‹ Le colonel Dambourgès [microforme] (volume 3)Chapitre 4 sur 4 · PRES EE · texte numérisé non relu

PRES EE

et pendant tout ce temps il porta noblement l'épée que son souverain lui avait confiée. Généreux et désintéressé, M. Dambourgès s’imposa bien des sacrifices pour soutenir la belle compagnie à la tête de laquelle il était placé, et qui servait à démontrer le zèle des Canadiens. Des militaires distingués le complimentèrent bien des fois sur la belle tenue de ce corps et le duc de Kent lui-même, aux jours de parade, avait toujours un mot gracieux à l’adresse du capitaine des Grenadiers.

Faut-il le dire, tant de dévouement et de sacritices ne furent pas reconnus comme ils devaient l’être. Le duc de Portland, alors ministre d'état, écrivait le 6 janvier 1801 au lientenant-gouverneur, Sir Robert

Shore Milnes, alors à Whitehall :

« Mais avant d’aller plus loin, je ne puis m'empêcher de vous » dire combien je suis surpris de voir que l'établissement d’un » bataillon canadien dans le Bas-Canada, dont l’objet principal » avait été de faire sortir les gentilshommes canadiens de leurs + habitudes indolentes et inactives en les attachant au service » du roi, ait si peu réussi. »

« But before I proceed further, I cannot help expressing to:you s my surprise lhat the establishment of the Canadian battalion » in Lower-Canada, the principal object of which was to draw » the Canadian gentilemen from their indolent and inactive habits » and allach them to the King's service, should have mel wilh no » grealer success.»

Si c’étaient là les récompenses que les Canadiens devaient retirer de leurs travaux, on doit avouer qu’elles étaient peu propres à les exciter à en entreprendre de nouveaux. (C'était peut-être le but que

l’on en attendait afin de mieux les calomnier ensuite.

Les actes et la vie de cet homme si actif et si généreux sont l'argument le plus décisif que l’on puisse apporter, pour prouver qu'avec de la droiture et de la persévérance, un citoyen peut atteindre à la célébrité, et se faire un nom, n'importe sous quels cieux la Providence l’ait placé. De sa modeste condition, cet ami des Canadiens, après s'être identifié avec eux, s’est élevé par degrés, au rôle de législateur, et a mérité les plus belles distinctions civiques et militaires chez un peuple étranger. Et ce qui estencore plus honorable à sa mémoire, ces récompenses acccordées à son mérite, il les obtint du représentant d’une nation rivale, et à laquelle le nom de Français était plus propre à inspirer de l’aversion et de la haine, qu’à lui ménager des faveurs et des attentions aussi marquées.

Quelques années plus tard, M. Dambourgès, qui était propre à tout, fut appelé par le gouvernement à surveiller quelques travaux publics. Il se montra dans ce nouvel emploi, ce qu’il avait toujours été, impartiai, probe et parfaitement désintéressé. Il résista à l'influence de la séduction, et il sut se défendre là aussi des intrigues des ambitieux, comme il s’était débarrassé des piéges que les ultra-loyaux lui avaient lendus. Il avait appris à les connaître et ne les épargnait pas quand l’occasion s’en pré-

à LE

rare

sentait. Heureusement, le nombre n’en était pas considérable. A cette époque glorieuse, mais difécile, les Cenadiens ne comptèrent que peu de transfuges. Les jalousies et les haines qui s'étaient liguées contre notre langue et nos institutions, avaïent beau s’agiter, elles ne réussissaient à faire q : du bruit. Malgré les séduisantes promesses qu’on faisait à nos compatriotes, bien peu se laissèrent tenter et devinrent les complices d’une politique qui préparait encore, avec une ârdeur qui ne se ralentissait pas, les moyens de nous anéantir. C’est de cette époque même, que date l’iée de l'union des Canadas et des Colonies (lettre du Juge*** au duc de Kent). Ce projet était dès lors proclamé avec joie et caressé par nos adversaires, qui y voyaient céjà la ruine d’un peuple qui avait à leurs yeux le tort incalculable d’être Catholique et Français. Les Canadiens qui voyaient la division des deux Provinces fraîchement établie, et qui croyaient à la gravité des mesures du gouvernement, souriaient avec ironie à ces malicieux efforts. En effet, les utopistes moururent les uns après les autres, sans aucun succès. Mais cette résistance, ces luttes contre l'oppression, ne furent pas sans gloire pour les députés du temps. Les sacriléges tentatives des envahisseurs de nos droits et de nos priviléges virent presque toujours leur œuvre tourner contre eux-mêmes : et leurs efforts, pour abolir nos lois et nos usages, tournèrent

LE à Rs

à leur honte. Nos premiers représentants engagèrent résolument la lutte, et la soutinrent avec ardeur, et leurs enfants aiment à citer leurs noms et à s'inspirer de leur souvenir. Leurs exemples encouragent encore aujourd’hui ces grands citoyens, que la confiance publique a placés sur la brèche, pour la défense et la protection de nos droits. C’est vers eux que se tournent les regards de ceux qui se dévouèrent au service du public, et qui ont connu les jours critiques et nébuleux qu’a traversés notre jeune pays.

Le colonel Dambourgès avait une pose fière, une haute taille, un front noble et serein. Ce brave et brillant soldat plut au Prince Edouard, à cause de son grand amour pour la discipline militaire, et des belles qualités dont il avait fait preuve à la tête des compagnies qu’on lui avait confiées. Son Allesse Royale qui l’appelait souvent dans son intimité, le désignait sous le nom de Capitaine Balafré, car, à là mémorable journée du Sault-au-Matelot, il avait reçu à la figure un coup de baïonnette ou de sabre qui lui avait fait une cicatrice.

DER ne v »

estime et beaucoup de respect, l’appelait, tantôt, l’in- : venteur de la baïonnette, parce qu'il était des environs de Bayonne, tantôt, le compagnon de Henri IV, qui était aussi Béarnais, (On comprend que toutes ces désignations, et autres de ce genre, entourées d’allusions gracieuses, étaient bien flatteuses pour le héros qui en était l’objet, et ne contribuaient pas peu à l’élever en considération parmi ses concitoyens, comme aussi à exciter la bile des hommes jaloux et ombrageux qui ne se sentent jamais à l’aise devant le vrai mérite.

Le régiment le Royal Canadien (Royal Canadian Volunteers) ayant reçu ordre, dans le printemps, de partir pour Montréal, le colonel Dambourgès dut se décider à le suivre. Mais ne voulant pas se séparer de sa famille, et pour concilier ses affections avec ce que le devoir éxigeait de lui, il se décida à l'emmener avec lui. C’est là qu’il tomba malade, dans l’automne de 1798. Une pleurisie des plus violentes mina en peu de jours son tempérament si vigoureux. Il souffrit son mal avec la résignation et le courage qu’il avait toujours montrés. Sur sa couche funèbre, que lui restait-il pour le consoler des déceptions de la vie ? Il n’en avait presque pas connu les jouissances ; mais sa foi le consolait. Le ciel, lui répétait-on, est pour le soldat qui défend sa patrie et

Le duc de Kent, qui avait aussi pour lui une grande

ses concitoyens contre une injuste agression. Il écrivit à ses amis en France pour leur annoncer sa mort prochaine, et leur exprimer combien il regrettait de ne pouvoir leur donner un dernier adieu. Il reconnaissait alors qu’il n’avail pas assez songé aux intérêts de sa famille, à laquelle il ne laissait qu’un nom honorable et une réputation méritée; mais rassuré par ses amis, confiant dans la sollicitude du gouvernement pour lequel il avait travaillé toute sa vie, 1l espérait que sa vertueuse femme et ses cinq enfants trouveraient, dans leur appui et leur dévouement, des moyens d'existence qu’il :'’était plus en état de leur procurer.

C'est dans ces pensées et ces réflexious qu’il quitta la vie, entouré de ses nombreux amis désolés de cette fin inattendue. Il mourut à Montréal, le 13 décembre 1798, et fut inhumé le 15 du même mois, dans l'église paroissiale, voûte Saint- Amable, par M. Désaulnier, curé d'office, au milieu d’un grand concours de citoyens de toutes les classes, jaloux de donner cette marque de respect à un homme qui avait donné, pendant sa vie, l'exemple de toutes les vertus. L’aumônier du régiment, M. François Duval, était présent à l’inhumation. Son corps fut relevé en 1830, et transporté dans la nouvelle église paroissiale de Notre-Dame.

M. Dambourgès avait cinquante-six ans. Il mourait pauvre et sans rien laisser à sa veuve. Celle-ci,

pleine de résignation à la volonté de Dieu, se soumit sans murmure au décret de la Providence, comptant sur la parole de celui qui a dit qu'il nourrissait les oiseaux du ciel, et qu’il n’oublierait pas les enfants des hommes. Elle était sincèrement attachée à son époux, et était fière du nom qu'elle portait, Elle avait assisté à ses dermers moments avec le calme d’une vraie chrétienne et lui avait prodigué les soins et les remèdes que réclamait son triste état. Leurs adieux furent touchants, et impressionnèrent vivement tous ceux qui assistaient à cette lente agonie d’un soldat-citoyen, mourant avec la foi et la piété d’un digne enfant de l'Eglise.

Il est rare que le génie et la vertu défendent un homme des attaques de la misère. Ces âmes, prodigues de dévouement, s’oublienttoujourselles-mêmes pour ne s’occuper que du bonheur des autres, la main toujours ouverte pour soulager tous les malheurs et toutes les infortunes. M. Dambourgès, honoré du Prince et de l'Etat, ne laissa pas de fortune, et confia, sur son lit funèbre, sa femme et ses enfants aux soins de ses amis qui lui promettaient les faveurs de la cour. Mais les amis moururent eux-mêmes ou furent dispersés. Les événements se succédèrent, puis on oublia d’abord et l’on méconnut ensuite, en hauts lieux, les brillants états de service du héros du Sault-au-Matelot. C’est en présence de ces vicissitudes du sort et de cette in-

ht ne différence des citoyens, qu’on peut répéter avec le grand poële :

Malheureux l’homme qui fonde Sur les hommes son appui.

pendant, quelques amis dévoués de la famille chez qui les jeunes orphelines avaient été placées, obtinrent, après bien des efforts, pour la veuve de M. Dambourgès, une pension de trente louis sterling, que des circonstances inconnues ont arrêté peu après son décès. Trente livres par an pour une veuve que linfortune allait forcer de décheoir de son rang, pour une veuve et ses cinq filles ! C'était juste ce qu'il fallait pour prolonger leur indigence. Noble femme, digne du respect de l'avenir, elle vit combien la fortune est légère et la faveur inconstante! Elle tourna ses regards et ses soins vers ces pauvres orphelines incapables de faire un pas dans la vie sans elle. Le monue lui faisant défaut, elle tourna ses regards du côté du ciel, n’attendant plus.de secours que de la Providence et remettant avec confiance leur sort entre ses mains,

Cette bonne et pieuse femme mourut à Québec, dans un état de détresse et de dénûment complet, au mois d'avril, 1822, entourée des soins affectueux et des prévenances de quelques amis restés fidèles à la mémoire de son époux, et chez lesquels les cinq filles du colonel furent placées temporairement.

Deux d’entre elles vivent encore au district de Monttréal.

Quoique M. Dambourgès fut très-aimé et très recherché dans toutes les sociétés, au Château Saint- Louis, chez le paysan, comme à Holiand-House, chez le Prince Edouard, comme dans les salons des bourgeois ; quoiqu'il fut également bien vu et respecté de tous les partis, cependant, lorsqu'il mourut nul ne se trouvait en mesure de venir en aide d’une manière permenante à la famille éplorée. Ce fut bien pis encore quand la pauvre veuve, l’unique appui des jeunes orphelines, fut enlevée à leurs tendres ans. Les anciens amis étaient alors encore moins nombreux ; le temps là aussi avait fait son œuvre. Il se trouva néanmoins encore des cœurs nobles et généreux, qui recueillirent et protégèrent ces enfants délaissés, et dont on était lassé de faire valoir les droits, sans succès, auprès du gouvernement qui les avait oubliés ou méconnus.

Hélas ! la mémoire de Dambourgès ne put rien contre l'indifférence de l’autorité ; et la patrie oublieuse, qui aurait dû adopter ses enfants, ne fit rien pour eux. { Si M. Dambourgès se fût dévoué avec moins d’ardeur au service de la cause publique, il eût laissé des richesses à sa famille, d’opulentes dots à ses filles. 11 ne leur légua qu’une glorieuse pauvreté. Le gouvernement, dans un jour de remords, se souvint probablement de ce qu’il devait au colo-

Mont-

ès re- Saint- >, chez ; bouricté de ] ne se anière en pis ui des s ans.

nom-

Il se t généts dé- Dir les ui les

rien e out rien avec ue, il s dots pauords, colo-

nel Dambourgès, et, pour s'en acquitter, il donna à ses filles quelques lots de terre en bois debout dans des cantons alors inaccessibles !.. Quelle dérisoire faveur !.…

Un honorable personnage écrivait dernièrement en parlant de ce grand citoyen : «La postérité » pourra peut-être élever un monument à Dambour- » gès, mais, en attendant, le gouvernement devrait » comprendre qu’il est de son devoir de ne pas » laisser sa famille manquer du nécessaire. »

La vie du colonel Dambourgès s’écoula dans le calme du foyer, dans la vie publique, et au milieu de l'agitation des camps, sans qu’il s'occupât des faveurs de la fortune ou des grands, se bornant modestement à servir son pays, lorsque les circonstances l’associaient aux destinées des preux auxquels le ciel en avait confié la garde. Peu avide de renom, il s’occupa, sous son humble toit, de son modeste négoce, et des soins que réclamail sa famille, tant que les autorités ne l’appelèrent pas à prendre part à la défense du drapeau canadien. Il ne rêvait pas la gloire des armes, mais la fortune alla le chercher comme par la main, et déposa sur son front les lauriers réservés aux héros. Appelé dans la haute société contre son attente, il ne dépara pas les salons où lon ambitionnait sa compagnie. Sa modestie, qui ne lui permeltait pas d'oublier le peu d’étendue de ses connaissances, sa simplicité en tout, déjouêrent bien

souvent les intrigues des envieux, incapables de juger du vrai mérite. Au reste, l'examen que nous avons fait de sa vie, justifie pleinement les éloges qu’il reçut dans le temps, et le respect dont on aime encore à entourer son nom. C’est un grand mérite pour lui d’avoir su se concilier l'attachement du peuple, et l'approbation du souverain dans les temps de calme politique, comme aux époques nébuleuses que traversa notre colonie. et d’être resté pour tous un exemple à suivre et un modèle à imiter. Ces considérations, sur lesquelles nous glissons légèrement ici, ont déjà frappé le lecteur, sans doute, mais il nous sera bien permis de nous demander, par quelle fatalité inexplicable, les services rendus à l'état sont-ils méconnus si facilement, et oubliés si peu scrupuleusement, par ceux mêmes qui ont pour mission de récompenser le mérite ? Déplorable apathie qui paralyse les meilleurs mouvements, et qui prive l’état des services de ces hommes sincères et dévoués, devenus plus rares de nos jours, mais qui, aux jours du danger, seront là sur la brêche pour défendre et sauver la patrie !.…

de junous loges aime nérite it du

emps euses tous

Page 1