SCÈNE VIL
Madame de GONDREVILLE, puis ADOLPHE,
Madame de gokdrevillê.
Celte chère Elise!... Cbttibîeh elle mérite toute mon amitié !. Combien je désire la voir heureuse! et quel dommage si elle se fût attachée à ce mauvais sujet.
Adolphe sortant de ia chambre en fredonnant
Oui , ç’eil est fuit' je me marie ;
Je veux \ivre comme un Caton....
Diable! une jolie femme.. que je n’avais pas encore aperçue.... {Ils se saluent. ) Madame.,,, attend peutêtre ses gens ou quelqu’un de l’auberge?
Madame de gondretille.
. • - * : il
Oui, Monsieur, nous avions demandé,.,,
ADOLPHE. «r
lis ne vous le donneront pas, Madame, vouspouveaen être sûre... et si j’osais vous offrir mes services...
Madame de gobdbevillb.
Vous êtes mille fois trop bou.,. Il ne nous faut que des chevaux, et nous repartons à l’instant,
• ADOLPHE
Il vous faut 'des chevaux !... Ah que c’est heureux!... (pour moi du moins...) Il n’y en a pas; Madame, un voyageur... un militaire vient dVn demander, et il est obligé d’attendte. Je sais que cette auberge n’est pas fort agréable... Mais une heure est bientôt passée.... D’ailleurs Joigny n’est pas une ville à dédaigner.
Air de Catel. •
La ville e*t bien , l’air es? Irès-pur;
Chaque aubergiste est très-honnête,
*. Pour> u que chez lui l’on s’arrête :
Le vin peut-être est un peu sur ;
Mais jamais ne porte à ta télé. .
( Lui montrant la croisée. )
Vos* voye» l'Yonne d’ici ; tt
Car par un soin bien salutaire,
A colé du vin cfe Joigny Le ciel a placé la riviere.
Nous avons un pont élégant;
Nuits avons une cathédrale,
Une garde nationale , ,
On a thé née , un présidlnt ; '
Ou se croit dans la capitale.
Madame de oeiDitviUt touriant.
Qui . tout ce qu'on voit à Joigny Est digne eutin de notre houimage.
Adolphe là regardant.
Mais ce qu’on y voit aujourd’hui Mériterait seul le voyage.
Les rues , il est vrai, sont étroites, tortueuses, difficiles à gravir; mais a/ec un bras... et je serai si heureux de pouvoir offrir le mien à Madame.
Madame de gosdr eville.
En vérité, Monsieur , vous avez un fonds d’obligeance!
ADOLPHE
Bien naturel sans doute... Je suis militaire en garni-
son dans cette ville, et conime tel je suis obligé d’en faire les honneurs... Je suis bien indiscret peut-être, n’ayant pas le bonheur de vous connaître ; mais, c’est là un de mes grands défauts... Je n’ai jamais pu me décider à regarder une jolie femme comme une étrangère.
Madame de gondrevixle.
En conscience , il n’y a pas moyen de se fâcher.
ADOLPHE
Et puis, il est si rare de rencontrer dans cette ville une tournure distinguée une physionomie pari-
sienne; car Madame arrive de Paris, j’en suis sûr.... Et moi j’adore tout ce qui viént de Paris.
4 Madame de condbeville souriant.
Eh! mon Dieu! prenez garde... Il ne tiendrait qu’à moi de prendre cela pour une déclaration.
ADOLfEE.
Eh bien! quand il serait vrai , vous êtes trop juste pour m en faire un crime. Il est de ces rencontres, de ces fatalités où il n’y a de la faute de personne.
Madame de condbeville.
Allons , nous voilà en conversation réglée.
ADOLPHE
Et vous n’êtes pas plus coupable de me paraître char-, mante que je ne le suis moi de vous le dire...
Madame de condbeville.
Air du Patrie fleurs. '**
C’est effrayant!... quelle flamme subite !
ADOLPHE
Chfz moi l’amour vient à grands pas
'Madame de go irn as vil le.
Il doit alors parti?ti!#<idï plus vit*.'
Difl
idt
ADOLPHE
Non ; vous ne me connaissez pas.
En trahison le siècle abonde ; rf *-
Je l’a voûtai, j’en suis honteux pour lui ,
On n’est fidèle à personne aujourd'hui ,
Moi je le suis à tout le monde.