éveille, je bondis des vallons aux rocs les plus lointains, et partout j'accumule en passant les merveilles partout je fais chanter des violons clandestins.
Je deviens le parfum des lys et des pervenches,
l'odeur verte des prés mouillés par les matins, je suis le suc des fruits alourdis sur les branches et le roucoulement des pigeons argentins.
Lorsque le soleil d'aoïit flambe dans les aurores, je m'arrête et demeure immobile sous lui, je le bois lentement par chacun de mes pores jusqu'à l'heure où la lune avec l'étoile luit ;
Alors, dans leur clarté calme et rafraîchissante, j'offre au ciel ébloui de nouvelles beautés, d'impalpables vapeurs s'élèvent dans les sentes et la nature en moi tremble de volupté.
Il4 LE COLLIRR D!£S HtUaF.S
Je connais tout l'amour et toutes les ivresses, je suis l'eau, le silence et la brise et le feu, c'est de moi, c'est par moi que naissent les caresses, c'est moi qui sais donner une existence à Dieu !
Tout se cherche, s'unit entre mes bras nocturnes, le rêve des amants y paraît immortel et je sens comme Tonde aux parois de son urne battre contre mon cœur l'amour universel !
Puis un jour, lorsque le destin, ô bien-aimée, t'aurait saisi la main pour t'amener vers moi, je viendrais palpiter dans ton âme fermée, et tu t'étonnerais soudain de son émoi,
Tu dirais : quelle est donc cette force inconnue qui m'arrête, m'émeut, me surprend et m'étreint ? Qu'est-ce donc que j'attends et quelle est la venue qui rend l'ornbre meilleure et le ciel plus serein ? »
AU JARDIN d'amour Ii5
Je t'envelopperais d'une telle tendresse, que ton cœur se fondrait au feu de mon baiser, et je ferais, de chaque heure, une enchanteresse qui, suivant le désir, sait distraire ou griser. ..
J'exalterais vers toi la beauté de la terre, je mettrais plus de fleurs aux pentes des sentiers, plus d'oiseaux dans les bois, au ciel plus de mystère, et je verrais ton âme et ton cœur tout entiers
Frissonner contre moi d'une joie si profonde qu'ils sauraient oublier tous les vains apparats de la vie inutile où s'amuse le monde et que rien ne pourrait t'arracher de mes bras !...
Iî6 LE COLLIER DES HEURES
VOICI LE SOIR
Voici le soir divin, le soir lég^er parmi ses voiles diaphanes,
la lune a Pair d'un rêve passag-er entre les branches des platanes,
La campag-ne au loin frémit et s'endort sous le silence qui la berce,
l'âme du soleil d'étoiles encor
charg-e l'ombre qui la disperse.
AU JARDIN D AMOUR I I y
0 fraîcheur secrète, ô calme du soir,
la lune bleue penche son urne sur la cime g"rêle des arbres noirs,
Et j'entends, parmi les brises nocturnes
dont le baiser frissonne et fuit, l'écho de ton cœur battre dans la nuit.
l8 LE COLLIER DES HEURES