CHAPITRE PREMIER
moment , fait retomber impuissants les bras des persécuteurs. Or, à l'époque dont nous parlons , celte double influence de la pitié et de la lassitude commençait à agir sur Vàme des Catholiques. Sans doute les ambitieux, comme les Guises, et les hommes à passions brutales, comme Tavannes, ne voulaient pas entendre parler de paix avec les Réformés. « Le nom de pohtique, disait Tavannes, a été inventé par ceux qui préfèrent le repos du royaume ou de leur particulier au salut de leur àme et à la religion, et qui aiment mieux que le royaume demeure en paix sans Dieu, qu'en guerre pour lui. » ' Mais la masse de la nation laissée à elle-même et soustraite aux prédications fanatiques, eût accepté un rapprochement, ne fût-ce que pour éviter la guerre civile. Toujours, lorsqu'une grande lutte se prépare, il y a un moment solennel où les partis, avant d'engager un combat, qu'ils prévoient devoir être long et sanglant, hésitent effrayés , et aspirent à une réconciliation trop souvent impossible : tous alors sont sincères et veulent la paix sans arrière-pensée, et sans se douter la veille des fureurs où ils s'emporteront le lendemain. Respectable illusion que nous rencontrons dans tous les âges et qui témoigne de l'excellence de la nature de l'homme. La révolution de 89 aura sa fête de la fédération, comme la Réforme française du seizième siècle eut son colloque de Poissy !
Seul le clergé avait demandé aux États d'Orléans la continuation des persécutions et il la voulait
' Mémoires de TiiNanncs (éd. Panthéon, t. XI, p. 201)).
encore. ' Plus d'un haut dignitaire de l'Église estimait, avec le cardinal de Tournon, « que le plus grand » mal qu'on pouvait pourchasser à la France était » l'ouverture de ce colloque, en quoi l'on ne se » pouvait excuser de double faute, l'une de révoquer » en doute et ramener en dispute des articles de foi » qu'il falloit tenir pour arrêtés, l'autre d'apparoir à » soi les ministres que l'on savait n'avoir par suc- » cession de la primitive Église l'imposition des » mains. » - Quant aux sentiments du bas clergé pour les Réformés, il faut en chercher l'expression dans les mémoires contemporains. Voici ce qu'écrivait alors des Réformés, avec la verve de la haine, le curé Haton. « Or estait-il fort facile d'être huguenot en ce temps-là et n'estaient les fondements de leur prétendue rehgion mal aisés à apprendre. Il ne falloit qu'estre meurtrier, voleur, larron, sacrilège, paillard, adultère, voleur d'églises et de temples, briseur d'ymaiges , mesdire du pape, des cardinaux, evesques, prebstres, moynes et ecclésiasticques, estre
' Voici ce que disait alors son orateur, Quintiii : « Nous vous supplions. Sire, et requérons tant humblement que le pouvons, de contrevenir à ces salaniques et cauteleuses embuscades qui viennent assaillir votre royaume soubs l'estcndard de l'Kvangile, auxquels Votre Majesté forte et armée de fer doit résister : à ceste fin Dieu vous a mis le glaive en main pour défendre les bons et punir les mauvais. Nul ne peut nier (qu'hérésie ne soit un mal et crime capital et que rhéretique ne soit mauvais capitalement (Saint-Paul l'a dict), ergô, punissable capitalement et subject au glaive du magistrat, etc.
(La Place, liv. IV, p. 96.) * Pasquier, t. II, p. 87.