DANSEUSE
Dans le jardin brûlant où s'est assis l'été, Mjrtis s'est accroupie au seuil de la demeure, et, rêveuse à demi, reg-arde couler l'heure des profondeurs du ciel où fleurit la clarté.
La tunique de lin a glissé de l'épaule, des gouttes de sueur perlent autour du front, et le sein délicat dérobe un baiser blond aux rayons inclinés dont le soleil les frôle.
AU JARDIN DE MEMOIRE 2o5
Dans un rais de lumière, au milieu du fig-uier, tel un concert mêlé de flûtes inég-ales, on écoute crisser le chant de trois cig-ales que Mvrtis réunit dans la cage d'osier.
Une poussière d'or enveloppe les choses, auréole la tête obscure des cvprès et caresse le Lord des taillis empourprés où tremble le parfum exaspéré des roses ,
L'ombre frêle des pins bleuit au pied du mur, la figue violette et la prune dorée sentent paisiblement mûrir leur chair sucrée sous la bonne chaleur qui tombe de l'azur.
L'eau fume et resplendit dans le bassin de marbre et tandis que la vasque endort un flot vermeil; une douce torpeur prolonge le sommeil de la brise engourdie au creux tiède des arbres.
La petite Myrtis se dresse sur le seuil : la tunique de lin g-lisse de sa poitrine et tombe sur le sol ainsi qu'un lys s'incline; une joie orgueilleuse éclate dans son œil.
Elle s'arrête un peu, svelte, fragile et nue, hésitant à marcher sur le sable brûlant, puis, rieuse et coquette, elle avance à pas lents sous un voile doré de lumière ingénue.
Sa chair a la couleur mate de l'or bruni, sur ses lèvres en fleur tremble une clarté rose, elle est légère comme un rêve qui se pose on voit dans ses yeux noirs l'ombre de l'infini.
Au détour d'une allée elle rythme une danse, elle penche le front, joint les mains et sourit vaguement de bercer son corps et son esprit sous la molle douceur d'une lente cadence.
Une pensée heureuse alang'uit sa gaité, elle s'arrête, court, avance, puis recule... le soleil l'enveloppe et la presse et la brûle comme une gaine d'or d'où jaillit sa beauté.
Dans le jardin qu'emplit la lumière joyeuse et que baigne une odeur d'aromate et de nard, seule, dans le silence, à l'abri du regard, pour qui danse Mvrtis la petite danseuse ?
C'est pour le beau soleil, pour la splendeur du ciel, pour la terre, l'azur, pour les fleurs et les feuilles, pour cette rose qui se penche et qu'elle cueille, pour l'air dont le baiser a la saveur du miel;
C'est pour l'eau qui s'endort sur la vasque polie, pour l'herbe qui jaunit sur le bord du chemin, pour l'acacia frêle et le tendre jasmin, pour l'heure de désir et <le mcdancolie,
Qui du haut de l'azur vient peser sur le sol, pour la cag-e d'osier où crissent trois cigales, et pour l'oiseau qui rêve au creux des ombres pâles sur la branche inclinée où s arrêta son vol.
Mjrtis suit jusqu'au bout la route parfumée, quand le soleil oblique empourpre l'horizon, elle revient s'asseoir au seuil de la maison et sur le marbre blanc reste à demi pâmée.
Son cœur mystérieux frémit de volupté, une pudeur secrète abaisse ses paupières elle a senti dans le baiser de la lumière sur ses lèvres en feu les lèvres de l'été.
AU JARDIN DE MEMOIRE aOQ