‹ Le colloque de PoissyChapitre 7 sur 96 · CHAPITRE PRRMIER. ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRRMIER. ô

Meaux : apportée par le vent d'Allemagne la semence des doctrines nouvelles y germa en même temps parmi les doctes et parmi le peuple. Là aussi, la persécution frappa ses premiers coups. Pour avoir lacéré, dans l'emportement de son zèle, une bulle du pape Clément Vil, affichée aux portes de la cathédrale, le cardeur de laine Jean le Clerc fut à deux reprises fustigé par le bourreau, et il ne sortit de cette cruelle épreuve que pour aller mourir d'une mort plus cruelle à Metz. * L'année irr24 vit la dispersion de cette colonie d'hommes savants, mais suspects au clergé , dont Guillaume Brissonnet , évèque de Meaux, s'était entouré. - Farel se retira en Suisse , Gérard Roussel et le vénérable Lefebvre d'Étaples, en Navarre; d'autres faiblirent et se rétractèrent. L'évéque Brissonnet, accusé d'hérésie par les Cordeliers, réfuta sans peine ses adversaires; mais c'était déjà une victoire pour ces derniers, que d'avoir forcé un évèque à se justifier devant le parlement. Bientôt, avec les progrès de la Réforme, la persé(^ution s'étendit à tout le royailTïïe. Paris eut ses supplices: la place de Grève, la place Maubert et le parvis Notre-Dame leurs bûchers, où montèrent Jacques Pouvant, l'ermite de Livry et un jeune licencié en droit de la Rochelle. Déjà même le fanatisme aggravait les tourments, et si l'on étranglait encore les Luthériens avant de les livrer au feu, on

' Il faut lire dans les Chroniques messines ce lugubre épisoiie (le riiistoire de la Réfonuc {Chroniques messines, éd. !lui:;iicnin. p. 8!2i, ete.).

- Doiii Toussaint du Plcssis. Ilist. du diocèse de Meaux, I. 1. U\. IV-

perçait la langue à ceux qui étaient accusés d'avoir mal parlé de la Vierge et des Saints. La Sorbonne, dès 15^21, avait condamné Luther, et depuis lors, elle ne cessa de poursuivre avec acharnement ses partisans en France. Le parlement de Paris, dans le procès de Lefebvre d'Étaples et de ses compagnons, avait repoussé Tintercession du roi prisonnier et de la régente, et il secondait de son mieux la Sorbonne, défendant, sous les peines les plus sévères, Timpression des livres de Luther et la traduction en langue vulgaire de la Sainte-Écriture.

François I aimait les savants, presque tous suspects d'hérésie; mais il craignait aussi les opinions nouvelles comme « tendant à la subversion de la » monarchie divine et humaine. » * Après avoir deux fois couvert Berquin de sa protection, il le laissait ensuite immoler par le parlement (17 avril 1529). Là comme ailleurs , le malheur de François I fut de trop agir sous l'influence d'autrui: déplorable faiblesse, quand elle le conduisait à verser le sang de ses sujets et à écouter les sinistres conseils des deux mauvais génies de son règne, le chancelier Duprat et le cardinal de Tournon !

Bien plus que sur le roi , les Réformés pouvaient compter sur sa sœur, l'excellente Marguerite de Navarre. Les savants trouvèrent toujours auprès d'elle asile et protection, et « ils se couvraient de sa » faveur comme d'un boucher d'Ajax contre ceux qui » les persécutaient. Somme, les voyant à l'entour de » cette bonne dame, tu eusses dit que c'était une

* Brantôme, t. I, p. 243 (éd. Panthéon).

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