LE MIRAGE
'on cœur est lourd ce soir comme un ciel lourd d'orage, 'ombre attend la fraîcheur blanche de l'infini, semble que l'azur ait voilé son visag-e ; l'espoir effeuillé le silence s'unit.
e flot mystérieux dort au creux de la vasque ; n'offre plus sa joue au clair baiser du vent ; Q crépuscule lent s'immobilise et masque ir l'étroit horizon les pourpres du levant.
Ainsi mon cœur attend la caresse des larmes, et sa joie indécise est comme une vapeur qui monte vainement pour lui cacher les charmes d'une vie où l'amour se fleurit de douleur.
J'ai vu choir un à un, comme des feuilles mortes, les rêves qui jadis nous avaient possédés, et le vent balayer leur stérile cohorte où traîne le sanglot des désirs attardés.
Toi que j'ai rencontrée au seuil d'une aube pâle, tu penches vers mon front ton visage anxieux, ton amour angoissé tremble sous la rafale dont frémit la lumière et s'énervent les cieux.
Tu m'avais dit : « Regarde en moi vibrer ta vie, entends battre l'écho d'un cœur qui t'appartient; comme un astre dont les clartés sont asservies, l'espoir de mes bonheurs est fait de tous les tiens.
AU JARDIN D AMOLR I27
\e serai près de toi comme une fleur flexible jui voile de parfums la porte du tombeau, t si tu veux parfois prendre mon cœur pour cible e l'offrirai tout nu, au baiser du couteau.
Tu me diras « Ma sœur »,je répondrai « Mon maître », e m'agenouillerai dans l'ombre de tes pas, t si ton rêve un jour vient à me méconnaître e pleurerai si bas qu'il ne l'entendra pas !
Homme un enfant penché sur une source claire ►'amuse quelquefois à troubler le cristal Dour voir naître à nouveau sous des rides légères e miroir où s'inscrit son portrait idéal ;
le me penchai sur toi pour apprendre mon âme : e la trouvais plus belle et la comprenais mieux ilors que ma caresse éveillait une flamme lans le miroir mystique et tendre de tes yeux.
Je fus semblable au dieu qui porte la lumière, je fus celui que le désir n'effleure plus, car le subtil amour détourne sa prière du passant qu'a marqi é le sig^ne des élus.
Je me croyais alors divin et solitaire sous l'éblouissement d'un baiser immortel comme est divin le prêtre au seuil du sanctuaire quand ses doigts réunis g-ardent l'odeur du ciel.
Et toutes s'écartaient, quand je passais près d'elles, mou sourire fermé ne les accueillait pas ; sans doute elles voyaient ton fantôme fidèle dans l'ombre qui nous suit se pencher à mon bras.
Il semblait que le temps repliât ses deux ailes, qu'en endormant sa fuite à l'appel de nos voix il unît dans l'orgueil de lièvres éternelles les baisers inéclos aux baisers d'autrefois.
AU JARDIN DAMOtR I 29
Pourtant comme un malade assoupi sent peut-être La caresse du jour s'attarder sur le mur et, tout à coup dressé, court ouvrir la fenêtre pour voir entrer en lui la vie avec l'azur,
Je me dressai soudain et déchirai le voile que ton amour avait suspendu devant moi. car j'avais cru sentir le baiser d'une étoile se poser sur la main que j'écartais de toi.
Et je suivis alors la passante nouvelle qui s'était inclinée en un «[-este d'accueil, je respirai l'encens qui flottait autour d'elle je crus que Taveair hésitait sur son seuil.
Je crus qu'elle portait le parfum de ma vie, quelle serait la fleur du mirag-e lointain, et qu'enfin son baiser sur mon âme assouvie poserait pour jamais le sceau de mon destin..
Quand je me fus penché pour effleurer sa joue, elle se détourna sans reg-arder mes pleurs, comme on laisse parfois le rêve dont on joue si des rêves nouveaux vous entraînent ailleurs.
Et je compris alors que sa tâche était faite, quelle ne devait plus marcher à mon côté, puisqu'elle avait ainsi marqué pour la défaite l'amour dont j'avais cru faire une éternité.
AU JARDIN D AMOUR
Oh! ne pouvoir fixer l'espoir qui nous entraîne, et le voir peu à peu se faner dans nos doigts pour mourir sous les plis d'une ombre souveraine où nous cherchons en vain l'écho d'une autre voix !,
Mais il renaît plus loin... reprenons notre course... Il est là-bas, plus jeune et plus 'fier et plus beau... Et, là-bas, c'est encor le creux des mêmes sources où nos doisj-ts renversés tuent le même flambeau.
Avoir cru qu'un baiser peut embraser le monde.. Et ne sentir en soi qu'un cœur prostitué, alors qu'on espérait la puissance féconde d'arrêter le soleil comme fit Josué !
l32 LE COLLIER DES HEUftES
Malgré nos cris d'org-ueil l'astre reprend sa route et la nuit douloureuse entoure nos g-enoux; si nous nous retournons plus rien ne nous écoute dans le silence vain qui tremble autour de nous.
Et seule la pitié ressuscite un ir^irage où nous croyons revoir l'aube des anciens jours,. C'est pourquoi dans le soir appesanti d'orage, je t'apporte ce cœur qu'a déchiré l'amour.
AU JARDIN D AMOUR l33