‹ Le colloque de PoissyChapitre 96 sur 96 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

iiistres recommencèrent à s'élever et la régenle ayanf négligé ou craint de sévir, cVautres s'cnliarrlirent à suivre l'exemple donné et tout se trouva de nouveau compromis.

C'était sur Paris surtout que comptaient les Triumvirs. Mais cet appui le gouvernement aurait pu le leur enlever ou du moins le rendre presque inutile. 11 ne faut pas ici que les événements postérieurs du temps de la Ligue nous fassent illusion. Sans doute, Catherine de Médicis n'avait pas pour auxiliaire cette lassitude des esprits qui servira tant un jour Henri IV. Maïs d'autre part, se figurer le Paris et la France de 15i;i en proie à cette exaltation frénétique que fera naître la guerre civile en se prolongeant, serait une grave erreur. Que Paris n'aimât pas les Réformés, notre récit même le montre assez ; mais nous savons aussi, nous qui avons traversé tant de révolutions, comment aux époques de trouble des minorités violentes ne réussissent que trop facilement à tenir sous le joug la foule des gens paisibles. Elïrayer les premiers et rallier à soi les seconds, en les rassurant à la fois contre leurs oppi'csseurs et sur ses propres intentions, voilà ce que devait et pouvait faire Catherine de 31édicis. Entre le gouvernement se portant le défenseur de la paix publique, et quelques princes et nobles poussant à la guerre civile, .la grande majorité des habitants de Paris et du royaume, avant tout amie de l'ordre malgré ses passions religieuses , n'aurait pas hésité un seul instant. Restait d'ailleurs la ressource de renvoyer les magistrats qui paclisaienf a^ec les factieux et trahissaient la royauté, de modilier l'organisation de la milice bouracoi^e. de dé-

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sarnier les suspecls : la régente négligea plusieurs de ces mesures et ne soutint pas avee assez d'énergie celles qu elle se résolut ù prendre.

Rien d'étonnant que tant d'incurie et tant de laiblesse ait décidé Guise à oser raltentat de Vassy. El cependant, alors même, un vigoureux effort de la part du gouvernement ])ouvait encore prévenir une mêlée générale. Guise arrivait sur Paris avec quelques centaines de soldats : le gouvernement disposait de forces plus que suffisantes pour l'arrêter, gentilshommes attachés au roi, gardes du corps, mercenaires suisses et autres, sans parler de cette partie de la population parisienne dont on pouvait se faire un appui. Une femme de tête et de cœur, une Blanche de Gastille ou une Elisabeth d'Angleterre eût, avee moins de ressources, empêché Guise de pénétrer dans Paris et fait payer cher au rebelle son audace. Catherine de Médicis ne sut ni prévoir ni se défendre: elle se laissa tomber honteusement avec son (ils dans l'esclavage des Triumvirs, et c'est ainsi que l'étincelle de Vassy alluma un incendie qui devait, pendani quarante années, ravager la France.

On voit tout ce qu'il avait fallu de fautes de la part elc Catherine de Médicis pour rendre irrémédiable une situation dont les dillicultés, quelque grandes qu'on les suppose, eussent encore pu être vaincues, si le gouvernement, en s'effaçant toujours et en agissant peu ou sans suite, n'abandonnait pas le terrain aux partis. Toutefois ce n'est pas sur Catherine de Médicis seule que doit tomber la sévère condamnation ele l'histoire : la France aussi, à l'époque néfaste dont nous venons de tracer le tableau, iiil

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rmlisan de sa propre infortune. Absolvons, s'il le laul, eette multiliule que son ignorance vouait au (analisme et livrait en proie aux ambitieux: si terrible qu'ait été son intervention dans la lutte des partis, peut-être mérite-t-elle plus de pitié encore que de blâme. Mais que dire de ceux qui auraient dû, par leur exemple, guider et redresser cette multitude? De cette noblesse qui montra en toutes ces circonstances si peu d'intelligence politique? De ce clergé qui ne savait que demander du sang et des supplices et pervertissait les masses au lieu de les élever par resj)rit et le cœur ? De ce parlement de Paris, abdi- (fuant si tôt son rôle de gardien des lois et faisant une si lâche défection du côté des violents ? De cette grande classe enfin des honnêtes gens, toujours portée à se laisser opprimer, en 1561 comme à d'autres époques, et que sa timidité conduisait une fois de plus à se trahir elle-même et à trahir la France? Bien peu furent alors exempts de reproche et sur tous tomba le sévère châtiment. C'est qu'il existe entre tous les membres du corps social cette intime solidarité qui rattache aussi les unes aux autres les générations successives dans un même peuple. Les lautes que nous avons signalées, une fois commises, personne n'était plus admis à invoquer sa propre innocence, ni la France en droit de se plaindre de la latalité qui la livrait en 15G1 à une Médicis au lieu de hii donner Henri ÏV. H n y a point, en effet, de falalilé dans les choses humaines ; il n y a que limpiloyable logique des événements et les hommes font toujours eux-mêmes leur destinée. Ce sont les enscignemenls méconnus de l'expérience qui appeUeiit

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>iir k'^ in'uples les grandes calamilés. La France jiavail-eile pas déjà reçu, au quinzième siècle, le terrible avertissement dune folie royale mettant toute une grande nation à deux doigts de sa perte *? Si donc, en ioGl, celle race française, si libéralement douée pourtant par la Providence, n'avait pas encore su s'élever au-dessus des institutions des peuples enfants, si elle se trouvait toujours à la merci d'un hasard de succession monarchique, n'était-ce pas à elle-même et à elle seule qu'elle devait sen prendre et, dans ce retour sur ses erreurs passées, trouver la sagesse et l'énergie qui assurent l'avenir ? Un grand homme Ta dit : les peuples n'ont jamais que le gouvernement qu'ils méritent. Vérité d'apparence bien smiple, mais trop souvent mise en oubli par les nations, et quon ne saurait assez leur répéter. Disons donc que les malheurs de nos pères furent mérités et, tout en les plaignant, sachons y puiser, pour nous-mêmes, de salutaires leçons !

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