CHAPITRE CINQUIÈME
une plaisante fatuité, a soin de nous apprendre, dans ses mémoires, que « lui-même était fort habille et adextre de corps ; quil ne craignait guères un homme seul qui ne l'eust prins en trahison. » Preuve excellent-e, à coup sûr, des vices dun temps, lorsque celui qui les dénonce s'en trouve lui-même atteint ! On peut sourire des prétentions du bonhomme Haton : mais ce qu'il nous révèle n'en tait pas moins frémir. De telles mœurs annoncent et préparent les massacres qui vont suivre, la Saint-Barthélémy et les fureurs de la Ligue, et il n'y a pas loin des prêtres dont nous parle Haton, à ces moines soldats ou capitaines de bandes qui, bientôt, porteront la pertuisane ou l'ar- ({uebuse sur les remparts de Paris î
En présence d'un si lamentable état de choses, les amis aveugles ou les ennemis mortels du clergé cathohque pouvaient seuls nier la nécessité d'une réforme; mais cette réforme pouvait-elle être amenée par les moyens qu'employa l'assemblée de Poissy 1 Et les membres de cette assemîdée, hommes graves pour la plupart et dont quelques-uns avaient manié les alïaires, croyaient-ils réellement à lefticacité de tels moyens? Ce que 1 évêque de Valence, Jean de Montluc, disait au sujet de la résidence « que c'était un article accordé, mais qui ne sériât exécuté, » ' ne se pouvait-il pas affirmer de tous les décrets de l'assemblée? Pas plus que les peuples, les corporations puissantes, comme le cierge de France, ne se laissent, par de simples décrets, ramener de la corruption à la vertu : " il faut des circonstances plus
* La Place, liv. VII (à la fm).
^ V^oir, sur les mœurs du clergé, depuis cette pré-
fortes pour que de pareils retours s'opèrent, et Ihistoire des temps antérieurs au seizième siècle, comme des temps postérieurs, en est la preuve conlinuelle. Quont vu nos pères deux eenls ans après i époque dont nous racontons les événements*? Alors, comme en 15G1, le clergé français était amolli et ( orrompu par une longue paix; il ne comprenait plus le sens de la doctrine qu'il avait charge d'enseigner el, méprisé de ses ennemis, il n'avait plus de foi en, lui-même. Il arriva cependant qu'une révolution inouïe vint changer la face de la France; et au miUeu de la tourmente le clergé, dévoué à la persécution, retrouva tout à coup une énergie qu'il ne connaissait plus, retourna à la vertu longtemps oubhée, redevint moral sous les coups dont le frappaient ses ennemis et sut ainsi regagner en peu de temps l'estime publique que lui avait fait perdre tout un siècle de désordres. Au seizième siècle aussi le clergé français se corrigea ; mais les mémoires du temps nous apprennent d'où vint le salut : « L'Éghse, disait Tavannes, « ressemble aux royaumes qui sont de longtemps » en paix, lesquels n'ont point de capitaines, pour » n'avoir été attaqués ; la nécessité en fait nailre. » Ainsi les ecclésiastiques s'éveillent et se font sa- >» vants par l'entreprise des Huguenots. » * Castelnau
tondue réforme. Raton, t. II, p. lOî^O; Ibid., p. 1089 et iOOO. Voir aussi les sermons des prédicateurs de la liçuo.
* Mcmoires de Gaspard de Tavannes (éd. Panthéon, l. II, p. -2H).
Ronsard aussi disait :
Las ! dos Luthériens la cause est tri-s-mauvaise
El la défendent bien; et par malhciii- fatal
La nostre est bonne et sainte et la défendons mal.
iDiscoure à Desautels, poète et juriscon.sult»i.\