‹ Le Collier des heuresChapitre 50 sur 57 · UNE NYMPHE A PARLÉ · texte numérisé non relu

UNE NYMPHE A PARLÉ

Une nymphe a parlé près de la source claire :

« Mon cœur souffre et g'énait; l'univers est très vieux',

je suis seule, l'Olvmpe autrefois tutélaire

au sommet de l'éther est vide de ses dieux.

Mes yeux ont vu, durant ving't siècles, les années tisser un voile d'ombre à mes rêves défunts ou mourir en mes doigts comme des fleurs fanées, des fleurs tristes d'hiver sans grâce et sans parfums

LE COLLIER DES HEUtXES

Un Dieu cruel a renversé l'autel antique, sa parole a rompu les pierres du parvis, et le lierre et la ronce enlacent les portiques que ne connaissent plus les peuples asservis.

Puisque les compag-nons de la fête sacrée dorment sous le linceul des âg-es révolus pourquoi dois-je rester, seule et désespérée, morne témoin de jours qui ne reviendront plus?

Quelsespoirs,queIs bonheurs, quels rêves dois-je attendre? L'univers oublieux ignore le remords, notre passé n'est plus que poussière et que cendre, le chèvre-pied divin, Pan, Pan lui-même est mort.

L'homme nouveau ne comprend plus la voix des choses, le monde n'a pour lui que des chants incertains et l'oreille fermée et la paupière close, il offre sa poitrine aux glaives des destins.

AU JARDIN DE MEMOmiS

Et moi -môme à présent, alors que je me penche sur le miroir de l'onde où j'in^^cris ma beauté, je ne vois plus le sang* battre à ma lèvre blanche et le flot transparent frémir de volupté.

Au fond des bois je ne suis plus que l'étrangère dont l'exil se nourrit d'impossibles espoirs et nul ne reconnaît ma ceinture légère dans la brume qui flotte entre les rameaux noirs.

Oh! je voudrais mourir comme meurent les hommes, et livrer mon haleine à la fuite des vents pour être un de ces morts qu'aucune voix ne nomme et dont le souvenir n'émeut pas les vivants! »

Toi qui parlais ainsi près de la source claire, dont la molle caresse entravait tes pieds nus, ô déesse oubliée, immortelle étrangère, qui demandes ton rêve à des cieux inconnus,

N'espère pas le calme et l'oubli de la tombe. Servante de l'autel, tes dieux, en s'exilant, ont fait de toi l'unique et mystique colombe que n'atteint pas le fer du barbare insolent,

Et si, toujours debout au seuil des siècles vides, tu dois garder encor le temple déserté, c'est que tout le passé fleurit sous ton égide et montre à l'avenir ce que fut la beauté.

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