DES CATHOLIQUES ET DES PROTESTANTS
Il est rare qu'une croyance nouvelle soit acceptée sans combat dès son apparition dans le monde. La persécution (combien d'idées, en effet, qui ont grandi dans le sang î) ou du moins une lutte pénible et de dures épreuves attendent l'étrangère : les doctrines déjà en possession des esprits, les passions, les intérêts se liguent pour rélouiïer. Il en fut ainsi pour la Réforme religieuse en France au seizième siècle. Et cependant quel pays semblait mieux préparé à accepter la Réforme que celui où Ton avait applaudi aux deux pragmatiques de saint Louis et de Cbarles VII, que la patrie de Gerson et de Pierre d'Ailly î Mais la Réforme, en se présentant calviniste et non lutbérienne, démocratique au lieu de monarcbique ou
aristocratique, mit contre elle les rois. Ceux-ci, par instinct de despotes, repoussèrent tout d'abord une doctrine républicaine et leur antipathie ne fit que s'accroître quand ils virent les nouvelles croyances adoptées par une grande partie de la noblesse. Rome leur ayant livré l'Église française par le concordat, ils ne songeaient point à rompre avec la papauté, et certains d'obtenir de leur clergé l'argent qu'ils lui demandaient, ils ne croyaient pas nécessaire de le dépouiller. D'ailleurs si un culte sans cérémonies et sans pompe extérieure convenait au génie austère des peuples germaniques et Scandinaves, il satisfaisait moins la vive imagination de la race gallo-latine : ne comprenant pas une religion qui ne parlait qu'à l'esprit, la grande masse des habitants de la France restait catholique. Peut-être aussi était-il dans les desseins de la Providence que la rupture de la France avec les idées du moyen âge se fit par la philosophie et non par une réformation religieuse. Le siècle de Calvin est aussi celui de Rabelais et de Montaigne, et rÉghse, qui poursuivait avec acharnement la Réforme, parut ne point apercevoir ces autres ennemis bien plus dangereux. Les Réformateurs ne prétendaient que ramener le christianisme à sa pureté primitive: par le doute arriver à la tolérance et substituer la morale aux dogmes théologiques, tel était le but de la philosophie. Sans le vouloir, Luther et Calvin travaillèrent à la conquête du libre examen ; les philosophes se proposèrent tout d'abord cette conquête, réalisée, enfin, par trois siècles de combats et de persévérants elïorts.
Le berceau de la Réforme française fut la ville de