‹ Le colloque de PoissyChapitre 52 sur 96 · CHAPITRE TROISIÈME. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. i

Les Réformés, en voyant le cardinal de Lorraine les presser de signer la confession d'Augsbourg, pensèrent (et sans doute ils ne se trompaient pas) quil agissait ainsi pour mettre les ministres aux prises avec les Allemands s'ils refusaient de souscrire ou s'ils y consentaient pour se donner un prétexte de dire qu'il avait triomphé d'eux. L'embarras des Calvinistes en présence des opinions luthériennes et leur crainte de se brouiller avec les Allemands étaient réels ; mais on voit également que, dans le débat dont nous faisons l'histoire , l'amour-propre des partis , aussi bien que leurs croyances, se trouvait enjeu et devait rendre un accord bien difficile. Ce jour-là néanmoins, de peur que le colloque ne fût rompu et qu'on ne rejetât la faute sur eux , les ministres se résolurent à passer par les conditions qu'on leur imposait, quelque injustes qu'elles leur parussent. On leur remit donc une copie de la confession qu'on voulait leur faire signer; c'était un article de celle d'Augsbourg ainsi conçu : « Nous confessons de •> foi ferme que le vrai corps et le vrai sang de » Jésus-Christ sont réellement et substantiellement » présents dans le plus auguste des sacrements de » l'Eglise , qu'ils y sont offerts de cette manière et » de cette manière reçus par ceux qui communient. » On donna aux Réformés la nuit pour en délibérer, et l'assemblée s'ajourna au lendemain.

Ce n'était pas le cardinal de Lorraine seul qui s'efforçait d'amener les ministres calvinistes à accepter la confession d'Augsbourg. Dans ce sens travaillaient également tous ceux qui, parmi les prélats cathohqucs, passaient pour favoriser les Réfor-

mes. ' Pierre Martyr parle des ouvertures faites à ces derniers par certains cvèques après le 16 septembre.^ Ni la conduite de ces prélats, ni leur préférence pour les opinions luthériennes ne doivent nous étonner. Ils sentaient qu'une réforme était nécessaire; mais, amis de la modération par goût et par leur position ayant des ménagements à garder, ils devaient incliner vers les novateurs qui, tout en accomplissant la Réforme, s'éloignaient le moins de TÉglise romaine. Ceux-là, d'ailleurs, étaient sincères et, en proposant à la signature des ministres la confession d'Augsbourg, ils ne cherchaient point, comme on peut le dire du cardinal de Lorraine, l'occasion dinterrompre le colloque ou de brouiller les Calvinistes avec les Luthériens d'Allemagne.

La conférence nouvelle, qui avait été annoncée pour le 25 septembre, n'eut Heu que le jour suivant à Poissy, devant la reine, le roi de Navarre et plusieurs princes et gentilshommes formant, cette fois, un auditoire assez nombreux. ^ Sur l'ordre de la reine , lévèquc de Valence et le théologien Despence s'étaient, la veille, rendus à Saint-Germain pour y traiter, avec de Bèze et Nicolas des Gallards, de l'article de la Cène et on avait rédigé en commun la déclaration suivante, que les uns et les autres devaient travailler à faire approuver à leur parti : « Nous croyons que » le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ réel-

' Lettre de de Bèze aux Genevois, 9 novembre lîiCl (Arch. de Bernée.

* Lettre de Pierre Martyr, 49 septembre (Bibl. de Berne'.

^ Despcnce. Journal, 23 et 26 sej tcmbre.

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