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attendait les Américains de ce côté, avaient été faites prisonnières, et le gouverneur, lui-même, n'avait échappé aux poursuites de l'ennemi, que grâce à ladresse et à l'énergie du capitaine Bouchette, La garnison de Québec, selon le rôle des milices que nous en a conservé le capitaine Gubriel-Elzéar Taschereau, n’était composée que de ses habitants, avec les émigrés du col. Maclane auxquels on avait joint quelques matelots, des soldats de marine, le tout formant un corps d'environ quinze cents hommes. C'est avec cette poignée d'hommes qu’il fallait défendre cette ville, la seule possession qui restât alors à la couronne britannique sur ce continent. Depuis deux mois déjà, les Américains battaient la campagne autour de la ville, et dans tout le district de Québec. Ils avaient des émissaires affidés, des agents exercés, qui s'efforçaient de gagner les Canadiens à leur cause, à l’aide de moyens qu’une plus scrupuleuse politique aurait dédaignés. Mais leurs tentatives furent infructueuses dans presque tous les cas. Cependant, il leur fallait tenter le siége de la ville, Depuis longtemps, les Bostonnais voyaient que les soldats de la cause de l’indépendance étaient lassés, fatigués du métier, que les engagements étaient expirés, et que la saison devenait de plus en plus rude. On sentait le besoin d’en finir. On sait comme dans le dénûment général le découragement de l'âme suit bientôt l’affaiblisse-
ment et les malaises successifs du corps. Le 31 décembre, les Américains, aécidés à emporter la ville, avaient réuni dans leur camp tout ce que leurs émissaires avaient pu rencontrer de mécontents et d’ambitieux. On y reconnaissait quelques meneurs de paroisses, qui, par leurs incessantes cabales, avaient réussi à accroître leurs petites, mais bruyantes bandes composées de nécessiteux que le besoin d’être nourri ou d’autres pareils instincts attroupent autour de toute cause, plutôt que les motifs politiques ; des prétendus zélés qui se donnent pendant un certain temps l'air de réprimer l’émeute, et qui lactivent sous main, pour être plus longtemps rentés, ou encore, pour l'être à la fois par les deux partis. Tous ces hideux personnages s'étaient mis en mouvement, pour aider leurs amis à frapper le grand coup qui devait les rendre maîtres de l'Amérique anglaise. Mais, on le comprend, cette armée était sans discipline, sans tactique, sans cohésion, sans lien commun et conduite par des chefs nouveaux. On se reprochait tous les jours, dans le e"mp américain, les temporisations, les sorties sans effet, les tentatives infructueuses, les marches sans but, d'où résultaient un désappointement et un mécontentement général. Les Canadiens commençaient à s’apercevoir qu'ils ne devaient pas s’attendre à trouver chez leurs ennemis des miracles de dévouement, et que l’héroïsme n'était pas la première de leurs vertus.
L'Irlandais Richard Montgomery avait, quelques jours auparavant, fait circuler le bruit qu’à Noël il dinerait dans Québec. Ce propos avait excité le courage des siens ; mais il n’avait pas été non plus sans produire quelqu’effet sur les soldats de la garnison, auxquels il avait été rapporté par quelques déserleurs. Des deux côtés, on se préparait à faire preuve de courage. L’indignation qu’excitait chez les Canadiens la sauvage conduite des ennemis, était une raison üe plus pour les engager à combattre vaillamment. Les Bostonnais avaient d’abord conçu le projet de bombarder la ville, mais il leur avait fallu bientôt abandonner cette idée. Comment, en effet, en seraient-ils venus à bout, avec leurs bombes et leurs obus dont les deux tiers ne crêvaient pas, et dont l’autre ne se rendait pas au but? Le peuple, épouvanté d'abord à la vue des nombreux projectiles, s’était bientôt accoutumé à ce spectacle. !l leur fallut donc se résoudre à prendre la ville d'assaut. Les ravages que causaient dans leur camp les froids rigoureux de la saison, et la picotte qui y sévissait, ne leur permettaient plus de différer. On se hâta donc de préparer quatre ou cinq cents échelles grossièrement faites, et il fut résolu que le trente-un décembre on tenterait un coup de main.
Dès quatre heures du matin, le capitaine qui faisait la ronde de nuit, aperçut des signanx près de la
porte Saint-Jean. Il donna aussitôt l'éveil. Les
sentinelles annoncèrent bientôt que le mème signal se répélait partout vers le nord de la ville. Aussitôt le tambour bat, les cloches sonnent l'alarme. Tout s’émeut, tout s’agile ; en un instant, les soldats et les citoyens sont sur les remparts. Les vieillards eux-mêmes veulent prêter assistance. Un instant, on craignil que la mauvaise apparence du temps ne leur fit surseoir leur projet ; mais comme tout était prèt, ils n'avaient voulu rien remettre et avaient décidé de porter un coup suprême.
Montgomery, avec neuf cents hommes, se rendit pour attaquer la barrière de Près-de-Ville, au bout sud-ouest de la rue Champlain. Arnold, avec sept cents soldats, devait emporter la barrière du Saultau-Matelot, au bout de la rue Saint-Pierre, et, pendant cette manœuvre, quelques-uns de leurs affidés devaient, en tirant du fusil et du canon, et en faisant brûler des feux de paille près de la porte Saint- Jean, attirer l'attention de la garnison de ce côté, et diviser ainsi les forces des assiégés. Mais on sait comment ils réussirent. Montgomery fut bientôt tué, et les siens mis en déroute à Près-de-ville. Arnold fut mis hors de combat par une balle qu’il reçut au pied, en se rendant au Sault-au-Matelot. Bientôt les assiégeants aigris, furieux de se voir serrés de près par les soldats de la garnison, se précipitent dans les maisons qui bordent le cap, et de là font pleuvoir une grêle de balles sur les troupes du
roi qui défendent les barrières du Sault-au-Matelot et de la rue Saint-Pierre.
Le gouverneur Carleton qui avait vu l'affaire, envoya des troupes fraîches à la rescousse des assiégés ayant som de les faire sortir par la porte du Palais. Les Américains se trouvèrent alors entre deux feux. Un bon nombre d’entre eux avançaient néanmoins, d’une maison à l’autre, vers la barrière du Sault-au- Matelot, sans trop combattre dans la rue. Et de l'intérieur de ces maisons, où 1ls prenaient refuge, ils tiraient sans être molestés, sur les troupes royales. L'heure, le lieu, les rues étroites et sombres, les avenues tortueuses où se trouvait engagé le combat, la nuit qui prêtait au tumulte, la rigueur du froid, tout semblait concerté pour exciter la fureur des combaltants.
Pendant que les deux troupes ennemies s’acharnaient, l’une à défendre et l'autre à s'emparer de la barrière du Sault-au-Matelot, et que le feu des assiégeants, protégés par les maisons où ils s'étaient refugiés, incommodait fort les assiégés, M. Dambourgès, qui se trouvait à ce poste, conçut un projet tellement audacieux qu'il ne voulut en faire part à personne, de crainte de passer pour ridicule. Saisissant tout-à-coup une des échelles que les Américains avaient placées contre la barrière pour l’escalader, il la retira vers lui, en se tenant ainsi exposé pendant plusieurs minutés à découvert, au feu des
assiégés. Il alla de suite l'appliquer au pignon d’une maison qui abritait une trentaine de Bostonnais, dont le feu bien nourri était dirigé sur ses compagnons d'armes. Il entre par une fenêtre, tombe à l’improviste au milieu de la troupe ennemie, qui le croit suivi de nombreux soldats, et, l’arme au poing, il les somme de se rendre et les fait tous prisonniers. Par cette action hardie, que le major Nairne tenta ailleurs, il assura une batterie qui commandait la rue Saint-Pierre, et contribua grandement au succès de la journée.
Tout le monde rivalisant de hardiesse et d'efforts, les Canadiens réussirent enfin à accabler les Américains peu disciplinés, peu aguerris, et à leur faire abandonner le poste en toute hâte. Les pertes des Américains s’élevèrent à quatre cent vingt-six prisonniers, y compris quarante-quatre blessés. Le nombre des morts fut aussi considérable. Du côté des assiégés, on n’avait à regretter qne la perte de cinq hommes de troupes régulières, et on ne compta que deux blessés,
En apprenant cette action d'éclat, le gouverneur et son entourage s’empressèrent de féliciter le capitaine Dambourgès, sur la valeur et le sang-froid dont il vait fait preuve en cette circonstance, et, quelque temps après, il fut élevé, en récompense de sa belle conduite, au rang de lieutenant dans le 84° régiment, dont le premier bataillon fut licencié en 1783,
après que l'Angleterre eût conclu la paix avec les Etats-Unis.
Des écrivains, d’une autre nationalité que celle du capitaine Dambourgès, se sont permis de défigurer ce fait, pour en atlénuer la portée. Ils ont même été plus loin, car ils ont voulu lui enlever le mérite de ce brillant fait d'armes et l’attribuer à des hommes de leur race. Ils ont prétendu que le capitaine Nairne tenta aussi au Sault-au-Matelot les mêmes hazards et courut les mêmes dangers. II n'en est pas moins vrai que M. Dambourgès fut le premier à donner l'exemple, le premier à s’exposer avec autant de dévouement et à indiquer aux autres ce qu'il y avait à faire. Que d’autres aient marché sur ses traces, il ne lui reste pas moins la gloire d’avoir conçu le projet, et de l'avoir exécuté avant que d’autres y eussent pensé. Le gouvernement, pour lequel il avait si bien combattu, a pu, dans la suite, sembler méconnaître ses services, mais la postérité ne partagera pas l'indifférence de ceux qui en profitèrent, et l’histoire n’accréditera pas les insinualions perfides de plumes arbitraires et vé nales. Malgré leurs suppositions jalouses, le nom de M. Dambourgès vivra longtemps encore dans la mémoire de ses compatriotes, et la gloire du héros n’en sera pas obscurcie.
Jetons maintenant un rapide coup-d’œil sur la manière dont le fait est raconté, par des témoins oculaires, et par des contemporains dont le nom fait autorité. Il en est, parmi ceux que nous reproduisons, qui n’ont jamais été suspects de faiblesse envers les Canadiens.
Nous commencerons d’abord par le témoignage d’un vieux soldat anglais, qui assistait iui-même à ce combat. James Thompson avait été sergent dans l’armée de Wolfe, et fut nommé plus tard à un poste important dans le département des Ingénieurs, Il s'exprime ainsi, dans une lettre adressée, 37 ans après, au colonel Hale :
« Quebec, 17th April, 1822.
« Co. JonN HALE, &c., Quebec.
« Dear Sir,—A greable to your request, I am to relate to you what I recollect of the late Lieut. Dambourgès of the late 84th regiment, and I can truly say, that I have known him to be a vigilant and active officer on all occasions, particulaly during the american blocade of Quebec, during the winter of 1775; that the enemy made an attack on the lower town, in the morning of the 31st December ofthat year, when Lieut. Dambourgès, with the late Lieut. Colonel Nairn, did, by the means of a ladder, enter through a window of a house, in Sault-au-Matelot, then occupied by the enemy, and by his bold attempt the enemy abandonned the house and by this Colonel Nairn’s party which followed him and Dambourgès through the same window and by another party arriving warly at the same time at the north end of the street, that part of the enemy were prisoners.
« I'have the honour, &c.
« (Signed) JAS. THOMPSON.»
Nous aimons à ajouter à cette lettre d’un vieux
compagnon d'armes, la chaleureuse recommandation du père de lPimmortel vainqueur de Châteauguay. M. de Salaberry, dans la famille duquel la valeur est héréditaire, ne pouvait manquer d’apprécier dignement notre brave capitaine :
«Je, soussigné, ayant été major du régiment Royal Volontaire Canadien, certifie que feu Monsieur le capitaine Dambourgès, commandant les grenadiers, et premier capitaine du dit bataillon, a toujours été regardé comme un officier très-distingué. Il est connu de tous ceux qui ont servi dans la guerre d'Amérique, que le capt. Dambourgès a toujours et partout servi d'une manière glorieuse pour lui, et utile pour le service du Roi. L'on n’a point oublié qu'au combat du Sault-au-Matelot, en décembre 1775, M. Dambourgès fut le premier qui se précipila avec intrépidité dans les maisons enlevées par les ennemis ; que ce trait de hardiesse fut une des premières causes de leur défaite, et de la préservation de cette ville qui fut elle-même la conservation de la colonie du gouvernement de Sa Majesté. M. Dambourgès Ctait alors au 84° POBIMONL hisssssssss sondes eos eeaiiders soso eos
« Donné à Québec, sous mon seing, le 25 avril, 1808.
« (Signé) Louis DE SALABERRY.»
C’est avec plaisir que nous ajoutons à ces éloges, ceux d’un homme dont les actes et la conduite, toujours hostiles aux Canadiens, donnent encore plus d'autorité et de valeur aux louanges qu’il donne sans réserve au capitaine Dambourgès. C’est M. J. Hale, longtemps solliciteur-général, qui écrit au gouverneur D:'housie :
| « Quebec, April 18th, 1822.
«To His Excellency, the Earl of Dalhousie, G. C. B. «My Lord;—I have been requested by Mr. de Salaberry to present the enclosed petition to your Lordship from the orphan
ï fi
DE
d Ù 32 | dauthters of the late lieutenant Dambourgès. And I cannot | refuse to do 80, though I am well aware how unpropitious the time are to such application ; the particulars of Mr. Dambourgès' | gallantry in the repulse of general Arnold's attack of the barriers t in the Sault-au-Matelot, in the year 1775, I bave often heard i from the old oflicers of that day, and I have a letter from old Jas. Thompson, who was on the spot, relating his recollection on the subject, Mr. Dambourgès received from lord Dorchester a commission in the 84th regiment, for his conduct, on the occasion, notwithstanding that he was a native of France, and he was reduced with the {st bataillon of that regiment at the peace of 1783 as appears by the old army lists. The widow received a pension of £30 currency and should existing circumstances forbid a continuance of that to the daughters upon the Provincial lists, their situation is of a discription which perhaps would be attended to at the war office. The orphans of several officers having enjoyed allowances in the country from the compassionate fund at home. «I have now only to beg of your Lordship to excuse me if there should be found any impropriety in my having forwarded the petition in this manner.
«I have the honour to be, &c., « (Signed) J, HALE.»
M. Garneau (Hist. du Canada, t. III, p.15) raconte ainsi ce coup d'éclat :
« Pendant ce temps, le général Carleton avait envoyé ordre au major Nairne et au capt. Dambourgès d'aller avec un fort détache. ment soutenir les troupes qui combattaient dans la Basse-Ville. Aussitôt que ce renfort fut arrivé, il fut décidé de prendre l’offensive et d'attaquer les maisons occuppées par l'ennemi. En consé- Ë quénce, le capt. Dambourgès, avec les Canadiens, sauta en i; dehors des barricades et alla ‘planter les échelles enlevées aux ; Américains, contre la première maison qu'ils occupaient et î qui fut prise d'assaut. Le major Nairne en fit autant de son côté. k Ces deux officiers se portèrent ensuite aux maisons suivantes ci qu'ils enlevèrent de la même manière, les unes après les autres.»
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Ecoutons maintenant un contemporain. Nous citons ses propres paroles :
«Le Sr, Dambourgès monta par une fenêtre au moyen d’échelles » enlevées à l'ennemi, suivi de plusieurs Canadiens, défonça la » fenêtre du pignon de la maison. Il y trouva plusieurs Boston- » nais, Après avoir tiré un coup de fusil, il fondit avec sa baïon- » nette et entra dans la chambre avec plusieurs Canadiens qui » le suivaient, animés d'un même courage, lesquels jetèrent ia » frayeur parmi les Bostonnais, qui se rendirent prisonniers. »
—Journal de Sanguinel.
Un autre contemporain, d’origine différente, est aussi explicite :
« Major Nairne, of the Royal-Emigrants, and Mr. Dambourgès » Of the same corps, by their gallant behaviour, attracted the , notice of every body. The General ordered them with a strong » detachment to the support of those already engaged in the » Lower-Town, These two gentlemen mounted by ladders, and » took possession of a house, with fixed bayonnets, which the » rebels had already entered, and thus secured a post which «overlooked a strong battery on the wharf and commanded a » principal street, Journal of occurrences in Quebec, during November, 1775, by an officer of the garrison.
En présence d’un pareil trait de valeur et d’héroïsme, on ne peut se défendre de reporter ses regards vers l'antiquité, qui décernait des récompenses et des ovations aux soldats qui s'étaient distingués par des actes de dévouement et de courage. Si, dans les temps modernes, ces grandes vertus paraissent plus rares, si le nombre des héros paraît moins grand, cela n’est dù qu’à un malentendu ou plus souvent au manque d'occasion. Cette rareté présumée de généreux athlètes, de soldats intrépides vient
plutôt de ce que ceux de nos jours sont privés du
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prestige de l'éloignement, et de l’abserce de panégyristes aussi hardis que ceux de Pantiquité. Mas si une cause quelconque pouvait affaiblir le courage naissant, étouffer le génie au berceau, ce serait bien l'indifférence et l'oubli dont tant de gouvernements récompensent, aujourd’hui, ceux qui souvent ont exposé leur vie, ou sacrifié leurs années à le servir avec tout le dévouement dont de nobles âmes sont capables, Mais, heureusement pour les individus et pour les peuples, l1 puissance des hommes ne va pas jusque là, et, malgré les dédains et les mépris dont l'autorité se rend quelquefois coupable envers de généreux serviteurs, Dieu suscitera encore, au jour du malheur ou du danger, des héros, qui sauront se sacrifier pour la sauver du péril ou de la mort.
La paix s'étant rétablie avec les Etats-Unis, M. Dambourgès ne s’occupa plus que de ses nouveaux devoirs, profitant des moments de loisir qu’ils lui laissaient, pour s'occuper de ses affaires commerciales. Plusieurs années s’écoulèrent ainsi, lorsque le 8 juin, 1786, il eut la douleur de perdre son vieux père. Il mourut à la résidence de son fils, à Saint-Thomas, et fut inhumé le dix du même mois, dans l’église paroissiale, par M. Maison-Basse.
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Le vieux Béarnais avait alors soixante-dix ans, et quelques mois. Dans son acte de sépulture, il est qualifié de négociant, état qu’il avait exercé avant d'arriver en cette colonie, La bienveillance et Ja sympathie, que lui lémoignèrent en cette circonslance ses nombreux amis, adoucirent un peu le chagrin que lui causa la perte qu’il venait de faire. Longtemps après cet événement faneste, il se plaisait à raconter toutes les marques d'amitié et de tendresse qui avaient entouré le lit de son vieux père, et qui lui avaient rendu chère, pour toujours, celte paroisse qui l'avait accueilli comme un de ses enfants, et qui, depuis ce jour, n’avait cessé de l’environner de son estime et de son respect.
Le vingt-huit novembre 1786, M. Dambourgès, qui avait alors quarante-quatre ans, épousa, à Québec, mademoiselle Josephte Boucher, fille de François Boucher, capitaine de vaisseau, marin de haut bord, qui fut nommé plus tard Maitre du Hâvre de Québec, par le licut.-gouverneur R, S. Milnes, le 12 août, 1803, lors de la résignation de John Steele, écuyer, en récompense de services rendus au duc de Kent, en allant porter pour lui des dépêches à Halifax (a). Sa mère, Josephte Tremblay, la belle meumère (b), comme on l’appelait dans le temps, à Qué-
(a) Capt. F. Boucher est mort à Saint-Roch des Aulnets, chez sa fille, veuve Masse, ainsi que son épouse. ,
(b) Parcequ’elle était fille d’un excellent meunier de l’Ile-aux-Coudres, où elle avait épousé le navigateur, Frs. Boucher, père de feu Louis Boucher, écuyer, de Saint-Thomas.
bec, l'avait élevée avec soin, et lui avait appris à accomplir le bien, sans bruit, sans éclat, Aussi les pauvres, les malades élaient-ils tendrement soignés par elle, et généreusement soulagés. Ce mariage tut célébré à Québec par le curé de la ville et paroisse de Notre-Dame, l’infortuné M, Aug.-David Hubert, ami de la famille, père et bienfaiteur de ses ouailles.
Le capitaine Dambourges avait fait un mariage heureux et honorable ; mais cet événement Péloignait de la vie des camps, et lui rendait insensiblement obligatoire le séjour au fover, Sa femme, d’un caractère pieux, aimant la vie simple et retirée, était toute entière à sa famille el aux soins domestisues. Elle se montrait aussi peu sensible aux sons des tim= bales et aux fanfares du clairon à la ville, au’aux ovations et aux fêtes champètres que les miliciens ménageaient de temps à autre au vaillant capitaine qui finit bientôt par retour: or entièrement à ses affaires.
Mais une autre question, qui agitait le pays depuis quelque temps, ne larda pas à attirer son attention. Les Canadiens sollicitaient, depuis quelque temps, la mère-patrie de leur octroyer une constitution dont ils connaissaient le prix et les avantages. Cette demande n’était pas nouvelle parce qu’on lit dans une lettre de lord Grandville à lord Dorchester, du 20 octobre 1789, qu’il s’en était agi quelques années auparavant, et même dès 1765. Mais, d’un autre côté, l'Angleterre recevait des contre-requêtes
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d’un parti puissant en Canada, intéressé à maintenir un eiat de choses qui mettait à leur disposition, les places, les honneurs et l'argent du peuple qui les supportait avec tant de patience. La Grande- Bretagne, tout en paraissant vouloir améliorer le sort du peuple canadien, ne pouvait se débarrasser des défiances qu’elle nourrissait à son égard, malgré le dévouement dont il venait de faire preuve, et trouvait mille moyens de retarder sans cesse l’octroi de cette constitution si nécessaire et si désirée.
Au milieu de toutes ces préoccupations, M. Dambourgès n'avait pas oublié son ancienne patrie. Il déplorait, avec bien d’autres, les doctrines funestes, les principes irréligieux et anarchiques qu’on répandait dans les masses sous les yeux du pouvoir endormi et corrompu. Les erreurs des philosophes et les excès des encyclopédistes jetaient sur la France un voile sombre, qui présageait de grands bouleversements et de terribles tempêtes. M. Dambourgès s’alarmait de ces symptômes précurseurs de décadence et de ruine. Et pendant que les gouvernements et les peuples cherchaient à éviter la contagion, et à se mettre à l'abri de l'orage, M. Dambourgès, quoique français, fut le premier à condamner et à repousser ces tendances funestes. Sa droiture et son bon sens lui en firent comprendre tout le danger, et il conserva toujours la confiance de tout le monde. Dans un relevé de milices de cette
époque, on le voit élevé au rang de colonel, avec Pierre Marcoux,—qui plus tard fut nommé au Conseil Législatif,—pour lieutenant-colonel, et Ignace Aubert de Gaspé, pour major, etc., etc.
Dans le même temps, il était un des vingt-sept commissaires de Ja paix pour la ville et le district de Québec, et l’un des membres de la première société d'agriculture, fondée par le gouverneur Carleton. Ne désirant que servir son pays, et améliorer le sort de ses concitoyens, le colonel Dambourgès était toujours prêt à mettre son influence et ses talents au service de toutes les causes ®utilité publique. Aussi, trouve-t-on son nom partout où il y avait du bien à faire. Ami du progrès, s’associant généreusement à toutes les nobles entreprises, ce grand citoyen n’épargnait aucun sacrifice pour les faire réussir. C’est ce qui explique pourquoi il vécut toujours fort modestement, et comment il mourut sans laisser à sa famille ni terres, ni propriétés quelconques.
Ce grand citoyen comptait sans défiance sur l'amitié de tous, et ne s’embarassait nullement de l'avenir. Admirable imprévoyance qu'on pourrait taxer avec sévérité, si ce brave homme eüt oublié sa famille devant des jouissances et des satisfactions personnelles. Mais c'était pour secourir les misères et soulager les maux d'autrui qu’il se dépouillait ainsi. Considéré parmi ses concitoyens et même parmi les hommes d’une autre origine, bienvenu au
château Saint-Louis, et à la table du duc de Kent, M. Dambourgès n’en prit pour cela ni morgue, ni hauteur. En revenant chaque année, à Saint-Thomas, pendant le temps qu'il était membre du parlement, lorsqu’il fut employé par l'Exécutif, le colonel Dambourgès y renouvelait amitié avec tout le monde, visitait presque toutes les familles, acceptait les invitations de ses co-paroissiens, et menait en toutune vie simple et sociale, avec un sansfaçon qui charmail {ous ceux qui l’approchaient.
L’Angleterre s'était enfin décidée à octroyer à nos pères la constitution qu’ils demandaient en vain, depuis si longtemps. Cette charte exerça pendant cinquante ans une grande influence sur les hommes et les choses de ce pays. C'était, selon les uns, une faible concession de la part de l'Angleterre, obligée de céder aux sollicitations des colons ; selon les autres, c'était le palladium des libertés populaires el la garantie de nos priviléges et de nos droits.
Le colonel Dambourgès, homme modéré dans ses opinions, modeste appréciateur du besoin de nos lois en cette colonie, mais fier de voir la Grande- Bretagne donner à ce petit pays une constitution calquée sur celle dont la religion l’a dotée elle-même, exhorlait le peuple à l’adopter avec empressement,
et à oublier les craintes et les soupçons à l’endroit d’une concession qui ne paraissait, aux yeux d’un certain nombre, qu’un piége de plus tendu à notre ignorance et à notre bonne foi. Le peuple n'était pas éxactement préparé au régime constitutionnel, auquel il allait se trouver soumis, mais avec de la patience, de l'énergie, du travail et de l’union, avec les conseils et les lumières de quelques chefs éclairés, on pouvait espérer une administration plus impartiale des affaires, et une répartition plus juste des places, des honneurs et de l’argent du peuple.
C’est en usant ainsi de son influence dans son modeste village, tout en continuant son commerce, que le colonel Dambourgès apprit que ses ennemis, dans l’espoir de le perdre, lui attribuaient des propos et des projets républicains. Sans se déconcerter, il alla de suite trouver le gouverneur, et lui offrir de repasser en France avec sa famille, si on pouvait le convaincre d’avoir manqué au devoir. Cette généreuse démarche déconcerta ses adversaires. Le gouverneur Carleton, qui se tenait bien au-dessus des préjugés de son entourage, se plut à rendre justice en ce moment à la loyauté de sa conduite, comme il avait reconnu et loué autrefois la noblesse de son courage. Mais ses ennemis ne se tinrent pas pour battus. Désespérant de ruiner son crédit dans l'esprit du chef du gouvernement, ils tentèrent de le perdre dans l'opinion publique
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auprès de ses concitoyens, en le représentant comme un homme dévoué et vendu au parti qui voulait tout anglifier. Mais leurs efforts, quelque vigoureux et soutenus qu'ils fussent en ce sens, n’eurent aucun résultat.
Le temps des élections étant arrivé, le comté de Devon qui embrassait alors Saint-Thomas, le Cap Saint-lgnace, lislet, etc., et qui connaissait le mérite et l'intrépidité du colonel Dambourgès, lui donna spontanément son mandat. Sa candidature ne fut pas le fruit d’une orgueilleuse ambition, ou d’une sotte envie, et son triomphe fut pur de toute cabale et de toute intrigue. On ne connaissait pas encore alors les moyens de succès que l’on possède aujourd’hui ; on ne savait pas que le mandat d’un député pouvait être, dans plusieurs cas, un objet de commerce, que les électeurs vendaient le plus haut prix possible, et que le député payait généreusement, ou quelquefois pas du tout, selon qu’il lui rendait beaucoup ou rien du tout. Il avait réuni tous les différents suffrages des électeurs, et aucun rival n’avait été tenté de venir lui disputer un honneur qu'il n’avait pas cherché, et qu’on lui avait donné si unanimement et si généreusement.
Le colonel Dambourgès avait reeu de la nature une de ces organisations heureuses et faciles, qui permeltent à un citoyen d’être, selon que les circonstances l'exigent, homme d’épée, représentant
du peuple, fonctionnaire publie, ete. Mais quel parti allait-il prendre dans les questions importantes qui devaient être débattues et réglées dans lPenceinte du premier parlement canadien ? Jouissant de l'amitié du représentant du Souverain, lié en quelque sorte au gouvernement par des récompenses et par des titres, allait-il lui donner son appui, ou se ranger sous la bannière des défenseurs du peuple ? Pour tous ceux qui connaisaient son caractère et sa droiture, le doute n’était pas possible. Plus désireux de faire triompher les principes et la justice, que les mesures d’une coterie arrogante et dominatrice, on le trouva toujours prêt à protéger et à défendre les intérêts du peuple qui Pavait élu. Il débuta par cette franchise d’allures qu’il avait portée dans les camps, et qu’il soutint toujours dans les conseils de la nation.
Après avoir passé quatre ans en chambre, M.
Dambourgès refua sa réélection, à la suggestion du nouveau gouverneur, Lord Dorchester, qui voulait lever un régiment canadien, et s'assurer du concours des personnages les plus influents, afin de faire réussir son plan et d'atteindre l'objet qu’il avait en vue.
Tous ses contemporains ont vanté sa probité, son désintéressement et la noblesse de sa conduite, pendant ces quatre années employées à servir son pays dans les-conseils de la nation. On remarquait en
lui un esprit vaste, mais peu cultivé ; un langage énergique, mais peu châtié, et un jugement à toute épreuve. Au milieu de ses éloquentes improvisations, il conservait toujours le calme et la réflexion. Toutes ces excellentes qualités étaient rehaussées par un patriotisme pur et éclairé, dont il avait déjà donné en maintes occasions des preuves que personne n’avait oubliées.
Si, dans une circonstance délicate, M. Dambourgès vota contre le parti qu’il avait soutenu jusqu’alors, c’est qu'il était persuadé que son vote ne nuiraiten rien à la cause canadienne, à cause de son peu d’importance. Homme modéré avant tout, il était d’opinion, avec beaucoup d’autres, qu'il ne fallait pas froisser les idées des dépositaires du pouvoir, ni heurter de front leurs préjugés ; qu’il valait mieux leur faire une guerre indirecte, diriger la lutte avec patience et modération, et attendre le succès du temps plutôt que des moyens violents. Il pensait qu'il était prudent de céder sur des points d’une importance minime, afin de ne pas s’aliéner entièrement la confiance du chef de l'Etat, et ne résister ouvertement que quand il s’agisait des priviléges réels du peuple. Propositions bien sages, à une époque où les droits des mandataires de la nation étaient peu dessinés, et où l’on ne connaissail pas encore la limite qui les séparait de ceux de l'Exécutif. Au reste, ses convictions furent toujours respectées, parce qu’on sa-
vait qu’elles étaient appuyées sur la bonne foi et sur l'amour qu’il portait aux Canadiens. Il se montrait disposé à écouter avec bienveillance et à accueillir toutes les idées utiles, sans égard à la couleur de ceux qui s’en faisaient les champions. On peut dire qu'il parlait peu, mais il ugissait sans cesse, n’aspirant qu'à mürir et à mettre en œuvre les projets qu'il avait conçus pour le bien publie, ou que le génie des autres lui avait fait adopter. Aujourd'hui, un certain nombre d'hommes apprécie bien autrement les choses, il est vrai. Mais il ne faut pas refuser notre respect et notre admiration à ce qu'ont accompli nos devanciers, pour ne croire qu’au prestige de ce que nous voyons. Défions-nous des comparaisons. Ne jugeons les autres que sur le théâtre qu’ils ont occupés. N’écoutons pas ces ambitieux effrénés qui trouvent tout à refaire. Si vous leur prètez quelques moments Poreille, si votre imagition ne s’essouffle pas trop à les suivre, vous les verrez bientôt, prétentieux et frivoles, ne comptant pour rien ce qui est fait, oublier tout ce qu'il a fallu de luttes et de sacrifices pour tout placer dans l’ordre établi aujourd’hui. Il semble qu’à voir la prodigieuse habileté de tous ces alertes députés, qui ne cherchent que le retentissement et le bruit, ils auraient, eux bien vite réglé tous les différents, fait cesser toutes les luttes, et, n’écoutant que leur audace, ils iraient placer au milieu des airs, la pre-
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mière pierre de notre édifice politique, sans autre point d'appui que leurs petites, mais vaillantes individualités.
Si les heures consacrées par quelques discoureurs habiles à répéter, pour ou contre ceux qui administrent la chose publique, des discours où brillent l'ambition et l’égoisme de ceux qui les prononcent, si ces moments précieux pour le pays étaient employés à des œuvres réellement utiles, combien d’abus seraient effacés, combien d'améliorations justes et nécessaires seraient faites, combien de sources d’injustice et de misère seraient comblées et détruiles? Tous ces acrimonieux discours jetteront peu de splendeurs sur les pages de notre histoire.
Ah ! depuis soixante-et-quinze ans que durent nos luttes constitutionnelles, combien de jeunes aspirants ont failli à leurs devoirs, combien ont voulu détruire l'œuvre vénérée de nos vétérans politiques, pour y substituer leurs éblouissantes utopies ? Et ce sont ces enfants des muses bien faits pour roucouler des pastorales, pour présenter des fleurs à Chloé et pour tresser des guirlandes à Phillis, qui censurent le calme et la sage lenteur avec laquelle procédèrent nos pères, qui renient le passé, et précipitent leur orgueilleuse condamnation sur des hommes que l’histoire prépose à leur vénération et à leur imitation.
En 1796, lord Dorchester étant revenu à son projet de former un régimentcanadien, composé de deux bataillons, s'empressa de demander la coopération du colonel Dambourgès, qui s’adjoignit, pour Paider, son beau-frère, monsieur François Boucher. Le brave soldat de 1775 accepta avec empressement la demande du gouverneur, et parvint bientôt à réunir un grand nombre d'hommes, au milieu desquels se trouvaient beaucoup de vieux militaires de hauts grades, qui avaient servi une trentaine d’années auparavant, dans les guerres de la colonie, «Mon dévouement est devenu suspect, » disait le capitaine Dambourgès, «depuis que j'ai montré de l’indépendance au Parlement. Mais que les masques tombent, et l’on verra si je puis encore remplir mon devoir, et si je sais porter l’épée. D'ailleurs, pour un certain nombre, peu importe; car si j'accepte, on dira que je suis animé de motifs intéressés ; si je refuse, on m’accusera de déloyauté. Avec de pareils gens, il n’y a guère de nobles actions possibles ; à leur école on ne ferait que des lâches et des hypocrites. »
Le régiment étant formé, le lieutenant-colonel Joseph de Longeuil fut nommé commandant du régiment, lequel fut appelé «Les Volontaires Canadiens » ; sur ses drapeaux on lisait CFRy us.» M. Louis de Salaberry fut fait major. On y remarquait les capitaines de Bleury, Vassal de Monviel, Louvigny de Montigny, J. B. D'Estimauvile, Maurice de
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Salaberry, frère du héros de Châteauguay, et quelques autres illustrations de l’époque. Les Canadiens s'étaient cotisés entre eux, pour aider la Grande-Bretagne à soutenir les dépenses de la guerre que lui faisaient les démagogues français. Connaissant la pénurie du trésor, ces braves ne s'étaient pas contentés d'employer leur influence, pour encourager la formation du régiment, et d’y entrer euxmêmes comme officiers et comme soldats ; mais ils avaient employé leurs revenus, et tout ce qu’ils avaient pu épargner sur leurs ressources comparativement modiques, pour couvrir les dépenses et les frais d'équipement, d'armement, etc. On dit que le colonel de Longeuil soutint ce régiment à ses propres frais pendant un temps considérable, quand les souscriptions prélevées ailleurs furent épuisées. Il fit ainsi des sacrifices immenses pour soutenir ce corps qu'il désignait comme une preuve de la valeur martiale des Canadiens, et comme le résultat de leurs sacrifices pour le service du souverain. (Ce régiment passa successivement deux ans à Montréal, deux ans à Sorel, et deux ans à Québec, où il fut licencié. Il était encore alors composé de six cents hommes.
Pendant qu'il était dans ce corps, M. Dambourgès reçut une commission de capitaine des Grenadiers,. Toutes ces occupations et ces devoirs l'avaient ravi encore une jois aux affections du foyer domestique,
et pendant tout ce temps il porta noblement l'épée que son souverain lui avait confiée, Généreux et désintéressé, M, Dambourgès s’imposa bien des sacrifices pour soutenir la belle compagnie à la tête de laquelle il était placé, et qui servait à démontrer le zèle des Canadiens. Des militaires distingués le complimentèrent bien des fois sur la belle tenue de ce corps et le duc de Kent lui-même, aux jours de parade, avait toujours un mot gracieux à l’adresse du capitaine des Grenadiers.
Faut-il le dire, tant de dévouement et de sacrifices ne furent pas reconnus comme ils devaient l'être. Le duc de Portland, alors ministre d'état, écrivait le 6 janvier 1801 au lieutenant-gouverneur, Sir Robert
Shore Milnes, alors à Whitehall :
e Mais avant d'aller plus loin, je ne puis m'empêcher de vous » dire combien je suis surpris de voir que l'établissement d’un » bataillon canadien dans le Bas-Canada, dont l'objet principal » avait été de faire sortir les gentilshommes canadiens de leurs » habitudes indolentes et inactives en les attachant au service » du roi, ait si peu réussi. »
« But before I proceed further, T'eannot help expressing lo you » My surprise that the establishment of the Canadian baltalion » in Lower-Canada, the principal object of which was lo draw » the Canadian gentlemen from their indolent and inactive habits » and allach them to the King's service, should have mel wilh no » grealer success.»
Si c’étaient là les récompenses que les Canadiens devaient retirer de leurs travaux, on doit avouer qu'elles étaient peu propres à les exciter à en entreprendre de nouveaux. C'était peut-être le but que
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l'on en attendait afin de mieux les calomnier ensuite.
Les actes et la vie de cet homme si actif et si généreux sont l'argument le plus décisif que l’on puisse apporter, pour prouver qu'avec de la droiture et de la persévérance, un citoyen peut atteindre à la célébrité, et se faire un nom, n'importe sous quels cieux la Providence Pait placé. De sa modeste condition, cet ami des Canadiens, après s'être identifié avec eux, s’est élevé par degrés, au rôle de législateur, et a mérité les plus belles distinctions civiques et militaires chez un peuple étranger. Et ce qui estencore plus honorable à sa mémoire, ces récompenses acecordées à son mérite, il les obtint du représentant d’une nation rivale, et à laquelle le nom de Français était plus propre à inspirer de l’aversion et de la haine, qu’à lui ménager des faveurs et des attentions aussi marquées.
Quelques années plus tard, M. Dambourgès, qui était propre à tout, fut appelé par le gouvernement à surveiller quelques travaux publics. [se montra dans ce nouvel emploi, ce qu’il avait toujours été, impartial, probe et parfaitement désintéressé, Il résista à l'influence de la séduction, et il sut se défendre là aussi des intrigues des ambitieux, comme il s'était débarrassé des piéges que les ultra-loyaux lui avaient tendus. Il avait appris à les connaitre et ne les épargnait pas quand l’occasion s’en pré-
sentait, Heureusement, le nombre n'en etait pas considérable, A cette époque glorieuse, mais difficile, les Canadiens ne comptérent que peu de trans. fuges. Les jalousies et les haines qui s'étaient liguées contre notre langue et nos institutions, avaient beau s’agiter, elles ne réussissaient à faire que du bruit. Malgré les séduisantes promesses qu'on faisait à nos compatriotes, bien peu se laissèrent tenter et devinrent les complices d’une politique qui préparait encore, avec une ardeur qui ne se ralentissait pas, les moyens de nous anéantir. C’est de cette époque même, que date l’idée de lPunion des Canadas et des Colonies (lettre du Juge*** au duc de Kent). Ce projet était dès lors proclamé avec joie et caressé par nos adversaires, qui y voyaient déjà la ruine d’un peuple qui avait à leurs yeux le tort incalculable d’être Catholique et Français. Les Canadiens qui voyaient la division des deux Provinces fraîchement établie, et qui croyaient à la gravité des mesures du gouvernement, souriaient avec i ie à ces malicieux efforts. En effet, les ses moururent les uns après les autres, so «cun succès. Mais cette résistance, ces luttes contre l'oppression, ne furent pas sans gloire pour les députés du temps. Les sacriléges tentatives des envahisseurs de nos droits et de nos priviléges virent presque toujours leur œuvre tourner contre eux-mêmes : et leurs efforts, pour abolir nos lois et nos usages, tournèrent
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