CHAPITRE PREMIER
» poule qui, soigneusement, appelle et assemble ses » petits poulets, et les couvre de ses ailes. » ' Les Français réfugiés à 1 étranger pour cause de religion n'étaient pas oubliés par Marguerite, et ses bienfaits les allaient clierchcr à Strasbourg, à Zuricb, à Genève, partout où leur indigence réclamait ses secours. Aussi devint-elle odieuse aux Catboliques violents et l'amie des hérétiques fut accusée d'hérésie. Béda, le fougueux syndic de la Sorbonne, dénonça à la faculté de théologie son livre du Miroir de l'âme pécheresse; mais Guillaume Petit, évéque de Senlis, plaida la cause de 3Iarguerite, et la Sorbonne n'osa condamner une princesse, que protégeait lautorité du roi, son frère. Béda devait plus tard expier, par une dure captivité au Mont-Saint-Michel, cette imprudente attaque contre la famille royale.
Malgré les rigueurs, la doctrine nouvelle gagnait tous les jours du terrain. Parfois l'exécution des condamnés donnait Heu à des scènes étranges , et tournait à la confusion des persécuteurs. Lorsqu'on brûla, à Toulouse, le jurisconsulte Jean de Caturce, un Jacobin, chargé de faire le sermon d'usage, prit pour texte ces mots de la première épitre à Timothée: « Dans les derniers temps quelques-uns » se révolteront contre la foi et se laisseront abuser » aux doctrines du diable, » après quoi il s'arrêtait, sans réciter en entier la phrase de l'apôtre. Achève donc , lui crie aussitôt le condamné, et comme le Jacobin, à cette soudaine apostrophe, se tait et demeure interdit, Caturce, d'une voix éclatante reprend
* Sainte-Marthe. Oraison funèbre, p. 8i.
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le lexlc tronqué par le moine, et rétablit ce que l'autre en avait voulu supprimer : « enseignant men- » songes en Inpocrisie, ayant leur conscience cau- » térisée , défendant de se marier et commandant de » s'abstenir des viandes que Dieu a créées, pour en » user avec action de grâces aux fidèles et à ceux qui » ont connu la vérité. » Puis, dans un discours plein de feu, il explique à la foule la parole de l'apôtre : ' Spectacle touchant et terrible! La victime passait ainsi tout à coup au rôle d'accusateur, et les bourreaux consternés n'osaient interrompre sa dernière et éloquente apologie de la doctrine nouvelle. Qui pourrait dire combien un pareil discours , prononcé par un homme, que peu d'instants après l'on voyait mourir avec le plus grand courage , devait faire de prosélytes à la Réformel
Déjà elle pénétrait au camp même de ses ennemis, et le jour de la Toussaint 1533, l'Université de Paris, réunie en assemblée solennelle au temple des Mathurins, entendit avec etYrui et indignation son recteur Nicolas Cop, réciter un discours plein des opinions condamnées. C'était un jeune étudiant en droit, appelé Calvin, qui avait écrit la harangue du recteur: dénoncés au parlement, ils durent quitter Paris en toute hâte. Cop se retira à Bàle, Calvin en S:untoni»f*.'
' De I]éze. Histoire ecclésiastique, liv. I, p. 11-1:2.
Rabelais, dans Pantagruel (liv. II, ch. V), fait allusion au supplice de Caturce :
« Pantagruel vint à Thoulouse, mais il n'y dcmoura i^uières quand il veit qu'ils faisaient brusler leurs régents touts ^U's comme harengs sorcts. »
2 De Bèze. Hist. eccL, liv. I, p. li.