‹ Le colloque de PoissyChapitre 11 sur 96 · CHAPITRE PRKMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRKMIER

(îii règne de François I vit la proscription de tout un peuple, desVaudoisde Provence. Qui ne connaît les malheurs de celte secte, si digne de pitié et dont riiistoire devrait cire écrite avec du sang? Faut-il rappeler ici, après tant d'autres, de quelle manière l>arbare le président d'Oppède exécuta le barbare arrêt du parlement d'Aix, le sac de deux villes et de vingt-huit villages, le massacre de quatre mille hommes? Détournons plutôt la face de telles horreurs, et hàtons-nous de dire que François I, qui les permit, en eut des remords, et près de mourir, recommanda à son lils d'en châtier les auteurs.

La dernière volonté de François I ne fut pas obéie, et les Vaudois restèrent sans vengeance. Avec Henri II, Tinfluence de lEspagne remplace celle de ritahe, et les idées de répression violente contre la Réforme commencèrent à dominer exclusivemenl <ians le conseil. C'était l'opinion des Catholiques violents « qu'il eut suffi, au commencement de l'hé- » l'ésie, de se débarrasser de cinq ou six tètes pour » lu détruire. Les pauvres gens, privés de l'autorité »> et de l'appui de leurs chefs, auraient été poussés « à la messe comme un troupeau qu'on chasse avec >> le bâton. » ' Henri II et ses favoris les Guises,

' Jean Correro, 1509 [AmO. venilicns, t. H, p. 117, éd. Comité de l'Iiist. de France).

Lo i)oëtc Ronsard disait aussi :

Vous, juges des cités, qui, d'une main égale, Devriez administrei' la justice royale,

Si vous eussiez puni par le glaive tranchant Le huguenot mutin, Ihért'tique méchant.

Le peuple fusl en paix ; mais votre connivence A perdu la justice et l'empire de France.

(Remonstrance au j^euple de Ft'atice.)

pensèrent qu'il n'était pas encore trop tard pour user de tels moyens et obtenir de tels résultats. Le cruel édit de Chàteaubriant (1551), et la tentative, deux fois renouvelée (1555-1558), d'introduire l'inquisition d'Espagne, montrèrent quels principes guideraient désormais le gouvernement. Toutefois, les progrès de la Réforme continuaient : de luthérienne qu'elle avait été sous François I, elle se faisait calviniste, depuis la fondation par Calvin de la grande école de Genève, capitale nouvelle du Protestantisme, jetée entre les trois pays où se concentrait, pour ainsi dire, le mouvement intellectuel de l'Europe. Marot et Goudimel lui avaient donné les psaumes, et Robert Olivetan la Bible en langue vulgaire. Dès 1546, à ce que rapporte un Vénitien, les Réformés occupaient des villes entières, comme Poitiers, Caen, la Rochelle et quelques autres de la Provence, où le rite protestant était, « sinon pubhquement avoué, du moins tacitement » reconnu ».' L'année suivante, un synode national tenu à Paris , régla les rapports des éghses , et la confédération calviniste organisée en démocratie, commença à former un État véritable dans l'État. - Ni les supphces qui suivirent la découverte de l'assemblée de la rue Saint-Jacques (1557), ni les accusations infâmes par lesquelles on cherchait à flétrir les victimes, ne décourageaient les Réformés ; ils y répondaient en ra])pelant les morts terribles de quelques-uns de leurs persécuteurs, et leur conliance

* Marino Cavalli, \im {Amb. vénit., t. I, p. 263).

* France protestan' • " (pièces justifie, n" il).

* France protestante dv Haag, deuxième volume

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