‹ Le colloque de PoissyChapitre 75 sur 96 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

avec autant de prieurés, d'autres enfin des prébendes dans les églises cathédrales et collégiales , avec une ou plusieurs cures de village, le tout par permission et dispense du pape. On ne savait dès lors dans quel bénéfice résider. Aussi était-ce chose commune de voir des ecclésiastiques si bien dotés vendre à beaux deniers quelques-uns de leurs bénéfices; les grands dignitaires donnaient l'exemple de ce scandaleux trafic, et à leur imitation de simples curés, profitant du grand nombre des gens d'église, mettaient leurs cures comme aux enchères, si bien qu'en plus d'un lieu « le plus asne et mécanique de la paroisse était monsieur le vicaire, pour ce qu'il baillait le plus de ferme. » * La simonie, ce mal déjà ancien dans l'église française, sévissait ainsi de jour en jour avec plus de violence et livrait trop souvent les bénéfices à des gens qui n'étaient pas prêtres , n'avaient nulle envie de le devenir et quelquefois même, suivant la haineuse expression de Claude Haton, « étaient hérétiques luthériens comme chiens enragés. »

Sur l'article des mœurs, les dépositions de ce derniers ne sont pas moins accablantes. Mainte page de ses mémoires flétrit les vices, les débauches du clergé et l'histoire de Boturneo, prieur de l'Hôtel-Dieu de Provins et de la sœur Aymée n'était pas la seule que le véridique Haton eût pu citer à l'appui de ses

* Lorsqu'en io2i Guillaume Brissonet, é\éque de Mcaux, fit mie tournée dans son diocèse, il y trou\a à j)eine ([uatorze prêtres capables d'enseigner le peuple et d'administrer les sacrements. {Iltstoire du dfocèsf de Mcaux, par Dom Toussaint du Plessis, t. I, !i\ IV p. 3i.j, etc.)

- Mémoires de Haton, t. I (année 15oi).

accusations. Nous venons de nommer la sœur Aymée ; rappelons encore ces maîtresses de prêtres « dites les consacrées », dont la tradition parmi le clergé devait se continuer au delà du seizième siècle. *

On ne s'étonne d'ailleurs nullement de cette ignorance et de ces scandales du clergé, lorsqu'on voit, dans Ilaton, de quelle manière il se recrutait : « Les laboureurs qui avaient trois ou quatre garçons se réjouissaient d'en envoyer l'ung aux escholles pour le faire prebstre, nonobstant que la plupart lussent vicieux et malvivans. » - Comment l'influence d'un pareil clergé sur les masses eùt-elle été morale et bienfaisante ? Il se trouvait sans cesse mêlé à tous les désordres du peuple. « Ne se passait fête ou quelqu'un ne fust tué ou bien battu. Et si le plus souvent à de telles noyses estaient les premiers les prebstres, l'espéc au poing, car ils estaient les premiers aux danses, jeux de quilles, d'escrime, et es tavernes où ils riblaient et par les rues toute nuit aultant que les plus meschans du pays. » '

Ce clergé si grossier prenait de plus en plus les goûts militaires. Déjà il ne songeait, pour arrêter les ])rogrès de la Réforme, qu'à répondre à des arguments par des coups et des blessures, et dans la lut le ainsi entendue les plus dissolus des prêtres élaienl les premiers à mettre la main aux couteaux. * Et si forte était la contagion qu'elle gagnait jusqu'au témoin, à qui nous empruntons ces détails. Le curé Ha ton, avec

' L'Étoiic, p. îiCi, année 1610 (éd. Michaud). - Mémoires de Ilaton, t. I, p. il).

^ Ibid., p. 1«.

* /bid., p. 129.

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