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Le colonel Dambourgès [microforme]

En parcourant les annales de notre colonie, on est souvent surpris de rencontrer des pages remplies des hauts faits d’un homme dont le dévouement a quelquefois sauvé tout un peuple, et dont le nom presque inconnu ne vit plus que dans les traditions saintement conservées de la famille, ou dans les cartons de quelques rares antiquaires. Les peuples comme les individus ont fréquemment de ces étranges oublis, de ces

moments d'ingratitude d'autant plus inexcusables que les grandes actions qu’ils méconnaissent ainsi font partie de leur histoire et de leur gloire nationale.

Le Colonel Dambourgès est du nombre de ces grands hommes auxquels les contemporains et la postérité elle-même n’ont pas rendu justice. Français par la naissance, il avait hérité des qualités chevaleresques des vieux soldats de François 1‘ et de Henri IV. Transporté de bonne heure sur le sol de la Nouvelle-France, au milieu d’un peuple qui avait conservé avec amour les éclatantes traditions de la mère-patrie, il y retrouva des frères dévoués pour lesquels il s’éprit d’un attachement sincère. Il s’identifia bientôt avec leurs intérêts, épousa leur cause, défendit leurs droits menacés et associa sa destinée à la leur dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, sans vouloir s’en séparer jamais. Doué d'un esprit sûr, d’un jugement sain et d’une instruction solide, il prit une part active aux événements de son temps, laissant partout où il passait l'empreinte de sa volonté persévérante et d’une énergie indomptable. Généreux autant que dévoué, il sacrifia volontiers sa fortune et celle de sa famille pour soutenir la cause qu'il avait embrassée ; et quand il fallut payer de sa personne, et repousser l’ennemi montant à l'assaut de Québec, on le vit le premier sur la brèche, défendre vaillamment une redoute et accomplir, sous le feu et les balles, un de ces coups d'éclat qui suffisent pour

immortaliser un homme. Arrétant par sa hardiesse et sa bravoure les troupes envahissantes, il contribua ainsi à sauver le pays d’une nouvelle calamité, Modeste autant que brave, il ne savait pas profiter de ces heureux moments pour s’atlirer, par des bassesses indignes d’an noble cœur, les récompenses dues à son mérite. I mourut pauvre comme tous ceux qui se sacrifièrent pour leur pays, sans songer à l'avenir, comptant sur la reconnaissance, hélas ! bien souvent éphémère, de ceux qu'ils avaient servis toute leur vie. Moins heureux toutefois que ces héros romains dont la République payait les funérailles et dotait les filles, le héros canadien fut bientôt enveloppé du double oubli de la tombe et de l'ingratitude ; et ses enfants, abandonnés sans guide et sans appui, orphelins dès l’enfance, recueillis avec pitié par quelques âmes sensibles, dûrent la protection dont ils furent entourés à la fidélité de quelques rares et sincères amis.

Dans cet article qui ne peut être qu’une légère esquisse des principaux traits de sa vie, nous devons négliger bien des détails. Les événements si intéressan{s de notre histoire, auxquels il a pris part, occuperont plus longuement notre attention ; car c’est là que nous reconnaitrons les grandes qualités de l’esprit et du cœur qui distinguaient notre héros. Heureux d’avoir pu contribuer à rendre sa mémoire populair nous ne demanderons pas d’autrerécompense de notre travail que celle d’avoir commencé peut-être une

LA réparation qui deviendra bientôt, nous l’espérons, une réparation nationale !

Le Colonel François Dambourgès naquit en l’année 1742, à Salies, petite ville agréablement assise sur la rivière de ce nom, dans la province du Béarn, aujourd’hui département des Basses-Pyrennées. Il était fils de Jean-Baptiste Dambourgès, qui avait épousé à vingt-quatre ans, en février 1740, demoiselle Anne de Lambeye, âgée elle-même de vingt-six ans. Conduit de bonne heure à Bayonne, éloignée de quelques lieues seulement de Salies, il y fut placé à lécole, grâce aux économies de son père, et conserva pour cette ville, où s'étaient écoulées les premières années de son enfance, un attachement tellement grand qu’il se disait lui-même natif de Bayonne, Comme ses compatriotes en général, le jeune Dambourgès était gai, plein de bonne humeur, vif, sobre et laborieux. Une répugnance invincible, extraordinaire à cet âge où l'intelligence encore peu développée accepte tout sans discussion, l’éloignait des emplois ordinaires auxquels se livraient ses compatriotes. Son esprit inquiet et aventureux lui indiquait une nouvelle route, où devaient trouver richesse et fortune tous ceux qui, comme lui, se sentaient un grand courage joint à un

jugement solide et à une expérience pratique des choses et des hommes.

Les conversations et les récits des pêcheurs d’Orthez, ville distante de quinze lieues de Salies, où il les rencontrait souvent, sur leurs voyages à Terreneuve et au Canada, contribuaient puissamment à exciter l'imagination du jeune écolier. Il avait résolu de traverser l'océan et d’aller chercher fortune sur les rives lointaines de la Nouvelle-France. I fit part de son dessein à sa famille, qui, ne pouvant plus subvenir aux frais de son éducation, fut forcé de consentir, bien qu’à regret, à la demande de l’entreprenant jeune homme. Il leur annonça alors qu’il se rendait à Saint- Thomas, en Canada, dans l'intention d’y asseoir un établissement de commerce. L'avenir déroulait devant lui les brillantes perspectives et les rêves dorés que créait sa bouillante imagination ; et, comparant cette prompte prospérilé qu’il croyait déjà tenir avec les rudes labeurs et les pertes sans cesse renouvelées de son vieux père, il se promettait déjà une aisance qui lui permettrait de venir en aide à sa famille et d’adoucir la vieillesse de ses parents.

Le croirait-on, c’était sur le simple récit de pêcheurs basques, employés depuis bien des années aux pêcheries du golfe Saint-Laurent, que le jeune Dambourgès comptait pour s’établir au Canada et y faire le commerce. (Ce pays était alors complètement ignoré d’eux, pour la plupart ; mais ils rencontraient, tous

les ans, sur les Bancs où l’on pêchait la morue, des pêcheurs de Saint-Thomas qui leur parlaient de leur village ; et c’élaient ces notions que le hardi Béarnais avait recueillies de la bouche des marins d’Orthez, qui l'avaient décidé à parti, Brave, courageux, entreprenant, Dambourgés avait tout ce qu’il fallait pour réussir ; la patience et la persévérance étaient ses vertus favorites, et le travail, quelque dur qu'il füt, ne lui répugnait point, Il appartenait à cette classe d'hommes qui, nés dans une condition humble, savent, à force de labeur et d'énergie, s'élever aux premiers rangs de l’échelle sociale, et prouver au monde que l'obscurité de la naissance, quand elle accompagne la vertu et le génie, n’est qu’un fleuron de plus ajouté à la couronne que lui destine la postérité.

L'évèque de Bayonne, Monseigneur Guillaume d’Arche, qui avait remplacé, en 1745, au siège épiscopal de cette ville, illustre Chrystophe de Beaumont, transféré au siége archiépiscopal de Paris, avait donné au jeune Dambourgès des lettres testimoniales fort avantageuses. Il emportait encore avec lui un grand nombre de lettres de recommandation des juges-consuls, des Chevaliers de Malte, etc., qu’on lui avait accordées avec empressement et bienveillance. Muni de ces faveurs, plein de confiance dans ses projets, excité par l'espoir d’être un jour utile à sa famille, et de faire tout le bien que lui dictait son

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