‹ Le colonel Dambourgès [microforme] (volume 3)Chapitre 2 sur 4 · IT RS TESTS · texte numérisé non relu

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prestige de l'éloignement, et de l’absence de panégyristes aussi hardis que ceux de l'antiquité. Mais si une cause quelconque pouvait affaiblir le courage naissant, étouffer le génie au berceau, ce serait bien l'indifférence et l’oubli dont tant de gouvernements récompensent, aujourd’hui, ceux qui souvent ont exposé leur vie, ou sacrifié leurs années à le servir avec tout le dévouement dont de nobles âmes sont capables, Mais, heureusement pour les individus et pour les peuples, la puissance des hommes ne va pas jusque là, et, malgré les dédains et les mépris dont l’autorité se rend quelquefois coupable envers de généreux serviteurs, Dieu suscitera encore, au jour du malheur ou du danger, des héros, qui sauront se sacrifier pour la sauver du péril ou de la mort.

La paix s'étant rétablie avec les Etats-Unis, M. Dambourgès ne s’occupa plus que de ses nouveaux devoirs, profitant des moments de loisir qu'ils lui laissaient, pour s'occuper de ses affaires commerciales. Plusieurs années s’écoulèrent ainsi, lorsque le 8 juin, 1786, il eut la douleur de perdre son vieux père. Il mourut à la résidence de son fils, à Saint-Thomas, et fut inhumé le dix du même mois, dans l’église paroissiale, par M. Maison-Basse.

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Le vieux Béarnais avait alors soixante-dix ans, et quelques mois. Dans son acte de sépuljure, il est qualifié de négociant, état qu’il avait exercé avant d'arriver en cette colonie. La bienveillance et la sympathie, que lui témoigrèrent en cette circonslance ses nombreux amis, adoucirent un peu le chagrin que lui causa la perte qu’il venait de faire. Longtemps après cet événement funeste, il se plaisait à raconter toutes les marques d’amitié et de tendresse qui avaient entouré le lit de son vieux père, et qui lui avaient rendu chère, pour toujours, cette parsisse qui l'avait accueilli comme un de ses

enfants, et qui, depuis ce jour, n'avait cessé de l’en-"

vironner de son estime et de son respect.

Le vingt-huit novembre 1786, M. Dambourgès, qui avait alors quarante-quatre ans, épousa, à Québec, mademoiselle Josephte Boucher, fitie de Françeis Boucher, capitaine de vaisseau, marin de haut bord, qui fut nommé plus tard Maître du Hâvre de Québec, par le lieut.-gouverneur R,. $S. Milnes, le 12 août, 1803, lors de la résignation de John Steele, écuyer, en récompense de services rendus au duc de Kent, en allant porter pour lui des dépêches à Halifax (a). Sa mère, Josephte Tremblay, la belle meunière (b), comme on l’appelait dans le temps, à Qué-

(a) Capt. F. Boucher est mort à Saint-Roch des Aulnets, chez sa fille, veuve Masse, ainsi que son épouse. :

(b) Parcequ’elle était fille d’un excellent meunier de l’Ile-aux-Coudres, où elle avait épousé le navigateur, Frs. Boucher, père de feu Louis Boucher, écuyer, de Saint-Thomas.

accomplir le bien, sans bruit, sans éclat. Aussi les

pauvres, les malades étaient-ils tendrement soignés

par elle, et généreusement soulagés. Ce mariage fut

| célébré à Québec par le curé de ia ville et paroisse de Notre-Dame, l’infortuné M. Aug.-David Hubert, {| ami de la famille, père et bienfaiteur de ses ouailles. | Le capitaine Dambourgès avait fait un mariage heureux et honorable ; mais cet événement l’éloignait de la vie des canips, et lui rendait insensiblement | obligatoire le séjour au foyer. Sa femme, d’un caractère pieux, aimant la vie simple et retirée, était toute

entière à sa famille et aux soins domestiques. Elle se montrait aussi peu sensible aux sons des tim- À bales et aux fanfares du clairon à la ville, qu’aux ova- Ca 4 | tions et aux fêtes champêtres que les miliciens ména- Li: geaient de temps à autre au vail'ant capitaine qui finit bientôt par retourner entièrement à ses affaires. Mais une autre question, qui agitait le pays depuis quelque temps, ne larda pas à attirer son attention. L Les Canadiens sollicitaient, depuis quelque temps, [U | la mère-patrie de leur octroyer une constitution El dont ils connaissaient le prix et les avantages. Cette demande n'était pas nonvelle parce qu’on lit dans une lettre de lord Grandville à lord Dorchester, du 20 octobre 1789, qu’il s’en était agi quelques anl Mées auparavant, et même dès 1765. Mais, d’un ul autre côté, l'Angleterre recevait des contre-requêtes

| bec, l’zuit élevée avec soin, et lui avait appris à (|

d’un parti puissant en Canada, intéressé à maintenir un état de choses qui mettait à leur disposition, les places, les honneurs et l'argent du peuple qui les supportait avec tant de patience. La Grande- Bretagne, tout en paraissant vouloir améliorer le sort du peuple canadien, ne pouvait se débarrasser des défiances qu’elle nourrissait à son égard, malgré le dévouement dont il venait de faire preuve, et trouvait mille moyens de retarder sans cesse l’octroi de cette constitution si nécessaire et si désirée.

Au milieu de touies ces préoccupations, M. Dambourgès n’avait pes oublié son ancienne patrie. Il \éplorait, avec bien d’autres, les doctrines funestes, les principes irréligieux et anarchiques qu’on répandait dans les masses sous les yeux du pouvoir endormi et corrompu. Les erreurs des philosophes et les excès des encyclopédistes jetaient sur la France un voile sombre, qui présageait de grands bouleversements et de terribles tempêtes. M. Dambourgès s’alarmait de ces symptômes précurseurs de décadence et de ruine. Et pendant que les gouvernements et les peuples cherchaient à éviter la contagion, et à se mettre à l'abri de l'orage, M. Dambourgès, quoique français, fut le premier à condamner et à repousser ces tendances funestes. Sa droiture et son bon sens lui en firent comprendre tout le danger, et il conserva toujours la confiance de tout le monde. Dans un relevé de milices de cette

époque, on le voit élevé au rang de colonel, avec Pierre Marcoux,—qui plus tard fut nommé au Conseil Législatif, —pour lieutenant-colonel, et Ignace Aubert de Gaspé, pour major, etc., etc.

Dans le même temps, il était un des vingt-sept commissaires de la paix pour la ville et le district de Québec, et l’un des membres de la première société d'agriculture, fondée par le gouverneur Carleton. Ne désirant que servir son pays, .et améliorer le sort de ses concitoyens, le colonel Dambourgès était toujours prêt à mettre son influence et ses talents # au service de toutes les causes d'utilité publique. » Aussi, trouve-t-on son nom partout où il y avait du bien à faire. Ami du progrès, s’associant généreusement à toutes les nobles entreprises, ce grand citoyen n’épargnait aucun sacrifice pour les faire réussir, C’est ce qui explique pourquoi il vécut toujours fort modestement, et comment il mourut sans laisser à sa famille ni terres, ni propriétés quelconques. . Ce grand citoyen comptait sans défiance sur l'amitié de tous, et ne s’embarassait nullement de l'avenir. Admirable imprévoyance qu’on pourrait taxer avec sévérité, si ce brave homme eût oublié sa famille devant des jouissances et des satisfactions personnelles. Mais c’était pour secourir les misères et soulager les maux d’autrui qu’il se dépouillait ainsi. (Considéré parmi ses concitoyens et même parmi les hommes d’une autre origine, bienvenu au

château Saint-Louis, et à la table du duc de Kent, M. Dambourgès n’en prit pour cela ni morgue, ni hauteur. En revenant chaque année, à Saint-Thomas, pendant le temps qu'il était membre du parlement, lorsqu'il fut employé par l'Exécutif, le colonel Dambourgès y renouvelait amitié avec tout le monde, visitait. presque toutes les familles, acceptait les invitations de ses co-paroissiens, et menait en toutune vie simple et sociale, avec un sansfaçon qui charmail tous ceux qui l’approchaient.

L’Angleterre s'était enfin décidée à octroyer à nos pères la constitution qu’ils demandaient en vain, depuis si longtemps. Cette charte exerça pendant cinquante ans une grande influence sur les hommes et les choses de ce pays. C'était, selon les uns, une faible concession de la part de l'Angleterre, obligée de céder aux sollicitations des colons ; selon les cutres, c'était le palladium des libertés populaires ét la garantie de nos priviléges et de nos droits.

Le colonel Dambourgès, homme modéré dans ses opinions, modeste appréciateur du besoin de nos lois en cette colonie, mais fier de voir la Grande- Bretagne donner à ce petit pays une constitution calquée sur celle dont ja religion l’a dotée elle-même, exhortait le peuple à l’adopter avec empressement,

et à oublier les craintes et les soupçons à l’endroit d’une concession qui ne paraissait, aux yeux d’un certain nombre, qu’un piége de plus tendu à notre ignorance et à notre bonne foi. Le peuple n'était pas éxactement préparé au régime constitutionnel, auquel il allait se trouver soumis, mais avec de la patience, de l'énergie, du travail et de l’union, avec les conseils et les lumières de quelques chefs éclairés, on pouvait espérer une administration plus impartiale des affaires, &' 1° réparütion plus juste des places, des honneurs €. de l'argent du peuple.

C’est en usani ainsi de son influence dans son modeste village, tout en continuant son commerce, que le colonel Dambourgès apprit que ses ennemis, dans l'espoir de le perdre, lui attribuaient des propos et des projets républicains. Sans se déconcerter, il alla de suite trouver le gouverneur, et lui offrir de repasser en France avec sa famille, si on pouvait le convaincre d’avoir manqué au devoir. Cette généreuse démarche déconcerta ses adversaires. Le gouverneur Carleton, qui se tenait bien au-dessus des préjugés de son entourage, se plut à rendre justice en ce moment à la loyauté de sa conduite, comme il avait reconnu et loué autrefois la noblesse de son courage. Mais ses ennemis ne se tinrent pas pour battus. Désespérant de ruiner son crédit dans l'esprit du chef du gouvernement, ils tentèrent de le perdre dans l'opinion publique

auprès de ses concitoyens, en le représentant comme

un homme dévoué et vendu au parti qui voulait tout anglifier. Mais leurs efforts, quelque vigoureux et soutenus qu'ils fussent‘ en ce sens, n’eurent aucun résultat.

Le temps des élections étant arrivé, le comté de Devon qui embrassait alors Saint-Thomas, le Cap Saint-lgnace, l’Islet, etc., el qui connaissait le mérite et l’intrépidité du colonel Dambourgès, lui donna spontanément son mandat. Sa candidature ne fut pas le fruit d’une orgueilleuse ambition, ou d’une sotte envie, et son triomphe fut pur de toute cabale et de toute intrigue. On ne connaissait pas encore alors les moyens de succès que l’on possède aujourd’hui ; on ne savait pas que le mandat d’un député pouvait être, dans plusieurs cas, un objet de commerce, que les électeurs vendaient le plus haut prix possible, et que le député payait généreusement, ou quelquefois pas du tout, selon qu’il lui rendait beaucoup ou rien du tout. Ilavait réuni tous les différents suffrages des électeurs, et aucun rival n’avait été tenté de venir lui disputer un honneur qu'il n’avait pas cherché, et qu’on lui avait donné si unanimement et si généreusement.

Le colonel Dambourgès avait reçu de la nature üne de ces organisations heureuses et faciles, qui permettent à un citoyen d’être, selon que les circonstances l'exigent, homme d’épée, représentant

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