SCÈNE PREMIÈRE
CONDREV'ILLE, debout , en habit de voyage, lit une
lettre. ADOLPHE, assis près d'une table, arrange
une boite de pistolets.
gui» dre ville Usant.
« Rendez-vous sur-le-champ à Paris, et dans le plus
« grand secret < quelque chose s’y prépare
« voire présence y est necessaire. .... » Ma foi, j’en crois 211. le maréchal, et j’obéis à cet avis.
ADOLPHE
Holà ! quelqu’un! .... Ils ont établi ici à la fois l’auberge et là poste, et, à cela près qu'il n’y a jamais de chevaux à l’écurie, ni de domestiques à la cuisiue , c’est la
maison la mieux servie de toute la ville de Joiguy
Ou a beau soutier ! ! . . .
co k due ville froidement.
Il faut croire , monsieur, qu’on ne vous a point entendu I
ADOLPHE
Voilà plus de deux minutes que j’appelle
André! ,
GOND REVILLE.
Moi, monsieur, voilà plus d’une demi-heure; j’ai pris le parti d’attendre, et je vous conseille d’en faire autant.
ADOLPH K.
Parbleu, Monsieur, vous êtes du plu9 beau sang-froid; à votre place j'aurais déjà tout brisé. André ! les filles f les garçons!
( fl sonne de nouveau. )
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t t X à il A O
Les précéder», CADET portant une. valise cLvee
une adresse.
CADET
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Eh bien, nous voilà.; qu’est-ee que vous voulez?
ADOLPHE
„ . »; rm' 'AiiO'i ira ra o ■ 1
, Ce que je veux ! v ^
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Pardi! sûrement; il faut bien que je sache ce qut vous voulez pour qtté je vous le dquloe.
■ ADOLPHE.' ' 1 '
• AO .;>*• Al 1 » *00 .'A t .
Ah! ce que je veux. .tj.-w.-Annaifoi , je ’ h’en sais plus rien. Tu m as si long-temps fait sonner que j’ai oublié.... mais parle à Monsieur , «jui est plus pressé.
cadet à ‘Gondfévitle.
Voici d’abord votre valise ; je crois que c’est bien la’ vôtre ( Lisant. ) A M. Lebrun , à Paris. \
Adolphe à part.
Monsieur Lebrun ! je ne le connais pas.
CORDKEVILLE.
C’est bien ! y a-t-il ici des lettre» adressées à monsieur Leblanc, poste restante ?
CADET
Non , Monsieur , aucune.
nom» itv ni* froidement.
Ah ! en ce cas reportez cette valise dans ma voiture, et donnez-moi des chevaux.
CADET
Comment, .Monsieur, à peine arrivé, vous repartez.... Il parait que Monsieur est pressé.
Probablement.
COBDatVIUI.
r. 'te jdJAo
CADET
■ jr '■« a?
C’est que, voyez-vous, la poste de Joigny est sans contredit la mieux montée en chevaux de toute la route
ma *S èU4
Air : Un homme pour faire un tableau.
En c’ moment ils font, par malheur,
Le service sur la rivière ;
Ji’s avons des bateaux à vapeur,
Qui restent souvent eq arrière. ,
* L’ coch’ d’Auxerr’les passe toujours,
Et pour étr’ plus solid’s au poste, fis se sont vus , depuis quelq’ jours ,
Obligés de prendre la poste.
ADOLPHE
JLà qu’est-ce qqe je disais f
CADET
Et vous serez peut-être obligé d’attendre une petite heure !
COKDKEVILLE.
Une heure !.... C’est bon! qu’on me donne une chambre..,.. J’attendrai!
cadet montrant V appartement à gauche.
, Oui, Monsieur, nous avons là le n“. 4 ”- ( ^ *ort. )
ADOLPHE
Ah le pauvre homme !... {Allant à lui.) Monsieur he-
brun, ou monsieur Leblanc je ne sais pas lequel des deux noms, je m’intéresse à vous , et si vous êtes pressé, si vous avez des affaires, ne vous y fiez pas.... Quand il
vous dit une heure , c’est quatre heures Je connais
la maison.... Depuis un mois que je suis ici en garnison, et que je loge dans celle maudite auberge, où je suis forcé de rester pour des raisons particulières.... Vous saurez que c’est la seule auberge de Joigny où l’on lasse crédit aux olïiciers.
. GOHD&E VIJLLE. ... «
En effet le douzième de hussards doit être caserné dans celte ville. .i.. Uu beau régiment l r
• . . * Il » ’ » * VlV*: * ' »•> '
1 1. "■ Tris •
Il parait que 1 Mônsieur a servi.... entre militaires, entre camarades on agit sans façon.... Quelques affaires sans doute vous attiraient dans cette ville.... J’y suis déjà un peu connu, reçu dans les meilleures maisons.... Je monte à cheval avec le sous-préfet. Je suis assez lié avec le receveur , à qui je gagne son argent.
Ai# ; De sommeiller encor, ma chère.
Je suis au mieux, et je m’en vante,
Avec le procureur dn roi .
Et tous les soirs la présidente Fait de la musique ayen moi :
Je fais faire mainte culbute
Sur mes genoux à son petit garçon,
Et son mari me persécute Pour être parrain du second.
Ef vous sentez qu’avec de pareilles protections. . . . Si je pouvais vous être utile, ie vous prie de disposer de moi, Adolphe de Luceval, capitaine de husfards, qui sera enchanté de faire Vôtre connaissance.
GONDKEmiE.
On ne peut être plus obligeant ; mais pour la première fois que nous nous voyons. , . .
AD OLPH E.
Qu’importe ...... moi , je n’ai rien de caché pour mes.
amis. Au bout de cinq minutes on sait de suite ce que je suis, ce que je fais, ce que je veux faire . . . »
Air : A soixante ans.
Moi je suis franc', j’ai’ la tête légère ;
Mai» j’ai 'bon Writtfirt loi et) y le «Mr*.
Quelqu’un me plaît , je lui du sans mystère :
Soyous amis ; vctvilez-vQos? touchez là.
D’autre» peut-être auraient plus «le prudence;
Mais ces gens-là me fout pitié :
Les jours qu’on pet** à* lier connaissance Sont des iustans perdus pour l’amitié.
, ‘ l is.* ll.'i. «f! i
Je vois cequi vous amène, (...vous avez quelque réclamation . . . quelque solde arriérée ! vous êtes peut-être . . . et vous voulez de l’emploi dans notre régiment! Vous ne pouviez pas. mieux tomber! ,;Nous attendons incessamment un nouveau colonel, tut», .tout jeune homme à
ce qu’on dit, qui donne les plus belles espérances. . . et comme qn prétend que dans ce moment il est très en faveur. .» •)•*.,( .1 ■>» *»’ my
c ondre viols souriant amèrement.
Très eu faveur 1 .
colonel.
Je n’ai rien à démêler avec votre
A DO Lp n K.
J’y suis ; ce nom sur votre^yalise, cet autre nom poste restante , c’est quelque intrigue amoureuse avec quelque dame de l’endroit- . . il y en a de fort jolies ! .... Ah ça ! convenons de nos faits. . * . si nous allions nous rencontrer. . . mais vous pouvez être sûr que je respecterai... c’est comme si elle avait un sauf conduit.
’ ' fcoNDREVILtE.
Non , Monsieur, je ne suis point amoureux.
ADOLPHE
Tant pis!... Moi, Monsieur, je le suis comme un fou... il faut que je vous conte cela!... une jeune personne charmante que j’ai vue deux ou trois fois à Paris, tous les talents, toutes les grâces réunies; mai» sa tante (car il y a unç tante dans mon histoire ), cette tante m’a des-
servi auprès d’elle... et j’allais me justifier... lorsqu’un ordre du ministre a fait partir mon régiment pour cttte garnison!. . . Voilà mon mariage manqué, ma justiücation impossible .... Je resterai toujours garçon, peut-être même, mauvais sujet .. . je vous demandé s’il y a de ma faute , et si en pareil cas on ne doit pas rendre les ministres responsables.
i r.. cosdrevi lie souriant.
En effet , Monsieur, vous avez , je l’avoue , grand sujet de vous plaindre. . . mais tout en vous remerciant de vos offres obligeantes, permettez-moi de n’en pas profiter, et de me contenter seulement du plaisir que m’a procuré cette aimable rencontre.
(Ils sc saluent , et Gondrcville entre dans V appartement à gauche. )