‹ Le colloque de PoissyChapitre 38 sur 96 · CHAPITRE TROISIEME. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME. l

doute, dans cette phalange intrépide, une gloire égale ne brillait pas autour de chaque combattant; mais il n'en était pas un qui, par ses écrits, sa parole ou son exemple n'eût rendu d'éminents services à la cause commune. C'était le plus pur de son sang que la Réforme hvrait ainsi aux mains du gouvernement français ; mais ce gouvernement n'avait pas encore (ramé le lâche attentat de la Saint-Carthélemy.

A la tète des ministres se plaçait, par sa renommée et un talent supérieur, Théodore de Bèze, français de naissance et disciple chéri de Calvin, qui lui léguera un jour la direction de l'Église de Genève. Cette ville l'envoyait à Poissy , sur la demande expresse du roi de Navarre, lequel ne croyait pas, ainsi qu'il le dit dans sa lettre aux magnifiques seigneurs de Genève, qu'on put confier la cause de la Réforme aux mains d'un plus digne champion. ' Réfugié en Suisse, de Bèze y avait d'abord enseigné le grec à Lausanne et, plus tard, devenu ministre, il déploya, au milieu de luttes nombreuses, une éloquence véritable et que les Catholiques mêmes n'ont pu nier, alors qu'ils lui refusaient et la science sacrée et l'érudition profane. - La fougue de Calvin se retrouvait en lui ; mais il > apportait, au besoin, des tempéraments inconnus au maître, et, sans renoncer à la rigueur de ses convic-

' Le roi de iXavarre aux Genevois, i>5 août liiCi (Arch. de Berne).

- MaroAntoine Barbare, loC3 {Amb. vénit., t. II, p. 23).

Le curé Haton (t. I, p. 150) caractérise ainsi Théodore de iU'ze : « D'une langue diserte et bien affilée, par un beau et i)ropre vulgaire Iranroys triompha de ea(jueter, ayant la mine et les gestes attrayans les cœurs et les vbuluirs de ses auditeurs, etc. »

lions, il savait être habile, comme le montrera sa conduite au colloque de Poissy. Esprit délié et poli par une étude assidue des lettres profanes, dialecticien à la fois passionné et subtil, de Bèze fut toujours pour ceux qui le comballircnt, un adversaire embarrassant, et pour son propre parti « le phénix de la Réforme. » C'est avec raison que ses ennemis lui reprochaient certains vers trop libres d'un ouvrage de jeunesse (les Juvenilia) ; quant aux calomnies débitées contre ses mœurs, l'histoire impartiale ne s'en souvient que pour les flétrir. Enfant d'un siècle fanatique, de Bèze pouvait, sans encourir le blâme de ses contemporains, repousser la tolérance aux lieux où la Réforme était maîtresse ; mais pour nous, hommes d'un autre âge, le bûcher de Scrvct et l'apologie qu'il écrivit du supplice de ce malheureux pèsent lourdement sur sa mémoire. Toutefois il est juste de dire qu'en 15G1, s'il croyait peu à la réconcihation des partis religieux, il arrivait en France avec le dessein d'y travailler sincèrement ; et une lettre écrite par lui aux Genevois, pendant son voyage, atteste combien il avait peur que des troubles ne vinssent à éclater et ne fissent ainsi évanouir tout espoir de paix et de concorde. '

Les mêmes sentiments animaient le plus vénérable des représentants de la Réforme, Pierre Martyr; mais son grand âge et sa longue et triste ex])érience des choses humaines lui laissaient ei^core moins d'illusion .sur la possibilité d'un rapprochement des Catholiques

' De Bczu aux Genevois, 22 août lliGl (Archives de Berne),

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