‹ Le colloque de PoissyChapitre 55 sur 96 · LES JÉSUITES A POISSY. — L ISSUE DU COLLOQUE · texte numérisé non relu

LES JÉSUITES A POISSY. — L ISSUE DU COLLOQUE

Quels motifs amenaient à Poissy le chef de cet ordre destiné bientôt, parmi nous, comme dans le reste de l'Europe, à une si redoutable célébrité? C'est ce qu'il est nécessaire d'expliquer en quelques mots, et ce rapide coup d'œil, jeté sur le passé, servira, en même temps, à mieux faire com.prendre le rôle joué par les Jésuites aux conférences dont nous écrivons l'histoire.

Il y avait vingt ans à peine que la Société de Jésus avait pris naissance et déjà l'Europe entière était pleine de son nom. L'à-propos seul de sa création eût suffi à faire sa fortune : assailU par Luther et Calvin qui lui enlevaient la moitié de ses possessions, le Catholicisme, si sérieusement menacé, se voyait condamné aux plus vigoureux efforts pour ne point périr, quand Loyola lui apporta l'utile secours de son ordre. Et telle était l'habileté du plan conçu par l'Espagnol, que l'avenir ne devait pas démontrer la

nécessité de le modifier. Le double caractère d'enthousiasme et de discipline rigoureuse que lui imprima son fondateur, Tordre des Jésuites le conserve encore : soldats exaltés de la foi, on les a vus toujours sous la loi de Tobéissauce passive, manœuvrer au milieu de leurs adversaires avec la précision de la plus docile des armées. Formidable machine de guerre au service de Forthodoxie romaine et dirigée à la fois contre la liberté religieuse et pohtique des peuples ! Personne n'ignore combien furent rapides les succès de l'ordre ; à la mort d'Ignace (1556) sa cause, malgré les défiances que toute nouveauté rencontre, était gagnée dans la plupart des pays catholiques et la Société, accablée de privilèges par les papes, comptait déjà treize provinces dont sept appartenant à l'Espagne et à ses colonies.

La France jouait alors en Europe un rôle trop important, pour que de bonne heure on n'eût pas songé à elle. L'évéque de Clermont, Guillaunie du Pral, avait rencontré au concile de Trente Laynès et Salmeron , et enchanté de l'attitude prise par eux dans les débats, il leur promit de fonder à son retour un collège de jésuites en France; ce fut celui de Billom, petite ville à quatre lieues de Clermont. Mais on n'est véritablement maitre d'un pays que lorsqu'on en tient la capitale; les Jésuites le comprenaient bien et ils songèrent tout d'abord à se créer un établissement à Paris. Dès 1540, Ignace envoyait dans cette ville quelques membres de l'ordre, ils y menèrent une vie assez misérable, portant l'habit laïc, mais, dit un de leurs historiens, travaillant déjà avec succès au salut des âmes. Chassés un

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