‹ Le colloque de PoissyChapitre 10 sur 96 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

» Sevorin qui estait maistre d'école et mangeait de » la chair aux vendredis et aux samedis.

» Le vingt-sixième février un jeune escolier natif » de Grenoble en Daulphiné, demeurant soubs un » maistre ou pédagogue en l'Université, fut bruslé » vif parce quïl avait mis et attaché secrettement de » nuict plusieurs escripteaux par la ville de Paris, » combien que son dict maistre luy flst ce faire; » lequel maistre s'enfuit.

» Le samedi treizième de mars, un chantre de la » chappelle du roy que le dict seigneur avait envoyé » à Paris prisonnier, parce qu'il avait attaché au » chasteau d'Amboyse, où estait iccluy seigneur, » quelques escripteaux, fut par sentence du prévost » de Paris, bruslé au carrefour du Gros-Tournois, » près Sainct-Germain FAuxerrois. » '

Refermons ici le journal du bourgeois : l'historien aussi bien que le lecteur a hàle d'échapper à celle lugubre monotonie du supplice. Ainsi l'année 1535 poursuivit son cours , toujours avec de nouvelles aggravations dans les peines. Déjà, l'on avait fait appel contre les Luthériens aux plus mauvaises passions, encourageant à leur égard la délation, menaçant du feu quiconque leur donnerait asile. ' Bientôt on cessa d'étrangler les victimes avant de les placer sur le bûcher, on les brûlait à petit feu, suspendues à des chaines de fer et on livrait aux flammes les pièces mêmes de leurs procès. Était-ce précaution des bourreaux contre la justice meilleure de l'avenir '?

* Journal d'un bourgeois de Paris, p. iii, etc. - Ibid., p. 411-450.

10 COLLOyi E DE POISSY.

Les rigueurs devinrent telles que le pape Paul III, si Ton croit le journal du bourgeois de Paris, écrivit au roi pour l'engager à les modérer. ' François I se rendit à ses prières; il ordonna au parlement de se montrer moins sévère, et une déclaration du mois de juillet permit aux Luthériens fugitifs de rentrer en France, à condition quils abjureraient. Nul historien n'a parlé de cette intervention du saint-siége; mais si le fait est vrai, il honore singulièrement la papauté. Que n'a-t-elle toujours, au seizième siècle, exercé une aussi chrétienne et salutaire influence !

Les variations de François I à l'égard de la Réforme, en dehors des goûts personnels ou des préventions du monarque, avaient leur cause dans les variations mêmes de sa poUtique extérieure. Les exécutions de 1535 précédèrent de bien peu le traité conclu avec les Turcs, comme si l'on avait voulu se faire pardonner ainsi par l'Europe catholique le scandale dune alliance avec les Infidèles. Allié des Protestants d'Allemagne, le roi était obligé à des ménagements envers leurs coreligionnaires de France; mais lorsqu'en 1538, il crut à une paix durable avec l'Empereur, des édits cruels contre les Luthériens provoquèrent de nouveaux supplices, et ces édits, peu observés depuis que la guerre avait recommencé contre Charles-Quint, furent ensuite remis en vigueur lors de l'arrivée en France des Turcs de Barberousse (154^). Jusque-là, du moins, la persécution n'avait été que partielle; mais la fin

' Journal iVun bourgeois de Paris, p. 4u8.

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