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différence des citoyens, qu’on peut répéter avec le crand poële :
Malheureux l’homme qui fonde Sur les hommes son appui.
#pendant, quelques amis dévoués de la famille chez qui les jeunes orphelines avaient été placées, obtinrent, après bien des efforts, pour la veuve de M. Dambourgès, une pension de trente louis sterling, que des circonstances inconnues ont arrété peu après son décès. Trente livres par an pour une veuve que l’infortune allait forcer de décheoir de son rang, pour une veuve el ses cinq filles ! C'était juste ce qu’il fallait pour prolonger leur indigence. Noble femme, digne du respect de l'avenir, elle vit combien la fortune est légère et la faveur inconstante! Elle tourna ses regards et ses soins vers ces pauvres orphelines incapables de faire un pas dans la vie sans elle. Le monde lui faisant défaut, elle tourna ses regards du côté du ciel, n’attendant plus de secours que de la Providence et remettant avec confiance leur sort entre ses mains,
Cette bonne et pieuse femme mourut à Québec, dans un état de détresse et de dénûment complet, au mois d'avril, 1822, entourée des soins affectueux et des prévenances de quelques amis restés fidèles à la mémoire de son époux, et chez lesquels les cinq filles du colonel furent placées temporairement.
Deux d’entre elles vivent encore au district de Monttréal.
Quoique M. Dambourgès fut très-aimé et très recherché dans toutes les sociétés, au Château Saint- Louis, chez le paysan, comme à Holiand-House, chez le Prince Edouard, comme dans les salons des bourgeois ; quoiqu'il fut également bien vu et respecté de tous les partis, cependant, lorsqu'il mourut nul ne se trouvait en mesure de venir en aide d’une manière permenante à la famille éplorée. Ce fut bien pis encore quand la pauvre veuve, l'unique appui des jeunes orphelines, fut enlevée à leurs tendres ans. Les anciens amis étaient alors encore moins nombreux ; le temps là aussi avait fait son œuvre. Il se trouva néanmoins encore des cœurs nobles et généreux, qui recueillirent et protégèrent ces enfants délaissés, et dont on était lassé de faire valoir les droits, sans succès, auprès du gouvernement qui les avait oubliés ou méconnus.
Hélas ! la mémoire de Dambourgès ne put rien contre l'indifférence de l’autorité ; et la patrie oublieuse, qui aurait dà adopter ses enfants, ne fit rien pour eux. Si M. Dambourgès se fût dévoué avec moins d’ardeur au service de la cause publique, il eût laissé des richesses à sa famille, d’opulentes dots à ses filles. Il ne leur légua qu’une glorieuse pauvreté. Le gouvernement, dans un jour de remords,
se souvint probablement de ce qu’il devait au colo-
nel Dambourgès, et, pour s’en acquitter, il donna à ses filles quelques lots de terre en bois debout dans des cantons alors inaccessibles !.. Quelle dérisoire faveur !..,
Un honorable personnage écrivait dernièrement en parlant de ce grand ciloyen : «La postérité » pourra peut-être élever un monument à Dambour- » gès, mais, en attendant, le gouvernement devrait » comprendre qu’il est de son devoir de ne pas » laisser sa famille manquer du nécessaire, »
La vie du colonel Dambourgès s’écoula dans le calme du foyer, dans la vie publique, et au milieu de l’agilation des camps, sans qu’il s’occupât des faveurs de la fortune ou des grands, se borrnant modestement à servir son pays, lorsque les cireonstances l’associaient aux destinées des preux auxquels le ciel en avait confié la garde. Peu avide de renom, il s’occupa, sous son humble toit, de son modeste négoce, et des soins que réclamait sa famille, tant que les autorités ne l’appelèrent pas à prendre part à la défense du drapeau canadien. Il ne rêvait pas la gloire des armes, mais la fortune alla le chercher comme par Ja main, eldéposasur son front les lauriers réservésaux héros. Appelé dans la haute société contre son attente, il ne dépara pas les salons où l’on ambitionnait sa compagnie. Sa modestie, qui ne lui permellail pas d'oublier le peu d’étendue de ses connaissances, sa simplicité en tout, déjouérent bien
souvent les intrigues des envieux, incapables de juger du vrai mérile, Au reste, l'examen que nous avons fait de sa vie, justifie pleinement les éloges qu'il reçut dans le temps, et le respect dont on aime encore à entourer son nom. C’est un grand mérite pour lui d’avoir su se concilier l'attachement du peuple, et l'approbation du souverain dans les temps de calme politique, comme aux époques nébuleuses que traversa notre colonie, et d’être resté pour tous un exemple à suivre et un modèle à imiter. Ces considérations, sur lesquelles nous glissons légèrement ici, ont déjà frappé le lecteur, sans doute, mais il nous sera bien permis de nous demander, par quelle fatalité inexplicable, les services iendus à
: l’état sont-ils méconnus si facilement, et oubliés si
peu scrupuleusement, par ceux mêmes qui ont pour mission de récompenser le mérite ? Déplorable apathie qui paralyse les meilleurs mouvements, et qui prive l’état des services de ces hommes sincères et dévoués, devenus plus rares de nos jours, mais qui, aux jours du danger, seront là sur la brèche pour défendre et sauver la patrie !.…