Le colonel Dambourgès [microforme]
En parcourant les annales de notre colonie, on est souvent surpris de rencontrer des pages remplies des hauts faits d’un homme dont le dévouement a quelquefois sauvé tout un peuple, et dont le nom presque inconnu ne vit plus que dans les traditions saintement conservées de la famille, ou dans les cartons de quelques rares antiquaires. Les peuples comme les individus ont fréquemment de ces étranges oublis, de ces
moments d’ingralitude d'autant plus inexcusables que les grandes actions qu’ils méconnaissent ainsi font partie de leur histoire et de leur gloire nationale.
Le Colonel Dambourgès est du nombre de ces grands hommes auxquels les contemporains et la postérité elle-même n’ont pas rendu justice. Français par la naissanee, il avait hérité des qualités chevaleresques des vieux soldats de François 1° et de Henri IV. Transporté de bonne heure sur le sol de la Nouvelle-France, au milieu d’un peuple qui avait conservé avec amour les éclatantes traditions de la mère-patrie, il y retrouva des frères dévoués pour lesquels il s’éprit d’un attachement sincère, Il s’identifia bientôt avec leurs intérêts, épousa leur cause, défendit leurs droits menacés et associa sa destinée à la leur dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, sans vouloir s’en séparer jamais. Doué d'un esprit sûr, d’un jugement sain et d’une instruction solide, il prit une part active aux événements de son temps, laissant partout où. il passait l'empreinte de sa volonté persévérante et d’une énergie indomptable. Généreux autant que dévoué, il sacrifia volontiers sa fortune et celle de sa famille pour soutenir la cause qu’il avait embrassée ; et quand il fallut payer de sa personne, et repousser l’ennemi montant à l'assaut de Québec, on le vit le premier sur la brèche, défendre vaillamment une redoute et accomplir, sous le feu et les balles, un de ces coups d’éclat qui suffisent pour
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immortaliser un hamme. Arrèlant par sa hardiesse et sa bravoure les troupes envahissantes, il contribua ainsi à sauver le pays d’une nouvelle calamité. Modeste autant que brave, il ne savait pas profiter de ces heureux moments pour s’atlirer, par des bassesses indignes d’un noble cœur, les récompenses dues à son mérite. H mourut pauvre comme tous ceux qui se sacrifièrent pour leur pays, sans songer à l'avenir, comptant sur la reconnaissance, hélas ! bien souvent éphémère, de ceux qu’ils avaient servis toute leur vie. Moins heureux toutefois que ces héros romains dont la République payait les funérailles et dotait les filles, le héros canadien fut bientôt enveloppé du double oubli de la tombe et de l'ingratitude ; et ses enfants, abandonnés sans guide et sans appui, orphelins dès l'enfance, recueillis avec pitié par quelques âmes sensibles, dûrent la protection dont ils furent entourés à la fidélité de quelques rares et sincères amis.
Dans cet article qui ne peut être qu’une légère esquisse des principaux traits de sa vie, nous devons négliger bien des détails. Les événements si intéressants de notre histoire, auxquels il a pris part, occuperont plus longuement notre attention ; car c’est là que nous reconnaîtrons les grandes qualités de l’esprit et du cœur qui distinguaient notre héros. Heureux d’avoir pu contribuer à rendre sa mémoire populaire, nous ne demanderons pas d’autrerécompense de notre travail que celle d’avoir commencé peut être une
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réparation qui deviendra bientôt, nous l’espérons, une réparation nationale !
Le Colonel François Dambourgès naquit en l’anrée 1742, à Salies, petite ville agréablement assise sur la rivière de ce nom, dans la province du Béarn, aujourd’hui département des Basses-Pyrennées. Il était fils de Jean-Baptiste Dambourgès, qui avait épousé à vingt-quatre ans, en février 1740, demoiselle Anne de Lambeye, âgée elle-même de vingt-six ans. Conduit de bonne heure à Bayonne, éloignée de quelques lieues seulement de Salies, il y fut placé à l’école, grâce aux économies de son père, et conserva pour cette ville, où s'étaient écoulées les premières années de son enfance, un attachement tellement grand qu’il se disait lui-même natif de Bayonne. Comme ses compatriotes en général, le jeune Dambourgès était gai, plein de bonne humeur, vif, sobre et laborieux. Une répugnance invincible, extraordinaire à cet âge où l'intelligence encore peu développée accepte tout sans discussion, l’éloignait des emplois ordinaires auxquels se livraient ses compatriotes. Son esprit inquiet et aventureux lui indiquait une nouvelle route, où devaient trouver richesse et fortune tous ceux qui, comme lui, se sentaient un grand courage joint à un
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Les conversations et les récits des pècheurs d’Orthez, ville distante de quinze lieues de Salies, où il les rencontrait souvent, sur leurs voyages à Terreneuve et au Canada, contribuaient puissamment à exciter l’imagination du jeune écolier. Il avait résolu de traverser l'océan et d’aller chercher fortune sur les rives lointaines de la Nouvelle-France. II fit part de son dessein à sa famille, qui, ne pouvant plus subvexir aux frais de son éducation, fut forcé de consentir, bien qu’à regret, à la demande de l’entreprerant jeune homme. Il leur annonça alors qu’il se rendait à Saint- Thomas, en Canada, dans l'intention d’y asseoir un établissement de commerce. L'avenir déroulait devant lui les brillantes perspectives et les rêves dorés que créait sa bouillante imagination ; et, comparant cette prompte prospérité qu’il croyait déjà tenir avec les rudes labeurs et les pertes sans cesse renouvelées de son vieux père, il se promettait déjà une aisance qui lui permettrait de venir en aide à sa famille et d’adoucir ja vieillesse de ses parents,
Lecroirait-on, c'était sur Le simple récit de pêcheurs basques, employés depuis bien des années aux pêcheries du golfe Saint-Laurent, que le jeune Dambourgès comptait pour s’établir au Canada et y faire le commerce. Ce pays était alors complètement ignoré d'eux, pour la plupart ; mais ils rencontraient, tous
les ans, sur les Bancs où l’on pêchait la morue, des pêcheurs de Saint-Thomas qui leur parlaient de ieur village ; et c’étaient ces notions que le hardi Béarnais avait recueil’es de la bouche des marins d’Orthez, qui l'avaient décidé à partir. Brave, courageux, entreprenant, Dambourgès avait tout ce qu’il fallait pour réussir ; la patience et la persévérance étaient ses vertus favorites, et le travail, quelque dur qu’il fût, ne lui répugnait point. Il appartenait à cette classe d'hommes qui, nés dans une condition humble, savent, à force de labeur et d'énergie, s'élever aux premiers rangs de l’échelle sociale, et prouver au monde que l’obscurité de la naissance, quand elle accompagne la vertu et le génie, n’est qu’un fleuron
de plus ajouté à la couronne que lui destine la postérité.
L'évêque de Bayonne, Monseigneur Guillaume d’Arche, qui avait remplacé, en 1745, au siège épiscopal de cette ville, l’illustre Chrystophe de Beaumont, transféré au siége archiépiscopal de Paris, avait donné au jeune Dambourgès des lettres testimoniales fort avantageuses. Il emportait encore avec lui un grand nombre de lettres de recommandation des juges-consuls, des Chevaliers de Malte, etc., qu’on lui avait accordées avec empressement ei bienveillance. Muni de ces faveurs, plein de confiance dans ses projets, excité par l'espoir d’être un jour utile à sa famille, et de faire tout le bien que lui dictait son
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bon cœur, il n’hésita pas à confier ses destinées à la mer. Se recommandant à ja protection de la Providence, notre futur négociant dit adieu à sa famille, à sa chaumière, au ciel de sa patrie, emportant vers un autre monde les projets, les espérances, et les rêves de sa jeunesse.
La traversée fut facile et agréable, et, sur la fin de l'été de 1763, Dambourgès arriva en Canada. Il avait été détenu pendant assez longtemps dans le golfe, attendant le départ de jeunes canadiens de la côte du Sud, qui avaient de l'emploi dans ces parages pendant la saison, pour remonter avec eux. Il s’achemina immédiatement vers Saint-Thomas, aujourd’hui, grande et belle paroisse, chef-lieu de comté, centre d’un populeux district judiciaire, mais alors humble canton, plus souvent désigné sous le nom de Pointe-à-la-Caille, de nom de la pointe de rochers sur laquelle avait été construite, vers 1670, la première église de cette importante localité.
M. Maison-Basse, qui, depuis environ vingt ans, desservait Saint-Thomsas, accueillit bien le jeune et entreprenant gaulois, qui venait demander place dans son troupeau et se ranger sous sa houlette. Dambourgès répondit généreusement à cette marque de bienveillance du vieux curé, et il s’efforça toujours de mériter davantage, par sa conduite et ses exemples, la confiance que le saint prêtre lui avait témoignée. Sans perdre un instant, il se mit à l’œuvre et com-
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mença l'établissement qu’il avait projeté. Il éleva un modeste comptoir, où tous les objets de première nécessité étaient offerts en vente, à des prix modérés, et avec celte franchisse et cette honnêteté qui attirent et caplivent la bonne foi des acheteurs. Son commerce d’abord restreint, prit bientôt un assez grand développement et lui permit de se livrer à des opérations plus considérables. Le succès couronnait toutes ses entreprises ; et, voyant tous les jours s’élargir le cercle de ses affaires, il comprit que l’aide et le concours d’une personne habile et intéressée lui seraient d’une grande utilité, et contribueraient à donner à son négoce ure vigueur et une étendue qui multiplieraient bientôt ses profits.
Il résolut donc de repasser en France et d’en ramener ses vieux parents. Après avoir réalisé un assez joli pécule, et s'être muni d’un grand nombre de produits d'industrie canadienne et indigène, M. Dambourgès se sépara de ses nouveaux amis, et s’embarqua, en 1766, pour sa vieille patrie, accompagné de leurs vœux et de leurs regrets. La navigation fut longue et orageuse, mais enfin, après bien des jours d’attente, il put fouler une fois encore le sol de cette France aimée, où s’élait écoulée sa paisible ,eunesse. Le cœur gres de joie, et savourant d'avance le plaisir que son arrivée imprévue allait causer à sa famille, il s’achemina de suite vers la vieille résidence paternelle. Il pensait déter-
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miner sans trop d'efforts sa bonne mère à le suivre en Canada. Il préparait et repassait en lui-même les principaux traits du tableau qu’il allait lui faire de cette terre presqu’inconnue, où les habitants étaient français de mœurs, de nom, de langage et surtout de cœur ; de ce pays, où elle retrouverait le même culte et les mêmes pratiques religieuses que celles qui avaient accueilli son berceau et consolé ses jours d’angoisses ; et il était persuadé qu’elle consentirait volontiers à le suivre dans un lieu où elle trouverait, en échange d’une vie pauvre et laborieuse, l’aisance et le confort.
C’est en repassant ces pensées dans son imagination, que ce bon fils, résolu qu’il était de ne plus se séparer des auteurs de ses jours, s’avançait vers le toit paternel, dans l'obscurité d’une nuit d'automne. Il s'attendait de causer une grande surprise à sa famille, qui ignorait complétement son retour. Mais quel ne fut pas son étonnement, en approchart de l’humble demeure, de veir de la lumière à l’une des fenêtres. Il crut d’abord qu’on avait annoncé son retour et qu’on veillait pour l'âttendre. Mais, dans cetle maison, où l’ange de la mort avait passé, ce n’était pas pour attendre un vivant que l’humble bougie du foyer avait été allumée, c'était pour veiller la couche funèbre d’une morte. Sa mère, sa bonne vieille mère, qu’il était si impatient de revoir, était morte !... morte la veille de son arrivée et de-
vait être: inhumée le lendemain. Elle était partie, elle aussi, pour le grand voyage, celui de l’éternité, avant que son fils eut pu lui dire combien il était heureux de la revoir, lui raconter ses travaux et ses peines, lui faire part de ses projets et de ses espérances ; elle s'était hâtée de quitter la terre avant qu'il put lui dire une dernière parole, un dernier adieu ; ce touchant embrassement de deux âmes qui se séparent ici-bas pour se retrouver un jour dans un monde meilleur. Elle n’avait cependant pas été délaissée dans ses derniers moments ; elle avait trouvé, à son lit funèbre, un époux dévoué, une famille sensible et bonne, dont les soins et. le dévouement adoucirent beaucoup ses souffrances ; elle avait passé ses derniers moments au milieu des consolations et des secours de la religion qu’elle avait pratiquée avec ferveur pendant sa vie, et rien n’avait manqué à cette mort chrétienne, que la présence et les larmes d’un fils absent.
Plein de courage et de résignation, M. Dambourgès se soumit, en enfant docile, au décrêt de la Providence. S’élevant encore une fois au-dessus de lui-même, il voulut subir cette épreuve avec la force d’un homme qui croit aux promesses et aux béatitudes d’une autre vie. Il n’apprit pas sans érmotions que sa bonne et pieuse mère s'était occupée, depuis plusieurs semaines, à sanctifier les derniers moments qui lui restaient à passer sur la terre, et
à offrir à Dieu le sacrifice d’une existence employée à le servir. Cette pensée le pénétrait d’un amour plus vif, et de regrets plus poignants pour celle qui était ainsi ravie à son affection. Malgré ses bonnes dispositions, il se surprenait parfois à reprocher à la mort ce coup funeste qui ne lui avait pas permis d'entendre les dernières paroles de sa mère mourante et qui lui avait dérobé ses avis et ses adieux. Plusieurs années après, il se rappelait encore les circonstances de ce douloureux événement, et avec une telle intensité que cette pensée réveillait en lui toute l’acuité de sa douleur.
En 1767, M. Dambourgès se rembarqua pour le Canada, bien disposé à y finir ses jours. Il avait décidé son père à l'accompagner, ainsi que son jeune frère, Pierre, qui n'avait que dix-sept ans. Ce frère unique épousa plus tard, à Saint-Thomas, D Catherine Couillard. Il y mourut, à l’âge de trentedeux ans, des suites d’une chute qu’il fit en dansant; sa veuve épousa quelques années après le Docteur Oliva, médecin originaire d'Espagne.
De retour à son comptoir, M. Dambourgës reprit, avec une nouvelle énergie, ses entreprises et son commerce un peu négligé pendant son absence. Son
père et son frère y prirent une part active, et, grâce à leur zêle et à leur dévouement, ses affaires progressèrent rapidement : l’aisance la plus complète vint bientôt couronner ses travaux. Mais, au milieu de sa prospérité toujours croissante, il n’oublia jamais les parents et les amis qu’il avait laissés au village natal. Il correspondait régulièrement avec eux, s’informait de tout ce qui pouvait les intéresser, s’attristant des revers des uns, et s’associant avec intérêt et de gaieté de cœur aux prospérités des autres. Cette marque de sollicitude et d'intérêt témoignait d'autant plus de la bonté de son cœur, qu’à cette époque les correspondances avec l’Europe étaient plus difficiles. C'était par l'entremise des pêcheurs du Golfe, ses vieux amis d'autrefois, qu'il faisait arriver ses missives au lieu natal, donnant à ses amis et à ses proches des détails et des notions sur ses propres affaires, et sur les produits et les ressources que présentaient, au travailleur actif et intelligent, les régions encore neuves de sa patrie adoptive. C’est ainsi qu’il consacrait ses rares loisirs à ce mutuel échange d’amitiés et de sympathies ; douces et agréables heures employées à parler des choses de la patrie, à des hommes qui regretlaient, eux aussi, non pas une patrie absente, mais un ami sincère, un parent dévoué, éloigné d'eux, peut-être pour toujours.
Bientôt la guerre se déclara entre l’Angleterre et
les colonies de l'Amérique, Un antagonisme continuel d'idées et de principes, et la froide tyrannie de la métropole, avaient précipité les événements et amené cette lutte où devait se briser le lien qui les unissait. Les colons revendiquaient leur salaire, en retour des expéditions faites à leurs frais contre les colonies françaises, et, de son côté, l'Angleterre exigeait avec hauteur ce qu’elle appelait ses droits. Ne pouvant réussir à règler pacifiquement les difficultés survenues entre elles, on résolut, de part et d'autre, de s’en remettre à Dieu et à son épée, sur la justice de ses prétentions et la valeur de ses droits. L’Angleterre, repoussée et battue sur tous les points, dut cesser la lutte et reconnaitre l’indépendance de ce jeune peuple destiné à fonder le plus grand empire du Nouveau-Monde.
Les populations canadiennes étaient divisées d'opinion sur la guerre américaine, et un grand nombre n’osaient sortir de cette indécisior, en présence de l’inertie du pouvoir. Le gouvernement eût désiré armer les Canadiens et les appeler tous à la défense de la Province ; mais les hommes à qui il avait donné sa confiance trouvaient leur intérêt à tenir les Canadiens dans l’ombre. On sait qu’à cette époque bon nombre firent et renouvelèrent des offres de service qui ne furent regardés qu'avec froideur ; encore se dispensa-t-on de les accepter. Tout contribuait à exciter l'enthousiasme
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des Canadiens ; ils n’avaient, en effet, qu'à gagner à la lutte.
Leurs ennemis lesconnaissaient déjà, et les Anglais à côté desquels ils auraient dû être admis à combattre auraient été forcés de reconnaître leur mérite. Ils n'avaient pas dérogé de la valeur des héros des journées de Carillon, de Sainte-Foye, de Monongahéla, etc. Ils avaient à cœur, ces bons et braves enfants du sol, de démontrer que leur vaillance ne s’élait pas ralentie, et les preux qui s'étaient autrefois, signalés en plusieurs rencontres, tenaient à faire voir que les ans n’avaient pas refroidi leur courage. Héros de ces glorieuses époques, ou fils de üeros, tous avaient les mêmes droits à l’admiration des enfants de la superbe Albion, tous étaient mus par la passion de la gloire, tous voulaient dissiper des préjugés injustes qui naissaient dans les esprits de leurs nouveaux concitoyens et que des esprits jaloux et menteurs fomentaient dans tous les rangs ; et, d’ailleurs, ils se seraient vus conduits au champ d'honneur par des chefs éminents dont les noms étaient chers à la patrie.
Cependant, à désolante déception ! le zèle des valeureux descendants des Français est méconnu. Bon nombre de nobles, de seigneurs et de braves, qui avaient pris part aux guerres antérieures, se sentaient disposés. à soutenir le drapeau du souverain qui protégeait leurs droits. Ils se rendirent spon-
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tanément sur le champ de mars, à Montréal, sous l'impression qu’on utiliserait leur zèle. Munis de provisions et des effets que les circonstances rendaient nécessaires, ils attendirent, à leurs frais, pendant quinze iours, qu’on mit leurs bras en réquisition ; mais ce fut en vain, ces loyaux sujets durent se disperser, emportant dans leurs fovers la désolante pensée qu’on se privait de leur concours volontaire et spontané, parce qu’on nourrissait contre eux une défiance que rien ne pouvait justifier. Dispersés de nouveau au sein des campagnes, les milices canadiennes, dont les sentiments n'étaient pas douteux, se trouvèrent exposées aux intrigues et aux cabales des émissaires américains, chargés d'exploiter les préjugés du peuple contre le nouveau gouvernement, et de raviver les vieilles hamnes d'autrefois. Si on eût montré, comme ils le méritaient, une confiance généreuse dans le bon vouloir des Canadiens, l'influence de ces envoyés eut élé paralysée ; mais la politique aveugle de l’oligarchie, qui avisait le représentant du souverain, avait tout fait pour rendre plus facile leurs manœuvres et leurs projets séditieux. Ce qui contribuait surtout à fomenter la division, c’était la manière habile dont l'Américain exploitait l’amour des Canadiens pour la vieille France. Ils savaient que nos pères tenaient au pays de leurs aïeux par lewr langage, leur caractère, leurs habitudes, etc. Aussi ne manquaient-ils pas de faire sonner bien
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haut les offres de service que le monarque français faisait à leur cause. On mettait encore en œuvre bien d’autres arguments, beaucoup d’autres moyens ; mais chez le bon peuple de nos campagnes que plus d’un lien retenait à la France, la conscience parlait plus haut que les intérêts politiques. La religion lui dictait d’autres idées. Le clergé, la noblesse, comme les autres habitants du pays, avaient le cœur français ; ils aimaient la France, mais la voix du devoir et celle du serment l’emportaient chez eux sur toutes les considérations du moment.
Il est faux que l’or américain soit venu fomenter l'excitation dans nos campagnes. Jamais le sentiment ne fut stipendié, et la preuve, on la trouve dans le petit nombre d’ahdérents que les principes des rebelles trouvèrent en cette Province, et dans les sacrifice que firent, à la cause américaine, les Frémont, les Laterrière, les Cazeau et autres qui mirent leur fortune au service des Yankees. Ce n’est pas que le génie américain ait répugné à employer des promesses de sommes assez rondes, de terres étendues, d’exiplois lucratifs à ceux qu’ils voulaient en-
rôler sous ses bannières, on alla même jusqu’à of-
frir une part du pillage de la ville de Québec, aux habitants des campagnes qui se laissaient tromper ; mais les provinces révoltées avaient un si grand besoin de leur numéraire pour elles-mêmes, et leur papier était tellement déprécié, qu'il leur était im-
possible de répandre, dans le pays, des sommes suffisantes pour séduire les populations qui ne les aimaient pas.
Le joug de l'Angleterre n’était cependant pas porté sans impatience par les Canadiens ; il était même rendu fatigant par la suprême arrogance et le despotisme des Anglais. Mais l’idée de se jeter dans les bras de ces colons révoltés, qui, à une époque encore récente, avaient si perfidement tramé et accompli la destruction des Acadiens, et qui avaient dans tous les temps poussé l'Angleterre à anéantir toute trace de domination française en Amérique, révoltait les cœurs honnêtes. Leurs protestations hypocrites de dévouement et d'intérêt, touchèrent peu les Canadiens, et ils se contentèrent de profiter de l’occasion pour demander à la mère-patrie une constitution qui leur permettrait de régler eux-mêmes leurs propres affaires, et de se soustraire aux manipulations arbitraires de cette foule d’ambitieux despotes qui faisaient peser sur eux leur sceptre de fer. Tant de loyauté et de générosité devaient néanmoins rester longtemps encore sans récompense.
M. Dambourgès, qui était déjà bien connu et trèspopulaire dans les campagnes de la rive sud du fleuve, usa de son influence pour calmer les troubles et l’effervescence qui se manifestaient quelquefois au sein des campagnes. Il voulut donner à la cause
| canadienne un cordial appui. Pour vaquer plus fa- | cilement aux nouveaux devoirs que son patriotisme lui | imposait, il laissa à des mains dévouées le soin de ses [| intérêts privés. Cette circonstance lui ouvrit bien- | tôt la carrière militaire, dans laquelle il se distingua par son grand courage et ses hauts faits d'armes. Les | bandes américaines avaient pénétré dans le pays, et désolaient nos campagnes. Aidées de quelques traitres, que l’appât des récompenses et du pillage entraînaient à leur suite, elles en profitaient pour porter çà et là leurs ravages, afin d'engager les po- (| pulations à embrasser leur cause. Partout où elles passaient, elles pillaient, saccageaient tout, et laissaient ceux qui leur résislaient en proie à la misère et à la famine. M. Dambourgès s’offrit pour attaquer et chasser ces brigands. Sa demande fut acceptée ; et, se metlant de suite à l’œuvre, aidé du concours || des citoyens les plus zélés et les plus dévoués, il || parvint à protéger les endroits les plus exposés, con- | tre les attaques de ces maraudeurs audacieux, à ra- | mener la tranquillité et la sûreté partout où il se dirigeait, et à maintenir la paix et l’union au sein des paroisses, où les émissaires de la République voisine avaient jeté leurs germes de discorde et de rébellion. Mais il serait trop long de suivre notre généreux concitoyen dans toutes ses actions de dévouement, et de dire tout le bien qu'il fit au sein de ces populations rurales, qui avaient pour lui un respect et une
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reconnaissance que les années ne firent qu'augmenter. |
Mais M. Dambourgès prit bientôt une part plus active à la défense du pays. Il s’agissait de réunir, dans Québec, un nombre d'hommes suffisant pour mettre cette ville à l'abri d’un coup de main, et pour repousser un assaut Gans le cas où l'ennemi le tenterait. On se hâta d'organiser la milice, pour la première fois depuis 1760. Encore ne le fut-elle que d’une manière très-incomplète. M. Dambourgès entra dans la compagnie des Royaux-Emigrés (Royal Emigrants), que le gouverneur Carleton avait réunis à la hâte, tant pour augmenter le chiffre des combattants, que pour donner de l’emploi à un certain nombre de colons des provinces révoltées, qui avaient déserté leurs foyers pour rester fidèles à la cause de leur souverain. Cette troupe d'hommes dévoués fut mise sous la conduite du Lt. Col. Maclane. M. Dambourgès se distingua de suite par son courage et sa valeur. Il étaii sans égal pour opérer un coup de main, pou surprendre et arrêter les convois de provisions que les maraudeurs emportaient au camp des Bostonnais. Nul mieux que iui n’exécutait une manœuvre d’audace. Doué d’une fermeté et d’une prudence incroyable, il conseillait, dirigeait ces expéditions, et savait gagner la confiance du soldat. Intrépide dans le combat, prodigue de soi jusqu’à la témérité, il inspirait à ses cama-
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rades, par ses énergiques paroles, le courage dont il était animé lui-même et doublait ainsi leurs forces.
Le général Carleton, homme de guerre, général expérimenté, appréciait hautement la valeur du capitaine Dambourgès, qui était un des plus vigilants, des plus agiles, et des plus intrépides troupiers de la brigade du colonel Maclane.
Un mémoire du temps, que nous avons sous les yeux, nous fait connaître que sa vaillance, son adresse, avaient attiré l’attentior de tout le monde, avant le coup ue main par lequel il se signala à l’attaque du Sault-au-Matelot. « Major Nairne, of the Royal Emi- » grants, and Monsieur Dambourgës, of the same corps, » by their gallant behaviour, attracted the noti.e of » every body...» Ce témoigaage flatteur venant d’une plume étrangère, est extrêmement honorable pour M. Dambourgès, dont le mérite et la valeur étaient d’ailleurs trop connus pour être passés sous silence en cette occasion.
Enfin, Arnold parut devant Québec, au mois de novembre. Pour ajouter aux perplexités du moment, presque toutes les troupes régulières qu’on avait concentrées dans le district de Montréa!, parce qu’on
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attendait ies Américains de ce côté, avaient été faites prisonnières, et le gouverneur, lui-même, n'avait échappé aux poursuites de l'ennemi, que grâce à l’adresse et à l'énergie du capitaine Bouchette. La garnison de Québec, selon le rôle des milices que nous en a conservé le capitaine Gabriei-Elzéar Taschereau, n’était composée que de ses habitants, avec les émigrés du col. Maclane auxquels on avait joint quelques matelots, des soldats de marine, le tout formant un corps d'environ quinze cents hommes. C’est avec cette poignée d’hommes qu’il fallait défendre cette ville, la seule possession qui restât alors à la couronne britannique sur ce continent. Depuis deux mois déjà, les Américains batiaient la campagne autour de la ville, et daus tout le district de Québec. Ils avaient des émissaires affidés, des agents exercés, qui s’efforçaient de gagner les Canadiens à leur cause, à l’aide de moyens qu’une plus scrupuleuse politique aurait dédaignés. Mais leurs tentatives furent infructueuses dans presque tous les cas. Cependant, il leur fallait tenter Île siége de la ville. Depuis longtemps, les Bostonnais voyaient que les soldafs de la cause de l’indépendance étaient lassés, fatigués du métier, que les engagements étaient expirés, et que la saison devenait de plus en plus rude. On sentait le besoin d’en finis. On sait corame dans le dénûment général le découragement de l'âme suit bientôt l’affaiblisse-
RE dot = à
redire Pr mt pdt TES
ment et les malaises successifs du corps. Le 31 décembre, les Américains, décidés à emporter la ville, avaient réuni dans leur camp tout ce que leurs émissaires avaient pu rencontrer de mécontents et d’ambitieux. On y reconnaissait quelques meneurs de paroisses, qui, par leurs incessantes cabales, avaient réussi à accroître leurs petites, mais bruyantes bandes composées de nécessiteux que le besoin d’être nourri ou d’autres pareils instincts attroupent autour de toute cause, plutôt que les motifs politiques ; des prétendus zélés qui se donnent pendant un certain temps l'air de réprimer l’émeute, et qui l’activent sous main, pour être plus longtemps reniés, ou encore, pour l'être à la fuis par les deux partis. Tous ces hideux personnages s'étaient mis en mouvement, pour aider leurs amis à frapper le grand coup qui devait les rendre maîtres de l'Amérique anglaise. Mais, on le comprend, cette armée était sans diseipline, sans tactique, sans cohésion, sans lien commun et conduite par des chefs nouveaux. On se reprochait tous les jours, dans le camp américain, les temporisations, les sorties sans effet, les tentatives infructueuses, les marches sans but, d’où résultaient un désappointement et un mécontentement général. Les Canadiens commençaient à s’apercevoir qu'ils ne devaient pas s’attendre à trouver chez leurs enneis des miracles de dévouement, et que l’héroïsme n’était pas la première de leurs vertus.
L'Irlandais Richard Montgomery avait, quelques jours auparavant, fait circuler le bruit qu’à Noël il dinerait dens Québec. Ce propos avait excité le courage des siens ; mais il n’avait pas été non plus sans produire queiqu'effet sur les soldats de la garnison, auxquels il avait été rapporté par quelques déserteurs. Des deux côtés, on se préparait à faire preuve de courage, L’indignaliion qu’excitait chez les Canadiens la sauvage conduite des ennemis, étail une raison de plus pour les engager à combattre vaillamment, Les Bostonnais avaient d’abord conçu le projet de bombarder la ville, mais il leur avait fallu bientôt abandonner cette idée. Comment, en effet, en seraient-ils venus à bout, avec leurs bombes et leurs obus dont les deux tiers ne crêvaient pas, et dont l’autre ne se rendait pas au but? Le peupie, épouvanté d'abord à la vue des nombreux projectiles, s'était bientôt accoutumé à ce spectacle. Il leur fallut donc se résoudre à prendre la ville d'assaut. Les ravages que causaient dans leur camp les froids
rigoureux de la saison, et la picotte qui y sévissait,
ne leur permettaient plus de différer. On se hâta donc de préparer quatre ou cinq cents échelles grossièrement faites, et il fut résolu que le trente-un décembre on tenterait un coup de main.
Dès quatre heures du matin, le capitaine qui faisait la ronde de nuit, aperçut des signanx près de la porte Saint-Jean. Il donna aussitôt l'éveil. Les
sentinelles annoncèrent bientôt que le même signal se répélait partout vers le nord de la ville. Aussitôt le tambour bat, les cloches sonnent l'alarme. Tout s’émeut, tout s’agite ; en un instant, les soldats et les citoyens sont sur les remparts. Les vieillards eux-mêmes veulent prêter assistance. Un instant, on craignit que la mauvaise apparence du temps ne leur fit surseoir leur projet ; mais comme tout était prêt, ils n’avaient voulu rien remettre et avaient décidé de porter un coup suprême.
Montgomery, avec neuf cents hommes, se rendit pour attaquer la barrière äe Près-de-Viile, au bout sud-ouest de la rue Champlain. Arnold, avec sept cents soldats, devait emporter la barrière du Saultau-Matelot, au bout de la rue Saint-Pierre, et, pendant cette manœuvre, quelques-uns de leurs affidés devaient, en tirant du fusil et du canon, et en faisant brûler des feux de paille nrès de la porte Saint- Jean, attirer l'attention de la garnison de ce côté, et diviser ainsi les forces des assiégés. Mais on sait comment ils réussirent. Montgomery fut bientôt tué, et les siens mis en déroule à Près-de-ville. Arnold fut mis hors de combat par une balle qu’il reçut au pied, en se rendant au Sault-au-Matelot. Bientôt les assiégeants aigris, furieux de se voir serrés de près par les soldats de la garnison, se précipitent dans les maisons qui bordent le cap, et de là font pleuvoir une grêle de balles sur les troupes du
roi qui défendent les barrières du Sault-au-Matelot et de la rue Saint-Pierre.
Le gouverneur Carleton qui avait vu l'affaire, envoya des troupes fraîches à la rescousse des assiégés ayant som de les faire sortir par la porte du Palais. Les Américains se trouvèrent alors entre deux feux. Un bon nombre d’entre eux avançaient néanmoins, d’une maison à l’autre, vers la barrière du Sault-au- Maielot, sans trop combattre dans la rue. Et de l'intérieur de ces maisons, où ils prenaient refuge, ils tiraient sans être molestés, sur les troupes royales. L'heure, le lieu, les rues étroites et sombres, les avenues tortueuses où se trouvait engagé le combat, la nuit qui prêtait au tumulte, la rigueur du froid, tout semblait concerté pour exciter la fureur des combattants.
Pendant que les deux troupes ennemies s’acharnaient, l’une à défendre et l’autre à s'emparer de la barrière du Sault-au-Matelot, et que le feu des assiégeants, protégés par les maisons où ils s'étaient refugiés, incommodait fort les assiégés, M. Dambourgès, qui se trouvait à ce poste, conçut un projet tellement audacieux qu'il ne vouiut en faire part à personne, de crainte de passer pour ridicule. Saisissant tout-à-coup une des échelles que les Americains avaient placées contre la barrière pour l’escalader, il la retira vers lui, en se lenant ainsi exposé pendant plusieurs minutes à découvert, au feu des
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assiégés. Il alla de suite l'appliquer au pignon d’une maison qui abritait une trentaine de Bostonnais, dont le feu bien nourri était dirigé sur ses compagnons d'armes. Jl entre par une fenêtre, tombe à l’improviste au milieu de la troupe ennemie, qui le croit suivi de nombreux soldats, et, l'arme au poing, il les somme de se rendre et les fait tous prisonniers. Par cette action hardie, que le major Nairne tenta ailleurs, il assura une batterie qui commandait la rue Saint-Pierre, et contribua grandement au succès de la journée.
Tout le monde rivalisant de hardiesse et d'efforts, les Canadiens réussirent enfin à accabler les Américains peu disciplinés, peu aguerris, et à leur faire abandonner le poste en toute hâte. Les pertes des Américains s’élevèrent à quatre cent vingt-six prisonniers, y compris quarante-quatre blessés. Le nombre des morts fut aussi considérable. Du côté des assiégés, on n’avait à regretter qne la perte de cinq hommes de troupes régulières, et on ne compta que deux blessés.
En apprenant cette action d'éclat, le gouverneur et son entourage s’empressèrent d': féliciter le capitaine Dambourgès, sur la valeur et le sang-froid dont il vait fait preuve en cette circonstance, et, quelque temps après, il fut élevé, en récompense de sa belle conduite, au rang de lieutenant dans le 84° régiment, dont le premier bataillon fut licencié en 1783,
après que l'Angleterre eût conclu la paix avec les Etats-Unis.
Des écrivains, d’une autre nationalité que celle du capitaine Dambourgès, se sont permis de défigurer ce fait, pour en ätlénuer la portée. Ils ont même été plus loin, car ils ont voulu lui enlever le mérite de ce brillant fait d’armes et l’attribuer à des hommes de leur race. Ils ont prétendu que le capitaine Nairne tenta aussi au Sault-au-Matelot les mêmes hazards et courut les mêmes dangers. Il n’en est pas moins vrai que M. Dambourgès fut le premier à donner l'exemple, le premier à s’exposer avec autant de dévouement et à indiquer aux autres ce qu’il y avait à faire. Que d’autres aient marché sur ses traces, il ne lui resle pas moins la gloire d’avoir conçu le projet, et de l'avoir exécuté avant que d’autres y eussent pensé, Le gouvernement, pour lequel il avait si bien combattu, a pu, dans la suite, sembler méconnaître ses services, mais la postérité ne partagera pas l'indifférence de ceux qui en profitèrent, et l’histoire n’ae réditera pas les insinuations perfides de plumes arbitraires et vénales. Malgré leurs suppositions jalouses, le nom de M. Dambourgès vivra longtemps encore dans la mémoire de ses compatriotes, et la gloire du héros n’en sera pas obscurcie.
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Jetons maintenant un rapide coup-d’œil sur la manière dont le fait est raconté, par des témoins oculaires, et par des contemporains dont le nom fait autorité. Il en est, parmi ceux que nous reproduisons, qui n’ont jamais élé suspects de HPIES envers les Canadiens.
Nous commencerons d’abord par le témoignage d’un vieux soldat anglais, qui assistait lui-même à ce combat. James Thompson avait été sergent dans l’armée de Wolfe, et fut nommé plus tard à un poste important dans le département des Ingénieurs. Il s’exprime ainsi, dans une lettre adressée,
37 ans après, au colonel Hale :
« Quebec, 17th April, 1822.
« Co. JonN HALE, &c., Quebec.
« Dear Sir, —Agreable to your request, I am to relate to you what I recollect of the late Lieut. Dambourgès of the late 84th
regiment, and I can truly say, that I have known him to be a
vigilant and active officer on all occasions, particulaly during the american blocade of Quebec, during the winter of 1775; that the enemy made an attack on the lower town, in the morning of
the 31st December of that year, when Lieut. Dambourgès, with
the late Lieut. Colonel Naïrn, did, by the means of a ladder, enter through a window of a house, in Sault-au-Matelot, then occupied by the enemy, and by his bold attempt the enemy abandonned the house and by this Colonel Nairn’s party which followed him and Dambourgès through the same window and by another party arriving warly at the same time at the north end of the street, that part of the enemy were prisoners. « I have the honour, &c.
« (Signed) JAs. THOMPSON.»
à ajouter à cette lettre d’un vieux
Nous aimons
compagnon d’armes, la chaleureuse recommandation du père de l’immortel vainqueur de Châteauguay. M. de Salaberry, dans la famille duquei la valeur est héréditaire, ne pouvait manquer d’apprécier dignement notre brave capitaine :
«Je, soussigné, ayant été major du régiment Royal Volontaire Canadien, certifie que feu Monsieur le capitaine Dambourgès, commandant les grenadiers, et premier capitaine du dit bataillon, a toujours été regardé comme un officier très-distingué. Il est connu de tous ceux qui ont servi dans la guerre d'Amérique, que le capt. Dambourgès a toujours et partout servi d’une manière glorieuse pour lui, et utile pour le service du Roi. L'on n’a point oublié qu’au combat du Sault-au-Matelot, en décembre 1775, M. Dambourgès fut le premier qui se précipila avec intrépidité dans les maisons enlevées par les ennemis ; que ce trait de hardiesse fut une des premières causes de leur défaite, et de la préservation de cette ville qui fut elle-même la conservation de la colonie du
gouvernement de Sa Majesté. M. Dambourgès était alors au 84e ROGIMONL rss sacs es sensor sosedens doonoe deco sodon seen sos.
« Donné à Québec, sous mon seing, le 25 avril, 1808. « (Signé) Louis DE SALABERRY.»
C’est avec plaisir que nous ajoutons à ces éloges, ceux d'un homme dont les actes et la conduite, toujours hostiles aux Canadiens, donnent encore plus d'autorité et de valeur aux louanges qu’il donne sans réserve au capitaine Dambourgès. C'est M. J. Hale, longtemps solliciteur-général, qui écrit au gouverneur Dalhousie :
« Quebec, April 18th, 1822.
«To His Excellency, the Earl of Dalhousie, G. C. B. «My Lord,—I have been requested by Mr. de Salaberry to present the enclosed petition to your Lordship from the orphan
dauthters of the late lieutenant Dambourgès. And I cannot refuse to do s0, though I am well aware how unpropitious the time are to such application ; the particulars of Mr. Dambourgès’ gallantry in the repulse of general Arnold’s attack of the barriers in the Sault-au-Matelot, in the year 1775, I have often heard from the old oflicers of that day, and I have a letter from old Jas. Thompson, who was on the spot, relating his recollection on the subject. Mr. Dambourgès received from lord Dorchester a commission in the 84th regiment, for his conduct, on the occasion, notwithstanding that he was a native of France, and he was reduced with the 1st bataillon of that regiment at the peace of 1783 as appears by the old army lists. The widow received a pension of £30 currency and should existing circumstances forbid a continuance of that tothe daughters upon the Provincial lists, their situation is of a discription which perhaps would be attended to at the waroflice. The crphans of several officers having enjoyed
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al allowances in the country from the compassionate fund at home. 1 «I have now only to beg of your Lordship to excuse me if b. there should be found any impropriety in my having forwarded EL the petition in this manner.
«1 nave the honour to be, &c., « (Signeü) J. HALE.»
M. Garneau (Hist. du Canada, t. III, p. 15) raconte
ainsi ce coup d'éclat :
« Pendant ce temps, le général Carleton avait envoyé ordre au major Nairne et au capt. Dambourgès d’aller avec un fort détache. ment soutenir les troupes qui combattaient dans la Basse-Ville- Aussitôt que ce renfort fut arrivé, il fut décidé de prendre l’offensive et d'attaquer les maisons occuppées par l'ennemi. En conséquénce, le capt. Dambourgès, avec les Canadiens, sauta en dehors des barricades et alla planter les échelles enlevées aux Américains, contre la première maison qu'ils occupaient et qui fut prise d'assaut. Le major Naiïrne en fit autant de son côté. Ces deux officiers se portèrent ensuite aux maisons suivantes qu'ils enlevèrent de la même manière, les unes après les autres..»
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Ecoutons maintenant un contemporain. Nous citons ses propres paroles :
«Le Sr. Dambourgès monta par une fenêtre au moyen d’échelles » enlevées à l'ennemi, suivi de plusieurs Canadiens, défonça la » fenêtre du pignon de la maison. Il y trouva plusieurs Boston- » nais. Après avoir tiré un coup de fusil, il fondit avec sa baïon- » nette et entra dans la chambre avec plusieurs Canadiens qui » le suivaient, animés d'un même courage, lesquels jetèrent la » frayeur parmi les Bostonnais, qui se rendirent prisonniers. »
—Journal de Sanguinel.
Un autre contemporain, d’origine différente, est aussi explicite : .
« Major Nairne, of the Royal-Emigrants, and Mr. Dambourgès » of the same corps, by their gallant behaviour, attracted the » notice of every body. The General ordered them with a strong » detachment to the support of those already engaged in the » Lower-Town. These two gentlemen mounted by ladders, and » took possession of a house, with fixed bayonnets, which the » rebels had already entered, and thus secured a post which «overlooked a strong battery on the wharf and commanded a » principal street. »——Journal of occurrences in Quebec, during November, 1775, by an officer of the garrison.
En présence d’un pareil trait de valeur et d’héroïisme, on ne peut se défendre de reporter ses regards vers l'antiquité, qui décernait des récompenses et des ovations aux soldats qui s'étaient distingués par des actes de dévouement et de courage. Si, dans les temps modernes, ces grandes vertus paraissent plus rares, si le nombre des héros parait moins grand, cela n’est dù qu’à un malentendu ou plus souvent au manque d'occasion. Cette rareté présumée de généreux athlètes, de soldats intrépides vient plutôt de ce que ceux de nos jours sont privés du