INTRODUCTION
bourgès. Cependant, il ne se trouva personne prêt à énumérer les actes qui les prouvaient.
Quoiqu'il en soit le colonel Knollys, qui accompagnait le Prince, fit réponse, quelques jours après, que Son Altesse n'avait pas à sa disposition des sommes qui lui permissent de récompenser les services rendus à l'Etat et que l’on devait s'adresser à d’autres départements.
Sur ce, on a cru devoir écrire ces pages pour rappeler les titres du colonel Dambourgès au souvenir de ses concitoyens.
C’est un homme que sa persévérance et son énergie ont signalé de bonne heure à l’attention publique et qui a lutté courageusement
en faveur des mesures politiques qu'il a cru
INTRODUCTION, 7 utiles à la patrie, après qu'il l’eût défendue et protégée de sa vaillanto épée.
Si le dévouement le plus généreux distingue la carrière do Dambourgès, on n’admirera pas moins l’abnégation qui l’honore; et personne, après avoir pris connaissance des faits présentés dans ce modeste livret, ne lui refusera son estime. La colonie, il faut le dire, a compté des serviteurs plus
habiles, plus instruits, plus expérimentés,
mais jamais de plus dévoués,
PTIT huér grd to à ot
DAMBOURCGES
JEAUN parcourant les annales ae à w | notre chère colonie, on est sou- « vent surpris de voir qu'ici, comme chez les autres peuples dont nous étudions l’histoire, de grandes choses
ont été parlois opérées sans que les
euteurs de ces actions ou de ces événements soient suffisamment connus.
On lit des pages remplies des hauts faits d’un homme dont le dévouement a sauvé tout un peuple et dont le nom presque jionoré ne vit plus que dans les traditions saintement conservées de la famille, ou dans les cartons de quelques rares antiquaires. On observera, d'un autre côté, que les hommes qui se sont illustrés par des actions d'éclat, bien que connus, sont quelqueïois appréciés peu équitablement.
En effet, les hommes ont toujours eu une tendance remarquable à rapetisser
ou à grandir le renom des favoris de
Dambourgès 11
Ja fortune selon qu'ils se dégageaient eux-mêmes plus ou moins des passicns qui leur servent assez ordinairement de boussole. On a plaint, bien des fois, des écrivains qui donnaient à des choses une importance qu'ils refusaient à d'autres mieux conditionnées, mais pour lesquelles ils se passionnaient moins. Les peuples, comme les indi- -vidus, ont fréquemment de ces étranges oublis, de ces moments d’ingratitude, d'autant plus inexcusables que les grandes actions qu'ils méconnaissent ainsi, font partie de leur histoire et de
leur gloire nationale. Le colonel Dam-
bourgès est vraiment du nombre de
ne qu certe mm TC
12 Dambourgès
ces hommes de mérite auxquels les contemporains n'ont pas tout à fait rendu justice, soit qu'on n'ait pas eu de renseignements exacts sur ses états de service, on qu'on se soit plu à les laisser dans l’ombre pour servir d’autres intérêts. Il est temps, croyonsnous, que sa vie soit mise sous les yeux des lecteurs. Nous avons voulu contribuer à cette bonne œuvre en rappelant brièvement les vertus d’un des hommes illustres de notre histoire si féconde en nobles exemples et en glorieux dévouements. Dans cette appréciation des actes d’un personnage historique, nous procédons avec toute
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l'impartialité possible, nous appuyant de documents irrécusables. Ce mode de procéder légitimera les expressions d'admiration et les ‘paroles élogieuses que nous appliquerons aux actions qui signalent la carrière d’un concitoyen estimable à tout égard.
Français par la naissance, M. Dambourgès avait hérité des qualités chevaleresques des vieux. soldats de François ler et de Henri IV. Transporté de bonne heure sur le sol de la Nouvelle-France, au milieu d’un peuple qui avait conservé avec amour les éclatantes traditions de la mère-patrie, il y retrouva des frères dévoués, pour
Dambourgès
lesquels il s’éprit d’un attachement sincère. Il s'identifia bientôt avec leurs intérêts, épousa leur cause, défendit leurs droits menarés et associa sa destinée à la leur, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, sans vouloir s'en séparer jamais. Comme il était doué d’un esprit sûr, d’un jugement sain et d’une instruction solide, cet ami du bien public prit une part active aux événements de son temps, laissant partout où 1l passait l'empreinte de sa volonté persévérante et d’une énergie indomptable. On le vit, généreux au-
tant que dévoué, sacrifier volontiers sa
fortune et celle de sa famille 5our
Dambourgés 15.
soutemr ia cause qu’il avait embrassée :
et, quand il fellut payer de sa personne, et repousser l'ennemi montant.
à l'assaut de Québec, on le vit encore le premier sur la brèche, défendre.
vaillamment une redoute et accomplir, sous le feu et les balles, un de ces coups. | d'éclat qui suffisent pour immortaliser un homme. En ces jours de péril, arrêtant par sa hardiesse et sa bravoure, les troupes envahissantes,, il contribua à sauver le pays d'une nouvelle calsmité.
Modeste autantque brave,ilnesavait.
pour s'attirer, par des démarches indi- .
Le
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gnes d'un noble cœur, les récompenses dues à son mérite. Il mourut pauvre comme tous ceux qui se sacrifièrent pour leur pays, sans songer à l'avenir, comptant seulement sur la reconnaissance, hélas ! bien souvent éphémère, de ceux qu'il avait servis toute sa vie.
Moins heureux toutefois que ces héros romains dont la République payait les funérailles et dotait les filles, le héros canadien fut bientôt enveloppé du double onbli de la tombé et de l’ingratitude ; et ses enfants, abandonnées sans guide et sans appui, orphelines dès l'enfance, recueillies par quelques âmes sensibles, durent la DEASEE
Dambourgès 17
dont elles furent entourées à la fidélité de quelques rares maïs sincères amis.
Dans cet article, qui ne peut être qu'une légère esquisee des principaux traits de sa vie, nous devons négliger bien des détails. Les événements si intéressants de notre colonie auxquels il a pris part, sont de ceux que l’histoire aimera à reproduire. Il nous fant les dérouler un peu pour signaler la place qu'occupa M. Dambourgès. Ils tiendront plus longuement notre attention en éveil ; car c’est là que nous reconnaîtrons les grandes quaïités de l'esprit et du cœur qui distinguaient notre héros. Heureux, si nous pou- R
11 Dumbourgès
ee AR en
vions contribuer à rendre sa mémoire.
plus populaire ! Nous ne demander.
rions pas d’antre récompense de. notre
travail que celle d’avoir commencé
une réparation qui deviendra bientôt,
au moins nous l’espérons, une répara-
tion nationule !
Le colonel FRANÇOIS DAMBOURGÈS
naquit en l’année 1749, à Salies, petite
ville agréablement assise sur la rivière. du même nom, dans l’ancienne province du Béarn, aujourd'hui départe-.
ment des Basses-l'yrénées. Il était fils.
Dambourgès 19
de Jean-Baptiste Dambourgès, qui avait épousé, à vingt-quatre ans, en février 1740, demoiselle Anne de Lambeye, âgée elle-même de vingt-six ans.
Il y a encore à Bayonne, et dans les communes environnantes, plusieurs familles du nom de Dambourgès ; mais aucune d'elles ne parait avoir été favo-
risée des dons de la fortune.
Conduit de bonne heure à Bayonne, éloignée de quelques lieues seulement de Salies, notre futur héros y fut placé à l’école, grâce aux économies de son père. Il conserva pour cette ville, où
s'étaient écoulées les premières années
de son enfance, un attachement telle-
20 Dambourgés
mn
ment grand qu'il se disait”lui-même natif de Bayonne, Comme ses compatriotes en général, le jeune Damboursæès était gai, plein de bonne humeur, vif sobre et laborieux.
Une répugnance invincible, extraordinaire à cet âge où l'intelligence, encore peu développée, accepte tout sans discussion, l’éloignait de la vie de routine et des emplois ordinaires aux:
quels se livraient ses petits compatriotes. Son esprit inquiet, et aventureux, lui indiquait une nouvelle route, où devaient trouver richesse et
fortune tous céux qui, comme lui, se
sentaient un grand courage joint à un
Dambourgès | 21
jagement solide et à une expérience pratique des choses et des hommes.
Ses parents durent céder à des vœux souvent et fortement exprimés.
Le jeune François rencontrait fréquemment à Salies des pêcheurs d’Orthez, éloignée d'environ quinre lieues de sa ville natale. Leurs conversations, et le récit de leurs voyages et de leurs aventures à Terreneuve et au Canada, contribuaient puissamment à exciter limagination de l’ardent écolier. Il n’en fallut pas davantage pour le décider à traverser l'Océan et à venir chercher fortune sur les rives lointaines de
la Nouvelle-France. Sa famille, à la
22 Dambourgès
quelle il fit part de sa détermination, et qui ne pouvait plus subvenir aux frais de son éducation, fut forcée de.
consentir à la demande de l'entreprenant jeune homme, allant au loin tenter les hasards de la fortune. Il lui | annonça alors qu'il se rendait à Saint Thomas, en Canada, dans l'intention d'y asseoir un établissement de com- | merce. L'avenir déroulait devant lui de brillantes perspectives; et sa bonile lante imagination lui créait des rêves.
dorés ; puis, comparant cette promple prospérité qu'il croyait déjà tenir avec les rudes mais patients labeurs et les pertes sans cesse renouvelées de son
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vieux père, le jeune homme se passionnait pour les aventures, pour l'inconnu et se promettait, de suite, une aisance qui lui permettrait de venir, et tôt, en aide à sa famille et d'adoucir la vieillesse de ses parents.
Le croirait-on, c'était sur le simple
récit de pêcheurs basques, employés,
depuis bien des années déjà, aux pécherics du golfe Saint-Laurent, que le jeune Dambourgès comptait pour s’établh au Canada et pour y faire le commerce ! Ce pays était alors complètement ignoré de la plupart de ces tra- Vailleurs ; mais ils rencontraient, tous les ans, sur les bancs du golfe, où l'on
prenait la morue, des pêcheurs de Saint- Thomas qui leur parlaient de leur vil:
lâge. (C'était, à tout dire, l'unique théâtre de leurs exploits, le lieu de leur naissance, et le seul où ils eussent ap:
pris aventures, légendes, et pris le goût de l'inconnu. Leur horizon ne s’étendait guère au-delà ; et c'étaient ces notions:
que le hardi Béarñais avait récueillies de la bouche des marins d’Orthez, et qui l'avaient décidé à partir. Brave, courageux, entreprenänt, Dambourgès avait tout ce qu'il fallait pour réussir.
La patience et la persévérance étaient ses vertus favorites. Il montrait utie activité sans égale, un courage à tout
Dambourgès 25 ôser, et le travail, quelque dur qu'il fût, ne lui répugnait point. Il appartenait à cette classe d'hommes qui, ñés dans une condition humble, savent, à force de labeur et d'énergie, s'élever aux premiers rangs de l'échelle sociale, et prouver au monde que l'obscurité de la naissance, quand elle accompagne la vertu et le génie, n’est qu'un fleuron de plus ajouté à la couronne que lui destine la postérité.
L'évêque de Bayonne, Monseigneur Guillaume d’Arche, qui avait remplacé, en 1745, au siége épiscopal de cette ville, l'illustre Christophe de Beaumont, transféré au siége archiépiscopal de
26 Dambourgés
Paris, avait donné au jeune Dambourgès des lettres testimoniales fort avantageuses. Il emportait encore avec lui un grand nombre de lettres de recommendation de juges - consuls, de chevValiers de Malte, etc. On les lui avait accordées avec empressement et bienveillance. Muni de ces hautes faveurs, plein de confiance dans ses projets, excité par l’espoir d’être un jour utile à sa famille, et de lui faire tout le bien que lui dictait son bon cœur, il n’hésita
pas à confier ses destinées à la mer.
Enfin, se recommandant à la protection
de la Providence, et comptant sur l’honorabilité de ses vues, notre futur né-
Dambouryes "27
gociant dit adicu à sa famille, à sa chautnière, au ciel de sa patrie, emportant’ vers un autre monde les projets, les espérances, et les rêves de sa jeunesse. L'avenir, dans un mystérieux lointain, laissait entrevoir à son regard ‘ardent les succès réservés aux hommes de courage.
La traversée fut facile et agréable, et, sur la fin de l’été de 1763, M. Dambourgès arriva en Canada. Il avait été détenu pendant assez longtemps dans le golfe, attendant, pour remonter avec eux, le départ de jeunes Canadiens de la côte du sud, qui avaient de
l'emploi dans ces parages pendant ia
28 Dambourrès (À
saison. Il s’'achemina immédiatement vers Saint-Thomas, aujourd'hui grande À et belle paroisse, chef-lieu de comté, centre d'un populeux district judiciaire, mais alors kumble canton, plus souvent désigné sous le nom de Pointeâ-la-Caille, du nom de la pointe de
rochers sur laquelle avait été cons-
truite, vers 1670, la première église de la localité. :
M, Maison-Basse, qui, depuis environ
vingt ans, desservait Saint-Thomas, ac- *
Ccueillit bien le jeune et entreprenant
1 Ta première église de cette paroisse a en pour titulaire et # vocable saint Thomas. Sun premier curé, M. Joseph-Thomas
Morel, anparavant curé de Sa nte-Anne de Beaupré, ayant voulu honorer +on patron en constru sant cette modeste chapelle, ia dédiu a Dieu sous l’invocation du grand apôtre.
D'iuntovur ges 29
Béarn is, qui venait demander place dans son troupeau et se ranger sous sa houlette. M. Dambourgès répondit généreusement à cette marque de bienveillance du vieux curé il s’efforca toujours de mériter davantage, par sa conduite et par ses exemples, la confiance que le saint prêtre lui avait témoignée.
Sans perdre un instant, soutenu, comme nous l’avons dit, par les motifs les plus purs, il se mit à l'œuvre et commença l'établissement qu'il avait projeté. Il éleva un modeste comptoir, où tous les objets de première nécessité
étaient offerts en vente, à des prix mo-