‹ Le colloque de PoissyChapitre 73 sur 96 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

lion, le plus terrible châtiment qui puisse frapper un chrétien. On n'y doit arriver que par degrés et après un examen sérieux de la part de l'évèque. L'exconnnunication se prononcera contre les hérétiques, les adultères , les empoisonneurs et autres coupables de crmies entraînant la mort de Vàme et que la loi civile condamne aux plus rigoureux supplices. Quiconque a eu le malheur d être retranché du nombre des fidèles , doit en faisant pénitence mériter d'être de nouveau reçu dans l'Église ; s'il se trouve des hommes endurcis qui restent une année entière sous le coup de l'excommunication , le roi sera supplié de les faire enfermer dans des prisons, d'où ils ne sortiront qu'en donnant satisfaction à i'Éghse.

Tels furent les décrets par lesquels l'assemblée tie Poissy, s'obstinant à voir dans l'altération de la discipline ecclésiastique la seule cause des malheurs de la France, répondit à l'appel que lui avait fait la royauté. Mais cette tentative de réforme, l'histoire impartiale la peut-elle regarder comme sérieuse, alors que nous voyons parmi ceux qui y altadienl leur nom, siéger des hommes intéressés au maintien des abus, un cardinal de Lorraine surtout, possesseur, au mépris de la loi. de trois évêchés et dune foule de bénéfices, et prolitant de tous les désordres qu'il s'agissait de combattre?

Certes, une réforme était nécessaire dans le clergé français vers le milieu du seizième siècle: tous les témoignages sont unanimes sur ce point, et les CathoUques, on peut le dire, ont mis autant de franchise à confesser des désordres trop réels . que

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les Protestants de vivacité à les attaquer. Le clergé lui-même, aux États d'Orléans, appelait une restauration du divin service, « duquel les ecclésiastiques se sont les premiers par trop indignement et scandaleusement éloignés. » ' L'orateur du tiers allait plus loin et signalait comme les vices principaux de Fétat ecclésiastique, l'ignorance, l'avarice et la superflue dépense et pompe des ministres. ' « Quant à l'ignorance , disait-il , commençant par ceux qui tiennent les plus haults et premiers lieux en l'Église jusques aux moindres, elle est si notoire, qu'il n'y a lieu de la révoquer en double. Qi»'«ussi l'expérience montrait, oultre le témoignage des anciens, que l'ignorance estait non-seulement la mère, mais la nourrice aussi de tous erreurs. Que les anciens décrets et constitutions de l'Église y avoyent voulu pourvoir, non pas seulement par bonnes ordonnances, mais par nou-

' La Place, liv. IV, p. 95.

2 lbi(L, p. 89.

Xous retrouvons ces ])laintes chez le poëtc oalhoiiqiie Ronsard :

Un nombre bien petit éloigné d'avarice Accomplit aujourd'hui sainement son office, Presche, prie, admoneste et prompt à son devoir Avec la bonne vie a conjoint le savoir. Je me deuls quand je vois ces i!:niorantes bêtes Porter comme guenons leurs mitres sur leurs tètes, Qui par faveur ou race ou importunité Sont montés, ô vergogne, à telle dignité.

{Bocage Royal, 2' partie, à Catherine de Médicis.) Il ne faut s'étonner. Chrétiens, que H nacelle Du bon pasteur saint Pierre en ce monde chancelle, Puisque les ignorans, les enfans de quinze ans. Je ne sais quels muguets, je ne sais quels plaisants Ont les biens de l'Eglise, et que les bénéfices Se vendent par argent, ainsi ([ue les offices.

il faut donc coiriger de notre sainte Église Cent mille abus commis par l'avare prêtrise.

(EHscottrs à Desautels, poète et jurisconsulte.)

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