‹ Le colloque de PoissyChapitre 26 sur 96 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

meurtrier de telles gens, haïr et mesdire de la messe et du sainct sacrement de l'autel et dire que c'était Jehan le Blanc, bailler l'hostie à manger aux bestes et chiens, graisser ses bottes et soulliers du cresme et des sainctes huilles, faire son ordure fécalle dans l'eau béniste des eaubenoistiers et des fons, manger chair les vendredis, samedis, karesme et jours de jeune, prétendre qu'il n'est point de purgatoire en l'autre vie; blasmer les pèlerinages, dire qu'il ne fault prier la vierge Marie ni les sainctz , ne dire heures ni matines, ni aultre office divin , sinon les Psalmes de David traduitz en vulgaire et rime françoise par Marot et Théodore de Bèze et dire qu'il ne fault faire nulle bonne œuvre pour avoir la vie éternelle en paradis, ains que c'est assez de croire en Dieu et en Jésus-Christ lequel par sa mort et passion a tout faict pour nous en ce monde avant que de partir. » ' Certes avec une telle opinion des Réformés,

' Mémoires de Haton, t. I, p. loO.

Il est curieux de rapprocher du portrait tracé par le curé Haton un autre que nous trouvons chez Ronsard. Un fanatisme égal faisait trouver au poète et au prêtre une expression presque semblable à leur haine :

n ne faut se ruser de longue expérience Pour estre exact(;ment docte en votre science ; Les bo.rbiers, les maçons en un jour y sont clercs. Tant vos mystères saints sont cachéset couverts ! U faut tout seulement avecques hardiesse U-'-têster le papat, parler contre la messe, Estre sobre en propos, barbe longue et le front De rides labouré, l'œil faruuche et profond, Les cheveux mal peignés, le sourcil qui s'avale, Le maintien renfrogné, le visage tout pâle, Se montrer rarement, composer maint écrit, Parler de l'Éternel, du .Seigneur et de Christ, Avoir d'un gi-and manteau les épaules couvertes. Bref estre bon brigand et ne juier que certes. U faut pour rendre aussi les peuples étonnés

le clergé catholique ne pouvait que repousser toute idée d'une paix de religion sortant des discussions d'un concile national ; mais son opposition n'arrêta point la régente. En vain, l'Espagne de son côté s'agitait pour lui faire changer de résolution, « crai- » gnant que si l'on venait à célébrer un concile » national, cela pourrait tailler le saut à beaucoup » d'autres gens malcontens de n'être jamais satis- » faits »; ' en vain, la cour de Rome qui, dès le règne de François II, avait négocié pour prévenir un concile national, - faisait partir en toute hâte pour la France le cardinal de Ferrare. L'assemblée des prélats français dut se réunir à Poissy, dans les derniers jours de juillet, en même temps que les députés des États généraux se rendaient à Pontoise.

Trois choses occupèrent simultanément les prélats : la subvention du Roi, la discussion avec les Protes-

Discourir de Jacob et des prédestinés,

Avoir saint Paul en bouchc^et le prendre à la lettre,

Aux femmes, aux enfants l'Évangile permettre.

Les œuvres mépriser et haut louer la foi :

Voilà tout le savoir de votre belle loi.

(Remonstrance au peuple de France.)

' Négociations sous François II, p. 530. — Mémoires de Coudé, t. II, p. 1:2. — Lettres de Chantonnay.

Le 2 septembre 15G0, Don Antonio de Tolède, prieur de Léon, avait été envoyé en France pour dissuader François II du projet de concile national et l'engager à s'associer à la reprise du concile de Trente. Il futde retour en octobre, porteur d'une réponse à Philippe II, insérée dans les Négociations sous François II, p. 645-

Voir Papiers d'Etat de GraoNcIlc, t. VI, p. 137, les instructions données à Antonio de Tolède.

* Négociations sous François II, p. 458.

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tants et une leiifntive de réforme du clergé français sur lui-même. Pour donner à notre récit plus de clarté, nous traiterons séparément chacune de ces questions, mais en montrant quels liens étroits rattachaient entre elles les parties de l'œuvre à la fois triple et une de l'assemblée de Poissy.

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