LES SERVANTS INFIDELES
Rappelle-toi combien l'amour était superbe dans sa grâce naissante et son jeune pouvoir, quand nos doi^^ts réunis lui cueillaient une g-erbe de désirs, de baisers, de caresses, d'espoirs.
Il avait la beauté sereine des statues qu'un artiste forma pour défier le temps et qui, sur les débris des stèles abattues, dressent le geste fort des passés éclatants.
l34 LE COLLIER DES HEURES
Nous fûmes les servants, au cœur fou de prières, que chaque heure du jour retrouve ag-enouillés, les aveugles anciens qui sentent la lumière apporter l'univers à leurs yeux dessillés.
Mais la divinité veut des prêtres fidèles dont la main renouvelle et choisisse l'encens, elle veut écouter frissonner autour d'elle le vol perpétuel des désirs renaissants.
Or un jour, nous avons oublié notre tâche; nos baisers ne souriaient plus aux lendemains, et comme un prisonnier dont les fers se détachent l'amour interrog'eait la fuite des chemins.
Autour du Dieu vaincu l'ombre amassait des voiles tissés des souvenirs et des rêves détruits, il nous semblait qu'un mort rig-ide sous la toile attendait la prière et l'eau sainte et le buis...
AU JARDIN d'amour i35
Alors, parmi l'effroi, parmi la nuit funèbres,
nous nous sommes tous deux heurtés comme des fous
et nous avons soudain senti dans les ténèbres
notre cœur de jadis battre encore à grands coups;
Car l'heureuse douleur a déchiré les ombres , et, mêlant notre san«- aux pourpres d'un été, fit de l'entassement fertile des décombres un socle triomphant pour la divinité
Et nous ne g-arderons de nos vaines détresses qu'un souvenirplusçrave etqu'un remords moins lourd, pour savoir désigner aux nouvelles tendresses l'heure claire où nos cœurs ont reconquis l'amour.