‹ Le colloque de PoissyChapitre 37 sur 96 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Tant que rassemblée de Poissy paraissait devoir repousser toute conférence avec les Protestants , les fanatiques du parti romain et certains agents de l'étranger accrédités en France triomphaient. « Les » évèques de Poissy, écrivait plein de joie Tambas- >» sadeur espagnol Perrenot de Cliantonnay, sont » jusqu'à cette heure constants de ne vouloir entrer » à faire un concile national, ains seulement aviser » sur la réformation des abus et le tout sous le bon y vouloir du pape et du saint-siége apostolique. » ' Mais lorsqu'il vit les ministres réformés prêcher même dans le château de Saint-Germain , son langage ne tarda pas à devenir moins rassurant, * et à la nouvelle que des conférences étaient sur le point de s'ouvrir entre les prélats catholiques et les Pro-

' Mémoires de Condé, t. Il, p. 16 (7 août 136t). ' Ibid., t. II, p. 16 (dernier août IjCI),

testants, il poussa un cri d'alarme qui retentit jusque dans l'Escurial. ' « Je vois la religion en extrême » désespoir dans ce royaume, et le 9 ou le 10 de ce » mois l'on délibère de commencer un colloque entre

» les évêques et les Protestants Faites compte

» que ce qui est loisible à Genève, tant quant aux » prêches, administration des sacrements que choses » semblables, se peut faire par tout ce royaume, » commençant doiz le même hôtel du roi, et est tenu » pour bête qui n'y fait du pis qu'il peut. » Les terreurs de Chantonnay, quoique exagérées, ne laissaient pas d'avoir quelque fondement. De toutes parts, en effet, venaient d'arriver à Saint-Germain, sur la foi des sauf- conduits, les représentants des églises réformées et la discussion solennelle entre les deux religions allait avoir lieu, malgré le mauvais vouloir du clergé catholique, malgré les intrigues de Rome et l'attitude menaçante de l'Espagne.

Ce dut être un jour de vive curiosité pour les uns, de scandale et de colère pour les autres, que celui où se montrèrent la première fois à Saint-Germain les délégués de la religion nouvelle, où l'on vit paraître, couverts de la protection royale, ces hommes que depuis longtemps l'on traquait comme des bêtes fauves, dont le nom était dans toutes les bouches, mais la personne presque inconnue, que des lois cruelles avaient forcés de se cacher à la lumière, mais dont tout le monde savait les actes, l'ardeur à répandre les doctrines proscrites et la constance à épuiser toutes les rigueurs de la persécution. Sans

* Mémoires de Coudé, t. II, p. 17 (6 septembre 1361).

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