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3 LAUNROUU! 3 US
dérés, et avec cette franchise et cette honnéteté qui attirent et qui captivent la bonne foi des acheteurs. Son commerce, d’abord restreint, prit bientôt un assez grand développement et lui permit de se livrer graduellement à des
opérations plus considérables. Le suc-
cès couronnait toutes ses entreprises ;
et, voyant tous les jours s’élargir le cercle de ses affaires, il comprit que | l'aide et le concours d'une personne habile et intéressée lui seraient d’une
grande utilité, et contribueraient à
donner à son négoce une vigueur et
une étendue qui multiplieraient bien-
tôt ses profits.
Dambourgès 81
Il résolut, à cet effet, de repasser en France et d'en amener ses vieux parents. Après avoir réalisé un assez joli pécule, et s'être muni d'un grand nombre de produits de l'industrie canadienne et indigène, M. Dambourgès se sépara de ses nouveaux amis, el s’'embarqua, en 1766, pour son ancienne patrie, accompagné de leurs vœux et de leurs regrets. La navigation fut longue et orageuse, cette fois, mais enfin, après bien des jours d'attente, il put fouler, une fois encore, le sol de cette France aimée, où s'était écoulée sa paisible jeunesse. :
Le cœur gros de joie, et savourant
32 Dambourgès
mère à le suivre au Canada.
elle retrouverait le même culte et les
d'avance le plaisir que son arrivée imprévue allait causer à sa famille, il s’'achemina de suite vers la vieille résidence paternelle. Il pensait déter-
niner sans trop d'efforts sa bonne
Tout
occupé de cette pensée, il préparait et repassait en lui-même les principaux traits du tableau qu'il allait lui faire de cette terre presqu'inconnue, dont les habitants étaient, ceendant, Français de mœurs, de nom, de langage et surtout de cœur; de cette florissante colonie que des commotions politiques
séparaient de la mère-patrie, mais où
Dambourgès 33
mêmes pratiques religieuses que celles qui avaient accueilli son berceau et consolé ses jours d’angoisses. Enfin, il était persuadé qu'elle consentirait | volontiers à le suivre dans un lieu où “elle trouverait, en échange d’une vie pauvre et laborieuse, l’aisance et le bien-être.
C'est en repassant ces pensées dans son imaginallon, que ce bon fils, résolu qu'il était de ne plus se séparer des auteurs de ses jours, s'avançait vers le toit paternel, dans l'obscurité d’une
| nuit d'automne. Il s'attendait à cau- “ser une grande surprise à sa famille
qui ignorait complètement son retour
84 Dambourgès
Cependant quel ne fut pas son étonnement, en approchant de l'humble demeure, de voir de la lumière à l’une des fenêtres! [1 crut d'abord qu'on y avait annoncé son retour et qu'on veillait pour l’attendre. Mais, hélas!
dans cette maison, où l'ange de la mort avait passé, ce n’était pas pour attendre un vivant que l'humble bougie du foy er avait été allumée ; c'était la couche funèbre d'une morte qu'elle éclairait.
Sa mère, sa bonne vieille mère, qu'il était si impatient de revoir, était passée de la vie au trépas, la veille de son arrivée ; et, pour surcroit d’affliction,
elle devait être inhumée le lendemain ! !
R Dambourgès 85
Elle était partie, elle aussi, pour un grand voyage, celui de l'éternité, avant que son fils eût pu lui dire combien il était heureux de la revoir, lui raconter ses travaux et ses peines, lui faire part de ses projets et de ses espérances.
Elle s'était hètée de quitter la terre avant qu'il pût lui dire une dernière parole, un dernier adieu, ce touchant embrassement de deux âmes qui se séparent ici-bas avec l'espoir de se retrouver un jour ‘dans un monde meilleur. Cependant, elle n'avait pas été délaissée dans ses derniers moments; elle avait trouvé, à son lit
funèbre, un époux dévoué, une famille
86 Damhonrges
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sensible et bonne, dont les soins et les prévenances avaient adouci de beaucoup ses souffrances. lle avait passé ses derniers moments au milieu des consolations et des secours de la religion qu'elle avait pratiquée avec ferveur pendant sa vie, et rien n'avait manqué à cette mort chrétienne, que la présence et les larmes d'un fils absent.
Plein de courage et de résignation, M. Dambourgès se soumit, en enfant docile, au décret de la Providence.
S'élevant encore une fois au-dessus de lui-même, il voulut subir cette épreuve
avec la force d’un home aui croit aux
Dambourgès. 87
promesses et aux béatitudes d’une autre vie. Il n’apprit pas sans émotions que sa bonne et pieuse mère s'était occupée, depuis plusieurs semaines, à sanctifier les derniers moments qui lui restaient à passer sur la terre et à offrir à Dieu le sacrifice d’une existence employée d’ailleurs à le servir.
Cette pensée le pénétrait d'un amour plus vif, et de regrets plus poignants pour celle qui était ainsi ravie à son affection. Malgré ses bonnes dispositions, il se surprenait parfois à reprocher à la mort ce coup funeste qui ne lui avait pas permis d'entendre les dernières paroles de sa mère mourante
Hi
88 Dambourgés
et qui lui avait dérobé ses avis et ses adieux. Plusieurs années après, il se rappelait encore les circonstances de.
ce douloureux événement, et ce avec une telle intensité, que cette pensée réveillait encore en lui toute l’acuité
de sa douleur.
Pl ”
Au printemps de 1767, M. Dambourgès se rembarqua pour le Canada, bien disposé à y finir ses jours. Il avait décidé son père à l’y accompagner, ainsi que son jeune frère, Pierre,
qui n'avait que dix-septans Ce frère
Dambourgès . ÿ 39 unique épousa, plus tard, à Saint- Thomas, Mile. Catherine Couillard.
Il y mourut, à l’âge de trente-deux ans, des suites d'une chute qu'il avait faite en dansant dans une petite réunion de famille. Sa veuve épousa, quelques années après, M. Oliva, médecin, originaire d'Espagne.’ Certainement M. Dambourgès eût pu se dispenser d'amener avec lui son père et son frère. Les laisser au hameau, c'était épargner son revenu, car leur voyage l'entrainait dans des dépenses
1 Quoivuc d'extraction espagnole, M. Oliva vint en cette colonie avec les troupes hessoises qui furent envoyées, ex 1778, par l'Angleterre, contre les colonies de }’Amérique qui avaient déclaré leur indépendance, et qu'elle voulait néanmoine cpntunir flans la soumiss.on.
40 Dumbourgès
et pour la traversée et pour leur eubsistance en deçà des mers; mais il céda aux irrésistibles entrainements d'un cœur généreux plutôt qu'aux calculs de l'intérêt.
De retour à son comptoir, M. Dambourgès reprit, avec une nouvelle énergie, ses entreprises et son commerce un peu négligé pendant son absence. Son père et son frère y prirent aussi une part active ; et, grâce à leur zèle et à leur dévouement, ses affaires progressèrent rapidement.
L'aisance la plus complète vint bientôt couronner ses travaux. Mais, au
milieu de sa prospérité toujours crois-
Dambourgès 41
sante, il n’oublia jamais les parents et les amis qu'il avait laissés à la ville natale. Il correspondait régulièrement avec eux, s’informait de tout ce qui pouvait les intéresser, s’attristant des revers des uns, et s’associant avec intérêt et de gaieté de cœur aux prospérités des autres. Cette marque de sollicitude et d'intérêt témoignait d'au-
tant plus de la bonté de son cœur,
qu’à cette époque les corresrondances avec l’Europe étaient plus difliciles.
C'était par l'entremise des pêcheurs du golfe, ses vieux amis d'autrefois, qu'il faisait arriver ses missives au lieu
natal, donnant à ses amis et à ses
42 Dambourgès
proches des détails et des notions sur ses propres affaires, sur les prod‘its et sur les ressources que présentaient, au travailleur actif et intelligent, les régions encore neuves de sa patrie adoptive. C’est ainsi qu'il consacrait ses rares loisirs à ce mutuel échange d'amitiés et de sympathies :—douces et agréables heures employées à parler des choses de la patrie à des hommes qui regretiaient, enx aussi, non pas une patrie absente, mais un ami sincère, un parent dévoué, éloigné d'eux, probablement pour toujours. Coinme on le voit, les occupations profitable et la bonne harmonie entretenaient
Dambourgès * 48
la bonne humeur dans son humble asile. |
Bientôt la guérre se déclara entre l’Angleteïre et ses colonies de l’Amérique. Un antagonisme continuel d'idées ét de principes, et la froide tyrannie de la métropole, semblaitil, avaient précipité les événements et amené cette lutte où devait se briser le lien qui les unissait. Les colons fevendiquaient leur salaire, en retour des expéditions faites, à leurs frais, contre les colonies françaises ; et, de son côté, l'Angleterre exigeait avec hauteur ce qu’elle appelait ses droits,
Ne pouvant réussir à régler pacifique-
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TE ne 2 om RRT
44 Dumbourgès
ment les difficultés survenues entre elles, on résolut, de part et d'autre, de s'en remettre à Dieu et à son épée, sur la justice de ses prétentions et sur la valeur de ses droits. L’Angleterre, repoussée et battue sur tous les points, dut cesser la lutte et reconnaître enfin l'indépendance de ce jeune peuple destiné à fonder le plus grand empire du Nouveau-Monde.
Les populations canadiennes étaient divisées d'opinion sur la guerre américaine, et un grand nombre n'osaient sortir de cette indécision, en présence de l’inertie du pouvoir. Le gouverne-
ment local eût désiré armer les Cana-
Set
Dambuurgès +Ù
mme
diens et les appeler tous à la défense de la Province ; mais les hommes à qui il avait donné sa confiance trouvaient leur intérêt à tenir les Canadiens dans l'ombre. On sait qu'à cette époque, bon nombre de nos compatriotes firent et renouvelërent même des offres de‘service qui ne furent regardés, toutefois, qu'avec froideur; encore se dispensat-on de les accepter. Tout contribuait, néanmoins, à exciter l'enthousiasme des Canadiens ; ils n'avaient, en effet, qu'à gagner à la lutte.
Leurs ennemis les connaissaient déjà; et les Anglais, à côté desquels ils auraient dû être admis à combattre,
dès le principe, auraient été forcés de reconnaître leur mérite. Ils n'avaient pas dérogé à la valeur des héros des journées de Carillon, de Montmorency, de Sainte-Foye, de Monongahéla, etc, Ils avaient à cœur, ces bons et braves enfants du sol, de démontrer que leur vaillance ne s'était pas ralentie : et les preux, qui s'étaient autrefois signalés en plusieurs rencontres, tenaient à faire voir que les ans n'avaient pas rofroidi leur courage. Héros de ces glorièeuses époqués, ou fils de héros, tous avaient les mêmes droits à l'adiniration des enfants de la superbe Albion !
Tous étaient mus par lu passivn de là
Dambourgès 47
gloire, toûs voulaient dissiper des préjugés injustes qui naissaient dans les esprits de leurs nouveaux concitoyens et que des hommes perfides fomentaient dans tous les rangs. D'ailleurs, ils se seraient vus conduits au champ d’hon:neur par des chefs éminents dont les noms étaient chers à la patrie.
Cependant, à désolante déception !
le zèle de ces valeureux descendants des Français fut méconnu. Bon nombre de nobles, de seigneurs et de braves, qui avaient pris part aux guerres antérieures, se sentaient disposés à soutenir haut et ferme le drapeau du souverain qui protégeait leurs droits. Ils se
48 Danbourgès
rendirent spontanément sur lé champ de Mars, à Montréal, sous l'impression qu'on utiliserait léuür zèle. Munis de provisions et des éffets que les circoné.
tances rendaient nécessaires, ils attendirent, à leurs frais, pendant quinze jours, qu’on miît leurs bras en réquisition; mais ce fut en vain. Ces loyaux :
sujets durent $ë disperser, emportant dans leurs foyers la désolante pensée qu'on $e privait de leur concours volontaire et sporitané, pârce qu'on nouï:
rissait contre eux ühe défarice que rien ne pouvait justifier toutefois.
Dispersées au sein des campagnes, les milices canadiennes, dont lés senti-
Dambourgès 49
ments n'étaient pas douteux, se trouvèrent exposées aux intrigues et aux Cabales des émissaires américains, chargés d'exploiter les préjugés du peuple contre le nouveau gouverned'autrefois. Et le gouvernement temporisait toujours ! Quelques citoyens se dévouaient çà et là, s'évertuaient à tempérer, dans ces jours d'expérience et de crainte, l’irritation des émeutiers
Si on eût montré, comme la chose le demandait, une confiance généreuse et illimitée dans le bon vouloir des Canadiens qui donnaient au nouveau gouvernement respect et confiance,
50 Dambour ès
ne eue
l'influence de ces envayés des provinces révoltées eût été paralysée. Mais la politique aveugle de quelques subalternes, qui avisaient le représentant du souverain, avait tout fait pour rendre plus faciles leurs manœuvres et leurs projets séditieux.
Ce qui contribuait surtout à fomenter la division, -c'était la manière hab dont l'Américain exploitait l'amour des Canadiens pour la vieille France. Il savait que nos pères tenaient au pays de leurs aïeux par leur langage et par leur caractère, comme par leurs habi.
tudes, leurs mœurs. Aussi ne man-
qiaientils pas de faire sonner bien
Dambourgèés 51
hant les offres de service que le monarque français faisait à la cause américaine, On mettait encore en œuvres bien d’autres arguments, beaucoup d’autres moyens ; mais, chez le bon peuple de nos campagnes, que plusd'un lien retenait à la France, la conscience parlait plus haut que les intérêts politiques. La religion lui dictait d’autres idées. Le clergé, la noblesse, comme les autres habitants du pays, avaient le cœur français ; ils aimaient la France sans doute ; mais la voix du devoir et celle du serment l’emportaient chez eux sur toutes les autres considérations du moment,
52 Dambourgès
Il est faux que l'or américain soit venu, à cette époque, fomenter l’excitation dans nos campagnes. Jamais le sentiment nefut stipendié; etlapreuve, on la trouve d'abord dans le petit nombre d'adhérents que les principes des rebelles trouvèrent en cette Province, et ensuite dans les sacrifices que firent à la cause américaine les Frémont, les Laterrière, les Cazeau et autres qui mirent, dit-on, leur fortune au service Ges Yankees, sans avoir jamais pu obtenir d'indemnité. Leur nombre fut bi:n restreint; et, malgré l'éclat et le retentissement qu'on donna à leurs
actes, ils ne furent pas mieux traités
gp mo
Dambourgès 58
que les autres. Tous regrettèrent d'avoir cédé trop facilement à de fâcheuses illusions. Ce n’est pas que le génie américain ait répugné à employer des promesses de sommes assez rondes, de terres étendues, d'emplois lucratifs à ceux que les rebelles voulaient enrôler sous leurs bannières.
On sait qu'il est fécond et en plus d'un sens. On alla même jusqu'à offrir, aux habitants des campagnes qui se laissaient tromper, une part du pillage de la ville de Québec. Voilà qui démontre bien que le sentiment ne :ut pas acheté. D'ailleurs, les provinces révoltées avaient un si grand besoin
64 Lanbourg 3
de leur numéraire pour elles-mêmes, et leur papier-monnaie était tellement déprécié, qu'il leur était impossible de répandre, dans le pays, des sommes suffisantes pour séduire des populetions qui n'avaient, à dire vrai, pres:
qu'aucune sympathie pour leur cause,
Le joug de l’Angletere n'était cependant pas porté parfois sans impatience par les Canadiens; il était même assez souvent rendu fatigant par la suprême arrogance et par le despotisme des Anglais du pays. Mais, d'un autre côté, l’idée de se jeter dans les bras de ces colons révoltés, qui, à une époqua encore récente, avaient si perfidement
Dambourgès 65
tramé et accompli la destruction des Acadiens, et qui avaient même, au vu et au su des Canadiens, dans tous les temps, poussé l'Angleterre à anéantir toute trace de domination française en Amérique, révoltait les cœurshonnètes.
Aussi leurs protestations hypocrites de dévouement et d'intérêt, touchèrent peu, cette fois, les Canadiens, qui se contentèrent de profiter de l’occasion pour demander à la mère-patrie une constitution qui leur permettrait de régler eux-mêmes leurs propres affaires, et de se soustraire aux manipulations arbitraires de cette foule d’ambitieux despotes subalternes qui faisaient peser
Cr C2
Dambourgès
sur eux leur sceptre de fer. Nonseulement ils étaient pleins d'arrogance et de morgue, mais en aucun temps ils surent montrer une idée généreuse ou des vues élevées. Il est aujourd'hui fort heureux qu'on puisse constater les grands changements opérés chez leurs descendants. Les nouveaux sujets n'osaient pas se plaindre ; ils se montraient droits et fidèles devant des figures presque toujours hostiles et ne proféraient aucun murmure. Îls attendaient tout du temps. Tant de loyauté et de générosité devaient néanmoins rester longtemps encore sans récompense
Dambourgès ü7
Cependant, M. Dambourgès, déjà bien connu et très-populaire dans
les campagnes de la rive sud du fleuve, usa de son influence pour calmer les troubles et l’effervescence qui se manifestaient quelquefois au sein des campagnes. Il voulut donner à la cause canadienne un cordial et sincère appui.
Pour vaquer plus facilement aux nou-
CRE 7e nes
veaux devoirs que son patriotisme lui im posait, il laissa à des mains dévouées le soin de ses intérêts privés. (Cette circonstance lui ouvrit bientôt la carrière militaire, dans laquelle il se distingua par son grand courage et par ; ses hauts faits d'armes. Les bandes
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658 Dambourgès
américaines avaient pénétré dans le pays, et désolaient nos campagnes.
De vaillantes cohortes auraient dû être poussées contre ces perüdes envahisseurs de nos paisibles fers. On ne jugea pas à propos de les malmener, Aidées de quelques traîtres, que l'appât des récompenses et dn pillage entrainaient à leur suite, elles en profitajent pour porter çà et Jà leurs ravages afin d'intimider, de lasser l2 patience des habitants du pays et d'engager enfin les populations à embrasser leur cause, Partont où elles passaient, elles pil-
laïent, saccageaient tout, et Jaissaient
coux qui leur résistaient en proie à le
Danmbourgèés 59
misère et à la famine. L’ennemi établit son camp partout, puis il chercha sournoisement d’abord, puis ensuite à découvert, à ébranler ie sentiment des paroisses par de perfides insinuations et par de fallacieuses promesses, trop grossières pour séduire, mais qui, répétées avec opiniâtreté, faisaient craindre de fâcheux résultats. M. Dambourgès s’offrit pour attaquer et chasser ces brigands. Sa ditermination fut agréable au gouverieur, ses offres de service furent acceptées ; et, se mettant de suite à l'œuvre, avec tous les élans
d'une âme parfaitement dévouée, aidé |
du concours des citoyens les plus zé- |
G) Penhourgis
— «+ éclats D
dés, il parvint à protéger les endroits les plns exposés, contre les attaques de <es maraudeurs audacieux, à ramener da tranquillité et la sûreté partout où il se dirigeait, et à maintenir la paix et Junion au sein des paroisses, où les émissaires de la République voisine avaient jeté des germes de discorde et de rébellion.
Out" ies ineuxsions des handes amé- Mcpluos, Uhe guerre intestine, bien que sur ane toute petite échelle, désolait nos paisibles paroisses. Aux bandes gebelles des colonies voisines se joigni- | sent, on effet, quelques Canadiens
leurrés et dapés qui parcouraient les
Dambourgés 61
campagnés. Ces maraudéeurs étaient, parfois, assez nombreux. M. Damboutgès fut envoyé de côté et d'autre à leur poursuite, les délogeant païtout, afin de les forcer de se réunir pour les combattre et én fairé bon marché.
À la Pointe:Lévis, à Saint-Antoine, à Säint:Piérre de la Rivière du Sud, il eut maille à partir âvée ces pertur:
bateurs de là paix, Les populations trouvèrent en lui un concours zélé, uné protection efficace et nh dévouemerit entier à toute heure. Comme il était pas hoïnme à s'en tenir à des demi-mesures, à dés lamentations stériles, il chercha dès le début lesmoyens
Né:
La à rt M cÈ
62 Dambourgès
les plus fructueux de rétablir le calme et de maintenir le bon ordre partout où il déployait sa tente. Il se concerta avec les autorités et se donna beaucoup de mouvement pour étouffer les rancunes, pour empêcher les représailles, pour éviter aux personnes aigries et lésées les suites des provocations, des mauvais traitements, comme aussi pour maintenir sains et saufs les droits de l’autorite.
Mais il serait trop long de suivre notre généreux concitoyen dans toutes ses actions de dévouement, et de dire tout le bien qu'il fit au sein de ces po-
pulations rurales, alors si agitées, et ni
Dambourgès 6$
avaient pour lui un respect illimité et une reconnaissance que les années ne firent qu'augmenter.
Bientôt, M. Dambourgès prit une part plus active à la défense du pays.
Il s'agissait de réunir, dans Québec, un nombre d'hommes suffisant pour mettre cette ville à l’abri d’un coup de . Mtiain, ét pour repousser un assaut dans le cas où l'ennemi le tentérait. On se hâta d'organiser la milice, et ce fut pout la première fois depuis 1760.
Encore ne lé fut-elle que d’une manière très-incomplète. Elle manquait surtout de discipline. M. Dambhourgès entra dans la compagnie des Royaux-Emigrés
Dee, “RIDE SES
ne me |
64 Dambourgis
(Royal Emigrants), que le gouverneur Carleton avait réunis à la hâte, tant pour augmenter le chiffre des combattants, que pour donner de l'emploi à un certain nombre de colons des provinces révoltées,quiavaient déserté leurs foyers pour rester fidèles à la cause de leur souverain. Cette troupe d'hommes dévoués fut mise sous la conduite du lieutenant-colonel Maclane.
M. Dambourgs se distingue de suite par son courage et par sa valeur. Il était sans égal pour opérer un coup de main, pour surprendre et pour arrêter
les convois de provisions que les ma-
raudeurs emportaient au camp des
Dambourgis 65
Bostonnais. Nul mieux que lui n'exécutait une manœuvre d'audace. Doué d'une fermeté et d’une prudence ine croyables, il conseillait, dirigeait ces expéditions, et savait gagner la confiance du soldat. Intrépide dans le combat, prodigue de soi jusqu'à la témérité, il inspirait à ses camarades, par ses”énergiques paroles, le courage dont il était animé lui-même et doublait ainsi leurs forces.
Le général Carleton, homme de guerre, chef expérimenté, appréciait hautement la valeur du capitaine Dambourgès, qui était un des plus vigilants, des plus agiles, et des plus
66 Dumbonrgés
intrépides troupiers de la brigade du lieutenani-colonel Maclane.
Un mémoire du temps, que nous avons sous les yeux, nous fait con:
naître que sa vaillance, son adresse, avaient attiré l'attention de ont le Monde, avant même le coup de main paï lequel il sé signala à l'attaque du Sault-au-Matelot. “ Major Naïrne, of “thé Royal Emigrants, and Monsieur “ Dambourgès, of the saiñe corps, by “ their gällant behäviour,attracted tho # notice of every body...” 1 Ce témoi-
î FARM -e 1 OU #1 Le Major Naîrne, du corps anpelé les Loyrtux-Lrinrés, et M. Dambourgès, par leur conduiie Lave et hurdie, attirèe sant l'attentioi dé tout }à n'oride.”
Dambourgès 67
gnage flatteur venant d’une plume étrangère, est extrêmement honorable pour M. Dambourgès, dont le mérite et la valeur étaient d'ailleurs trop connus pour être passés sous silence en pareille occasion.
Enfin, Arnold parut devant Québec au mois de novembre, 1775. Pour
ajouter aux perplexités du moment, les
milices canadiennes n'avaient été organisées que hâtivement et partiellement.
Presque toutes les troupes régulières qu'on avait concentrées dans le district
È RÉ En ie RTE LME RS :
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68 Dambourgès .
de Montréal, parce qu'on attendait les Américains de ce côté, avaient été faites prisonnières. Par suite de ces arrêtés fautifs ou de ces contretemps, Québec était à peu près sans garnison. Le gouverneur, lui-même, n'avait échappé aux poursuites de l'ennemi, que grâce à l'adresse et à l'énergie du capitaine Bouchette. La garnison de Québec, selon le rôle des milices que nous en a conservé le capitaine Gabriel- Elzéar Taschereau, ! n’était composée
que de ses habitants, et des émigrés du
1 Fou G.-F. Tarchcrenu, éenyer, futnommé, au mois de mars, 1794, Grand-Voyer du district de Québec, à la place de Jean Bena::d, écuyer, décédé, le 16 du dit mois.
lieutenant-colonel Maclane, auxquels on avait joint quelques matelots, des soldats de marine, le tout formant un corps d'environ quinze cents hommes.
C’est avec cette poignée de soldats improvisés qu'il fallait défendre cette ville, la seule possession qui restât alors à la couronne britannique sur ce vaste continent."
Depuis deux mois déjà, les Américaïins battaient la campagne autour de la ville; et, à bien dire, dans tout le district de Québec. Ils avaient des émissaires affidés, des agents exercés.
qui s’efforçaient de gagner les Canadiens à leur cause, à l’aide de moyens
70 Dambourgès
qu'une plus scrupuleuse politique aurait dédaignés. Mais leurs tentatives furent infructueuses dans presque tous les cas. Cependant, il leur fallait tenter le siége de la ville.
Depuis longtemps, les Bostonnais voyaient que les soldats de la cause de l’imdépendance étaient lassés, fatigués du métier, que les engagements étaient expirés, et que la saison devenait de plus en plus rude, On sentait enfin le besoin d'en finir. On sait comme, dans: le dénûment général, le découragement de l’âme suit bientôt l'affaiblissement et les malaises successifs du corps.
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Dambourgès 71
nets sation dtlel hic files nn en EE Le 831 décembre, les Américains, décidés à emporter la ville, avaient réuni péniblement dans leur camp tout ce que leurs émissaires et les intrigants avaient pu rencontrer de mécontents, d’ambitieux et de dupes.
On y reconnaissait quelques meneurs de paroisses, qui, par leurs incessantes cabales, avaient réussi à accroître leurs petites, mais bruyantes bandes composées de nécessiteux, que le besoin d'être nourris ou d’autres pareils vils
instincts attroupent d'ordinaire autour
de toute cause, plutôt que les motifs politiques ; de ces prétendus zélés qui
se donnent pendant un certain temps
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72 Dambourgès
l'air de réprimer l’émeute, et qui l’activent sous main, pour être plus long temps rentés, ou encore pour l'être à la fois par les diflérents partis. Tous ces hideux personnages s'étaient mis en mouvement, pour aider leurs prétendus amis à frapper le grand coup qui devait les rendre maîtres de l À mérique anglaise. Mais, on le comprend, cette armée était sans discipline au:
cune, sans tactique, sans cohésion, sans lien commun, et conduite par des chefs absolument nouveaux et jusques-là étrangers an métier des armes, et presque inconnus les nns aux autres.
On se reprochait tous les jours, duns le
camp américain, les temporisations, les sorties sans effet, les marches sans résultat et les autres tentatives infructueuses d'où s’ensuivait un désappointement et'un mécontentement général.
Les Canadiens, de leur côté, commencaient à s’apercevoir qu'ils ne devaient pas s'attendre à trouver chez leurs ennemis des miracles de dévouement, ctque l'héroïsme n'était pas la première de leurs vertus.
L’Trlandais Richard Montgomery avait, quelques jours auparavant, fait circuler le bruit qu’à Noël il dinerait
dans Québec. Ce propos avait peut
être excité le courage des siens; mais
74 Dambourgès
il n’avait pas été non.plus sans produire quelqu’effet sur les soldats de la 11 garnison, auxquels il avait été rapporté par quelques déserteurs. Des deux côtés, on se préparait à faire preuve de courage. L'indignation qu'excitait chez les Canadiens la sauvage conduite des ennemis, était une raison de plus pour les engager à combattre vaillamment.
Les Bostonnais avaient d'abord conçu le projet de bombarder la ville, mais :
il leur avait fallu bientôt abandonner cette idée. (Comment, en effet, en seralent-ils venus à bout, avec leurs
bombes et leurs obus dont les deux
tiers ne crevaient pas, et dont l’autro
Dambourgès 75
ne se rendait pas au but? Le peuple, épouvanté d’abord à la vue des nombreux projectiles, s'était bientôt accoutumé à ce spectacle et finit par le trouver ridicule. Il leur fallut donc se résoudre à prendre la ville d'assaut.
Les ravages que causaient dans leur camp les froids rigoureux de la saison,
et la picotte qui y sévissait, ne leur
permettaient cependant plus de dif-
férer. On se hâta donc de préparer quatre ou cinq cents échelles plus ou moins grossièrement faites, et il fut résolu que le trente-un décembre on tenterait un coup de main décisif.
Dès quatre heures du matin, le capi-
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