‹ Le colonel Dambourgès [microforme] (volume 3)Chapitre 3 sur 4 · ER · texte numérisé non relu

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du peuple, fonctionnaire public, etc. Mais quel parti allait-il prendre dans les questions importantes qui devaient être débattues et réglées dans l’enceinte du premier parlement canadien? Jouissant de l'amitié du représentant du Souverain, lié en quelque sorte au gouvernement par des récompenses et par des titres, allait-il lui donner son appui, ou se ranger sous la bannière des défenseurs du peuple ? Pour tous ceux qui connaisaient son caractère et sa droiture, le doute n’était pas possible. Plus désireux de faire triompher les principes et la justice, que les mesures d’une coterie arrogante et dominatrice, on le trouva toujours prêt à protéger el à défendre les intérêts du peuple qui l’avait élu. Il débuta par cette franchise d’allures qu’il avait portée dans les camps, et qu’il soutint toujours dans les conseils de la nation.

Après avoir passé quatre ans en chambre, M.

Dambourgès refua sa réélection, à la suggestion du nouveau gouverneur, Lord Dorchester, qui voulait lever un régiment canadien, et s’assurer du concours des personnages les plus influents, afin de faire réussir son plan et d'atteindre l’objet qu’il avait en vue.

Tous ses contemporains ont vanté sa probité, son désintéressement et la noblesse de sa conduite, pendant ces quatre années employées à servir son pays dans les conseils de la nation. On remarquait en

lui un esprit vaste, mais peu cultivé ; un langage énergique, mais peu châtié, et un jugement à toute épreuve. Au milieu de ses éloquentes improvisations, il conservait toujours le calme et la réflexion. Toutes ces excellentes qualités étaient rehaussées par un patriotisme pur et éclairé, dont il avait déjà donné en maintes occasions des preuves que personne n’avait oubliées.

Si, dans une circonstance délicate, M. Dambourgès vota contre le parti qu’il avait soutenu jusqu'alors, c’est qu’il était persuadé que son vote ne nuiraiten rien à la cause canadienne, à cause de son peu d’importance. Homme modéré avant tout, il était d’opinion, avec beaucoup d’autres, qu’il ne fallait pas froisser les idées des dépositaires du pouvoir, ni heurter de front leurs préjugés ; qu’il valait mieux leur faire une guerre indirecte, diriger la lutte avec patience et modération, et attendre le succès du temps plutôt que des moyens violents. Il pensait qu’il était prudent de céder sur des points d’une importance minime, afin de ne pas s’aliéner entièrement la confiance du chef de l'Etat, et ne résister ouvertement que quand il s’agisait des priviléges réels du peuple. Propositions bien sages, à une époque où les droits des mandataires de la nation étaient peu dessinés, et où l’on ne connaissait pas encore la limite qui les séparait de ceux de l'Exécutif. Au réste, ses convictions furent toujours respectées, parce qu’on sa-

vait qu’elles étaient appuyées sur la bonne foi et suf l’amour qu'il portait aux Canadiens. Il se montrait disposé à écouter avec bienveillance et à accueillir toutes les idées utiles, sans égard à la couleur de ceux qui s’en faisaient les champions. On peut dire qu'il parlait peu, mais il agissait sans cesse, n’aspirant qu’à mûrir et à mettre en œuvre les projets qu'il avait conçus pour le bien public, ou que le génie des autres lui avait fait adopter. Aujourd’hui, un certain nombre d'hommes apprécie bien autrement les choses, il est vrai. Mais il ne faut pas refuser notre respect et notre admiration à ce qu'ont accompli nos devanciers, pour ne croire qu’au prestige de ce que nous voyons. Défions-nous des comparaisons. Ne jugeons les autres que sur le théâtre qu’ils ont occupés. N’écoutons pas ces ambitieux effrénés qui trouvent tout à refaire. Si vous leur prêtez quelques moments l’orcille, si votre imagition ne s’essouffle pas trop à les suivre, vous les verrez bientôt, prétentieux et frivoles, ne comptant pour rien ce qui est fait, oublier tout ce qu'il a fallu de luttes et de sacrifices pour tout placer dans lordre établi aujourd’hui. Il semble qu’à voir la pro digieuse habileté de tous ces alertes députés, qui ne cherchent que le retentissement et le bruit, ils auraient, eux bien vite réglé tous les différents, fait cesser toutes les luttes, et, n’écoutant que leur audace, ilsiraient placer au milieu des airs, la pre-

Mière pierre de notre édifice politique, sans autre point d’appui que leurs petites, mais vaillantes individualités.

Si les heures consacrées par quelques discoureurs habiles à répéter, pour ou contre ceux qui administrent la chose publique, des discours où brillent l'ambition et l’égoïsme de ceux qui les prononcent, si ces moments précieux pour le pays étaient employés à des œuvres réellement utiles, combien d’abus seraient effacés, combien d’améliorations justes et nécessaires seraient faites, combien de sources d’injustice et de misère seraient comblées et détruites? Tous ces acrimonieux discours jetteront peu de splendeurs sur les pages de notre histoire.

Ah ! depuis soixante-et-quinze ans que durent nos luttes constitutionnelles, combien de jeunes aspirants ont failli à leurs devoirs, combien ont voulu détruire l'œuvre vénérée de nos vétérans politiques, pour y substituer leurs éblouissantes utopies ? Et ce sont ces enfants des muses bien faits pour roucouler des pastorales, pour présenter des fleurs à Chloé et pour tresser des guirlandes à Phillis, qui censurent le calme et la sage lenteur avec laquelle procédèrent nos pères, qui renient le passé, et précipitent leur orgueilleuse condamnation sur des hommes que lhistoire prépose à leur vénération et à leur imitation.

En 1796, lord Dorchester étant revenu à son projet de former un régiment canadien, composé de deux bataillons, s’empressa de demander la coopération du colonel Dambourgès, qui s’adjoignit, pour laider, son beau-frère, monsieur François Boucher. Le brave soldat de 1775 accepta avec empressement la demande du gouverneur, et parvint bientôt à réunir un grand nombre d'hommes, au milieu desquels se trouvaient beaucoup de vieux militaires de hauts grades, qui avaient servi une trentaine d’années auparavant, dans les guerres de la colonie. «Mon dévouement est devenu suspect, » disait le capitaine Dambourgès. «depuis que j'ai montré de l’indépendance au Parlement. Mais que les masques tombent, et l’on verra si je puis encore remplir mon devoir, et si je sais porter l'épée. D'ailleurs, pour un certain nombre, peu importe ; car si j'accepte, on dira que je suis animé de motifs intéressés ; si je refuse, on m’accusera de déloyauté. Avec de pareils gens, il n’y a guère de nobles actions possibles ; à leur école on ne ferait que des lâches et des hypocrites. »

Le régiment étant formé, le lieutenant-colonel Joseph de Longeuil fut nommé commandant du régiment, lequel fut appelé «Les Volontaires Canadiens » ; sur ses drapeaux on lisait (Try us.» M. Louis de Salaberry fut fait major. On y remarquait les capitaines de Bleury, Vassal de Monviel, Louvigny de Montigny, J. R. D’Estimauvile, Maurice de

Salaberry, frère du héros de Châteauguay, et quelques autres illustrations de époque. Les Canadiens s'étaient cotisés entre eux, pour aider la Grande-Bretagne à soutenir les dépenses de la guerre que lui faisaient les démagogues français. Connaissant la pénurie du trésor, ces braves ne s'étaient pas contentés d'employer leur influence, pour encourager la formation du régiment, et d'y entrer euxmêmes comme officiers et comme soldats ; mais ils avaient employé leurs revenus, et tout ce qu’ils avaient pu épargner sur leurs ressources comparativement modiques, pour couvrir les dépenses et les frais d'équipement, d'armement, etc. On dit que le colonel de Longeuil soutint ce régiment à ses propres frais pendant un temps considérable, quand les souscriptions prélevées ailleurs furent épuisées. Il fit ainsi des sacrifices immenses pour soutenir ce corps qu'il désignait comme une preuve de la valeur martiale des Canadiens, et comme le résultat de leurs sacrifices pour le service du souverain. Ce régiment passa successivement deux ans à Montréal, deux ans à Sorel, et deux ans à Québec, où il fut licencié. Il était encore alors composé de six cents hommes.

Pendant qu’il était dans ce corps, M. Dambourgès reçut une commission de capitaine des Grenadiers. Toutes ces occupations et ces devoirs l’avaient ravi encore une ois aux affections du foyer domestique,

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