‹ Le colloque de PoissyChapitre 95 sur 96 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le signal de la guerre civile était donc donné : il y aura désormais le sang de Vassy entre les Catholiques et les Protestants. Ici s'arrête la tâche que nous avons entreprise et nous ne parlerons pas des désastres qui suivirent, de la France, pendant quarante ans, livrée aux guerres civiles et religieuses, de sa population cruellement décimée, de tant de ruines, eniin, que la dernière moitié du seizième siècle vit s'accumuler sur le sol de notre malheureux pays. Mais arrivés à ce lamentable dénoùment, qu'aujourd'hui encore pas un Français ne saurait envisager sans serrement de cœur, nous devons reporter nos regards en arrière, pour juger dans leur ensemble les faits qu'un récit impartial vient de dérouler sous les yeux du lecteur.

Les trois règnes de François I, de Henri II et de François II léguaient au gouvernement de Charles IX des embarras dont nul ne serait admis à méconnaître le nombre ni la gravité. Est-ce à dire cependant, que, si compromise que fût déjà la situation de la France en 1561, la crise politique et religieuse, où se débat-

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lait noire pairie, dùl nécessairement aboutir à la terrible eatastropbe de la guerre civile*? Nous ne le croyons pas el nous avons marqué, dès le début de celle élude, quelle double voie de salut s'ouvrait devant Catherine de Médicis, lorsquelle prit en main les affaires. Passer au Protestantisme ou s'élever audessus des partis religieux, en leur imposant la paix, quelle alternative faite pour séduire un grand caractère! Déjà, Henri VIII en Angleterre, Gustave Wasa en Suède, avaient montré combien il était facile au pouvoir royal d entraîner les peuples à de nouvelles croyances , à une nouvelle organisation religieuse ; mais Catherine de Médicis n imita pas leur exemple, avec quelques chances de succès qu elle put d'ailleurs le faire. L'esprit d'initiative hardie et la conviction énergique, l'une qui pousse aux grands desseins, l'autre qui en assure le succès, manquaient égalemenl chez elle. Nous n'avons donc pas à nous arrêter ici sur un plan qui a pu traverser l'esprit de Galheriiii^ à l'état d'idée fugitive, mais dont la réahsation ne fui l)as même tentée. Il en est aulrement de celle politique du chancelier l'IIùpilal, (jui consistait à élever le gouvernement au-dessus des partis religieux el à leur imposer à tous la tolérance et la paix. En prenant le pouvoir, la régente parut vouloir entrer dans les voies de l'IIopital et c'est sur l'expérience tentée, en 1501, pour faire triompher les idées qui prévaudront un jour avec Henri IV et trouveront leur glorieuse expression dans ledit de Nanles, qu'il convient de juger la mère de Charles IX. Or, disons-le tout de suite, ce jugement ne serait pas juste, s'il n'était sévère. On est confondu, en effet, de voir à quel point

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lui mal laite cette expérience, du succès de laquelle dépendait si évidemment le salu! du royaume, et plus confondu encore que des historiens , après avoir assisté à ce triste spectacle , aient osé vanter les talents politiques de Catherine de Médicis. Incertitude et faiblesse, hésitations coutinuelles et demimesures , voilà ce que nous rencontrons chez la régente durant ces mois tragiques qui s'écoulent dej)uis son entrée aux affaires jusqu'à l'explosion de la guerre civile.

On sortait d'une période d'atroces persécutions et on voulait revenir à une politique de conciliation et d apaisement. Était-ce le moment pour un gouvernement qui avait toujours été et prétendait rester arbiiraire, de respecter une opposition tracassière et inintelligente, comme celle du parlement de Paris pendant toute l'année 1561? De ce parlement qui, par ses protestations incessantes contre les actes les plus louables de la royauté, exerçait alors une si funeste influence sur l'opinion pubUque? Qui blâmerait aujourd'hui la régente d'avoir renouvelé en sens inverse, contre les fanatiques du parlejuent, le coup d'État de Henri II contre l'héroïque Dubourg et l'esprit de tolérance'? Loin de montrer cette fermeté, on laissera même le parlement provoquer à la désobéissance aux lois , en approuvant le prévôt de Paris d'avoir osé défendre la publication d'un édit royal. La régente essaya-l-elle du moins sur les magistrats la puissance de lintérèt personnel, alors qu'elle avait entre ses mains le gage si précieux, en celte circonstance, de la vénalité des charges? Rien ne le prouve, el pourtani celte liabilelé italienne, lanl prônée par

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les panégyristes de Calheriue, eût été dépensée ici pour un noble but, puisqu'il s'agissait de retenir la France au bord dun abiine.

Même légèreté, même défaut de suite et de fermeté lors de la tenue du colloque de Poissy. La régente a convoqué dans cette ville les prélats catholiques et les ministres réformés, afin d'arriver à un compromis, qui put faciliter l'établissement d'une paix de religion. Sans doute, les esprits conciliants, tels que Despence, Salignac, Bouleiiler, les évéques de Valence et de Séez, etc., etc., ne formaient qu'un groupe d'élite dans le camp des orthodoxes ; mais, faibles par le nombre, ils n'en jouissaient pas moins d'une grande autorité, et le gouvernement, au lieu de s'effacer connue il le lit, aurait dû se déclarer hautement pour eux, leur prêter son appui le plus énergique. Sans doute aussi la majorité des prélats répugnait à toute transaction avec les Réformés: tous cependant n'étaient pas d'un entêtement égal à celui du vieux Tournon, et, en faisant jouer certains ressorts, on aurait probablement obtenu des concessions. La menace d'une conliscalion de biens adressée, non pas publiquement aux prélats réunis, mais à quelquesuns d'entre eux dans des entrevues particulières, la promesse d'avantages ])ersonnels faite avec à propos à d'autres, n'eussent pas manqué de produire leurs elïets ordinaires, et puisqu'on se vantait d'être en politiciue un disciple de Machiavel, au moins fallaitil se souvenir de la maxime diviser pour ràf/nc)'. La régente sut bien appeler à elle les principaux ministres réformés pour leur recommander la modéralion: on ne \oil pjis (|uelb' en iul iiui de même uwr

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les prélats calholiques, sur les((uels il était |)riiu:ipalcmcnt nécssaiie de peser de tout le poids de l'autorité royale. Quelle faiblesse encore et quelle inconséquence d'avoir, sur les représentations du cardinal de Ferrare, transformé le colloque, après deux séances publiques, en conférence particulière, de façon à substituer une obscure dispute au débat solennel qui tenait la France attentive! N'était-ce pas entin un autre acte d'inqualifiable faiblesse, que d'accepter du clergé, au milieu de la détresse financière où ion se trouvait, une misérable aumône de 9 millions de livres, lorsqu'il aurait suffi , pour amener à composition cet ordre si riche, de lui rappeler sérieusement le plan de spoliation, présenté conti'e lui par les États de Pontoise? Se montrer toujours si disposé à reculer, c'était se préparer, comme de gaieté de cœur, d'inévitables échecs, et la régente ne s'y serait pas, en vérité, prise autrement, si elle avait eu pour but d'encourager elle-même toutes les résistances.

Nous touchons maintenant à cette grande résolution de redit de janvier, l'éternel honneur du chancelier rilôpital, et qui aurait pu valoir aussi à Catherine de Médicis la reconnaissance de la plus lointaine postérité. Mais comment la régente soutint-elle une si excellente mesure? La plus vulgaire prudence conseillait de s'assurer avant tout des adversaires le plus à redouter pour la politique nouvelle qu'on voulait inaugurer. Ces adversaires étaient connus, et par leur attitude semblaient se désigner eux-mêmes aux coups du gouvernement. On savait de (pielle manière ils s'étaient licués, dès le mois d'avril lofU,

SOUS les auspices de l'Espagne, et tout réccmmeni ils avaient quitté la cour avec éclat, pour se retirer. Guise à Nanteuil, le connétable de Montmorency à Chantilly. Placé dans une circonstance pareille, Henri IV n'aurait pas liésilé un seul instant à frapper des coupables, et aussi bien que lui, Catherine de Médicis eût trouvé des soldats pour s'emparer de queUpies seigneurs insolents , des juges pour les condamner. Nous allons plus loin : l'arrestation seule des Triumvirs, sans échafaud et sans bourreau, suflisait à frapper de terreur les fanatiques, et dùl-on nuMue provoquer ainsi quelques soulèvements partiels, il ne fallait pas oublier que le salut de la royauté et Velui de la France étaient également en jeu , qu'il s'agissait pour la première d'échapper à l'asservissement d'une faction, comme pour l'autre d'échapper à la guerre civile. Cette considération ne parut pas s'être présentée avec assez de force à Tespril de la régente ; soit imprudence, soit crainte, elle laissa ses ennemis tramer en liberté la ruine de l'édit de janvier. Les documents contemporains nous apprennent l'immense effet produit d'abord par ce dernier. Les excitations à la haine, les provocations en meurtre cessèrent quelque tenjps de tomber du haut des chaires des églises : on put espérer de voir le calme rentrer dans les esprits. Nous savons d'ailleurs, par irirrécusables témoignages, avec quel zèle le parti réformé seconda en cette occasion les intentions de la régenle. X'étail-il pas alors du devoir du gouvernement de faire un rigoureux exemi)le du premier fanatique qui viendrait troubler cette tranquillité renaissanle? Bienlôt, cependant, quelques voix si-,

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