‹ Le colloque de PoissyChapitre 53 sur 96 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

» lement et substantiellement, c'est-à-dire en leur » propre substance, sont, d'une manière spirituelle » et ineffable, présents et offerts dans la sainte Cène » et qu'ils sont ainsi reçus par les fidèles qui com- •) niunient. » Mais le ^G septembre, lorsque les représentants des deux opinions se retrouvèrent en présence, Théodore de Bèze, interpellé par Despence, répondit que les siens n'avaient pas voulu accéder à la déclaration arrêtée par eux à Saint-Germain. Le cardinal de Lorraine lui ayant demandé, à son tour, s'ils avaient signé Tarlicle de la confession dAugsbourg sur la sainte Cène, de Bèze se leva et lut un discours dont voici les principales idées : « Au lieu de répondre à leurs arguments, on leur a demandé comment ils sont ministres. Est-ce pour leur faire rendre compte du passé ? Mais parmi eux il y a des ministres étrangers auxquels on ne peut faire rendre compte en France. Quant aux ministres français, leur adresser une pareille question serait commencer à leur faire leur procès ; ce à quoi la reine ne peut avoir songé. Mais eux, de leur côté, demanderaient à leurs adversaires: Comment ètes-vous évéques? L'élection et l'inquisition des mœurs leur manquent; ils n'ont que l'imposition des mains et encore quelques-uns l'ont achetée. N'y a-t-il pas une sorte d'injustice à dire aux Réformés : Signez l'article de la Cène, sinon nous ne passerons outre'? Le cardinal de Lorraine avait promis de les instruire, par les paroles des anciens docteurs, et non de les violenter. Ils sont ici pour rendre raison à Dieu , au roi et au monde entier de leur foi et pour apaiser les troubles de la religion : il ne faut donc pas légèrement inter-

rompre le colloque, ni faire croire à ceux qui les ont envoyés qu'ils ont cédé à la force et non à de bons arguments. Quant à larlicle de la confession d'Augsbourg sur la Cène, que le cardinal dise d'abord si c'est au nom de tous les prélats qu il le leur présente ; qu'ensuite il le signe aussi, s'il veut qu'eux-mêmes le signent ; nul doute qu'on ne parvienne à s'entendre si les prélats acceptent la confession d'Augsbourg toute entière. » De Bèze (inissait en insistant sur la nécessité de conférer par ordre, les Écritures ouvertes auprès des livres des anciens docteurs, et des secrétaires pour tout recueillir en forme authentique.

Ce discours ne manquait ni d'habileté ni de mesure ; mais le commencement en choqua les prélats et amena, entre de Bèze et le cardinal de Lorraine, un échange de paroles aigres, le cardinal accusant le ministre dattaquer, avec la régale et le concordat, les lois du royaume de France, et de Bèze se plaignant qu'on eut, sans raison, voulu déverser le ridicule sur leur ministère.

La discussion, cependant, s'ouvrit de nouveau sur l'article de la Cène et Despence défendit la présence corporelle de Jésus- Christ dans ce sacrement. Il appuyait son argumentation sur un passage de Calvin ; mais les ministres firent réponse que Calvin n'expli- (juait pas, comme l'Église catholique, le mot de substance ; il ne l'employait qu'alin doter à chacun loccasion de penser quil parlait d'un corps imaginaire ou d'une réception fantastique; mais il entendait néanmoins que nul ne pouvait participer à ce corps que par foi et par la vertu du Saint-Esprit. Pierre xMart\ r prononça un discours en itahen sur la

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