‹ Le colonel Dambourgès [microforme]Chapitre 10 sur 13 · RE RS · texte numérisé non relu

RE RS

PS

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en certain cercles qu’il ne pourrait pas réussir, qu'il présumait trop de ses iorces. “ Mon dévouement est devenu suspect, ” disait le eapitaine Dambourgès au gouverneur, ‘“ depuis que j'ai montré de l'indépendance au Parlement. Mais que les masques tombent, et l’on verra si je puis encore remplir mon devoir, et si je sais porter l'épée.

D'ailleurs, pour un certain nombre, peu importe; car, si j'accepte l'offre du gouvernement, on dira que je suis animé de motifs intéressés; si je refuse, on ne manquera pas de m’accuser de déloyauté. Avec de pareils gens, il n'ya guère de nobles actions possibles ; à

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ere

leur école on ne ferait que des làches et des hypocrites. ”

# Voilà qui vous fait voir, disait un ami de Dambourgès, après avoir entendu son langage, que les espions sont partout les mêmes, gens aangereux et nuisibles. Avec cette tourbe de taquins perfides et jaloux, il n'y a guères de belles actions possibles, puisque toute démarche, tout sentiment, tout noble élan de l’âme est par eux travesti, et par eux empoisonné.”

Le régiment étant formé, le lieutenant-colonel Joseph de Longueuil fut

nommé commandant de ce corps, qui

fut ur pelé “ les Foioutaires Canadiens,

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es nn

Sur ses drapeaux on lisait : “ TRY us.”

M. Louis de Salaberry fut fait major.

On y remarquait les capitaines de Bleury, Vassal de Monviel, Louvigny de Montigny, J. B. D'Estimauville, Maurice de Salaberry, frère du héros de Châteauguay, et quelques autres illustrations de l'époque. Les Cans diens s'étaient cotisés entre eux, potu aider, de leur tribut volontaire, la Grande-Bretagne à soutenir les dépenses de la guerre que lui faisaient les démagogues français. Connaissant la pénurie du trésor, ces braves ne s'étaient pas contentës de prêter leurs

noms, d'employer leur influence, pour

Damborrgès 145 he enanenetenne cmmmemommnet

encourager la formation du régiment,

et d’y entrer eux-mêmes comme offciers ou comme soldats: mais ils avaient employé leurs revenus, et tout ce qu'ils avaient pu épargner sur leurs ressources, comparativement modiques, pour couvrir lés dépenses et les fraïs d'équipement, d’ornementation, etc. On dit que le colonel de Longueuil soutint, à ses propres frais, ce régiment, pendant un temps cousidérable quand les souscriptions prélevées ailleurs furent épuisées. Il fit ainsi des sacrifices immenses. Il prit même sur son

avenir, pour maintenir ce corps qu’il

désignait fièrement comme une preuve

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de la valeur martiale des Canadiens, et comme le résultat de ‘eurs sacrifices pour le service dusouverain. Ce régiment passa successivement deux ans à Montréal, deux ans à Sorel, et deux

ans à Québec, où il fut licencié. Il

était encore alors éomposé de six cents

hommes.

Pendant qu’il était dans ce corps, A.

Dambourgès reçut une commission de capitaine des Grenadiers. Toutes ces occupations et ces devoirs l'avaient ravi, encore une fois, aux saintes affections du foyer domestique; et, pendant tout :2 temps, il porta noblement

l'épée que son souveraiii sui avait con-

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{'e. Généreux et désintéressé, M.

Dambourgès s’imposa bien des sacrifices pour soutenir la belle compagnie à la tête de laquelle il était placé, et qui servait à démontrer le zèle des Canadiens. Des militaires distingués l'en complimentèrent bien des fois, et le dûs de Kent lui-même, aux jours de parade, avait toujours un mot gracieux à l'adresse du capitaine des Grenadiers.

Faut-il le dire ? tant de dévouement et de sacrifices ne furent pas reconnus comme ils devaient l'être! Les autorités, peu en état d'apprécier les sacri-

fices que les officiers s’imposweit tous

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les jours pour le maintien de leur corps si bien équipé, si bien discipliné, sous un ciel si rude, en parlèrent assez défavorablement Les opinions, qu’on ne prit guères soin de pallier, transpirèrent peu à peu et jetèrent le découragement dans les rangs de ces Lommes si courageux. Le duc de Portland, alors ministre d'état, écrivait, le 6 janvier, 1801, au lieutenant-gouverneur, Sir Robert Shore Milnes, alors à Whitehall : |

“ Mais avant d'aller plus loin, je ne puis m'empêcher de vous dire combien je suis surpris de voir que l'éta-

blissement d'un bataillon canadien

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dans le Bas-Canada, dont l’objet prin-

s cipal avait été de faire sortir les gen- ”. tilshommes canadiens de leurs habis tudes indolentes et inactives en les + attachant au service du roi, ait si peu à réussi.” !

ï Si c'étaient là les récompenses que 1 les Canadiens devaient retirer de leurs

ravaux et de leurs sacrifices, on doit avouer qu’elles étaient peu propres à res exciter à en entreprendre de nouveaux. C'était peut-être le but que l'on

1 But before I proceed further, I cannot help expressing to gou my surprise that the establishment of the Canadian bataillon in Lower Canada, the principal object of which was to draw the Canadian gentlemen from their indolent and inactive habits and attach them to the King's services should have met with no greater success.

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en attendait, afin de mieux les calom:nier ensuite.

Les actes et la vie de cet homme si actif et si généreux sont l'argument le plus décisif que l’on puisse apporter, pour prouver qu'avec de la droiture et de la persévérance, un citoyen peut atteindre à la célébrité, et se faire un nom, n'importe sous quels cieux la Providence l'ait dirigé. De sa modeste condition, cet ami des Canadiens, après s'être identifié avec eux, s'estélevé par degrés, au rôle de législateur, et a mérité les plus belles distinctions civiques et militaires chez un peuple étranger

Et, ce qui est encore plus honorable à

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sa mémoire, ces récompenses accor-

dées à son mérite, il les obtint du représentant du chef d'une nation rivale, et à laquelle le nom de Français était plus propre à inspirer de l’aversion et de la haine, qu’à lui ménager de si éblouissantes faveurs et des attentions “aussi marquées.

Quelques années plus tard, M. Dam.

bourgès, qui était propre à tout, fut appelé par le gouvernement à concourir à l'exécution de divers projets d’un intérêt général et à surveiller

quelques travaux publics.: Ilse montra,

1 Sous les ordres du gouverneur Haldimand, le lieutenant. colonel Dambourgès dirigea les travaux du chemin du Pore fage, entre Saint-André et le Lac Témiscouata, en 1783.

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dans ces nouveaux emplois, ce qu'il avait toujours été, impartial, probe et parfaitement désintéressé. Il résista aux influences de la séduction ia plus autoriséeenapparence, parce qu'il avait à cœur les idées les plus conformes aux vrais intérêts populaires. Il sut se défendre, là aussi, des intrigues des ambitieux, du contact des ultra-royalistes qu’il savait apprécier, comme il s'était débarrassé des piégesquecesmercenaires perfides lui avaient tendus. Il avait appris à les connaître ces hommes serviles, et quand l’occasion s’en présentait, il ne les épargnait pas. On sait

qu'il lui arriva, ct plus d’une fois, de les

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flétrir avec les accents les plus énergiques. Heureusement, le nombre n’en était pas considérable.

À cette époque glorieuse, mais dificile, les Canadiens ne comptèrent que peu de transfuges. Les jalousies et les haines qui s'étaient liguées contre notre langue et nos institutions, avaient beau s’agiter, elles ne réussissaient à faire que du bruit. Malgré leurs tentatives si souvent renouvelées, bien peu d'enfants du 50: dans le grand nombre, abdiquèrent &ur qualité pour se faire les associés d’une politique impure. Malgré les séduisantes pro-

messes qu'on faisait à nos compatriotes,

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bien peu se laissèrent tenter et devinrent les complices d'une cabale qui préparait encore, et avec une ardeur qui ne se ralentissait pas, les moyens de rous anéantir. Aussi, parmi les adversaires de leurs institutions, les Canadiens ne comptaient-ils que bien peu des leurs et les chefs de ce parti n’en étaient que plus fiers, que plus ardents à la lutte |

C'est de «.. 2 époque même, que date l'idée de l'union des Canadas et des colonies (lettre dun juge ***% au duc de Kent.) Ce projet était dès lors proclamé avec joie et caressé par nos

adversaires, qui y voyaient déjà, di-

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saient-ils, la ruine d'un peuple qui avait, à leurs yeux, le tort incalculable d'être Catholique et Français. Les Canadiens, qui voyaient la division des deux Provinces fraîchement établie, et qui croyaient à la gravité des mesures du gouvernement, souriaient avec ironie à ces malicieux efforts. En effet, les utopistes moururent les uns après les autres, sans avoir pu compter aucun succès. Mais cette réxistance, ces luttes contre l'oppression, ne furent pas sans gloire pour les députés

du temps. Les sacriléges tentatives des envahisseurs de nos droits et de

nos priviléges constitutionnels virent

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presque toujours leur œuvre tourner contre eux-mêmes. Leurs efforts, disons mieux, les atteintes multipliées qu’ils portèrent aux institutions, aux usages et aux lois que nos pères avaient reçus de leurs ayeux, et auxquels ils avaient gardé la plus constante et la plus généreuse affection, tournèrent toujours à leur honte. Nos prémiers représentants engagèrént résolument la lutte, et la soutinrent avec ardeur ; et leurs enfants aiment à citer leurs noms . et à s'inspirer de leur souvenir. Leurs exemples encouragent encore aujour-

d’'hui les nobles citoyens, que la con-

fiance publique a placés sur la brèche,

ane pour la défense et la protection de nos

droits. C'est vers eux que se tournent les regards de ceux qui se dévouent

au service de la cause publique, et qui

ont connu les jours critiques et nébu-

leux qu'a traversés notre jeune pays

Le colonel Dambourgès avait une pose fière, une haute taille, un front noble et serein Ce brave et brillant

soldat plut au Prince Edouard, surtout

par son grand amour pour la disci-

pline militaire, par le bon ordre qui.

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présidait d'ordinaire à ses arrange-

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ments, et, enfin, par les belles qualités dont il avait fait preuve à la tête des compagnies qu'on lui avait confiées.

Son Altesse Royale, qui l’appelait souvent dans son intimité, le désignait sous le nom de capitaine Balafré, car, à la mémorable journée du Sault-au- Matelot, il avait reçu à la figure un coup de baïonnette ou de sabre qui lui avait fait une cicatrice. Cette glorieuse . blessure donnait à sa noble figure, déjà grave et sévère, un air encore plus énergique et plus martial.

Le duc de Kent, qui avait aussi pour lui une grande estime et beaucoup de

respect, l’appelait, tantôt, l'inventeur

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de la baïonnette, (parce qu'il était des environs de Bayonne), tantôt, le compagnon de Henri IV, qui était aussi Béarnais. On comprend que toutes ces désignations, et autres apostilles de ce genre, entourées d'allusions gracieuses, étaient bien flatteuses pour le héros qui en était l'objet, etne contribuèrent pas peu à l’élever en considération parmi ses concitoyens, comme aussi, par contre, à exciter la bile des hommes jaloux et ombrageux qui ne se sentent jamais à l'aise devant le vrai mérite, Le régiment le Royal Canadien, comme on disait alors, (Royal Canadian

Volunteers) syant reçu ordre, dans le

printemps, de partir pour Montréal, le colonel Dambourgès dût se décider à

le suivre. Mais ne voulant pas se sé-

parer de sa famille, et pour concilier

ses affections avec ce que le devoir exigeait,, il se décida à l'emmener

avec lui. C'est là qu’il tomba malade,

dans l'automne de 1798. Une pleurésie

des plus violentes mina en peu de

jours son tempérament si vigoureux. il souffrit son mal avec la résignation et le

courage qu'il avait toujours montrés.

Sur sa couche funèbre, que lui restait-

il pour le consoler des déceptions de la

vie ? Il n’en avait connu les jouisances

qu'en les achetant bien cher ; mais sa

Dambourgès 161 a ne NS PE OL I EVE foi, sa grande foi le consolait. Le ciel, lui répétait-on, est pour le soldat qui défend sa patrie et ses concitoyens contre une injuste agression.

Il écrivit à ses amis de France, pour leur annoncer sa mort prochaine, et pour leur exprimer combien il regrettait de mourir loin d'eux et de ne pouvoir leur donner un dernier adieu.

Il reconnut alors, mais trop tard, qu'il n'avait pas assez songé aux intérêts de sa famille, à laquelle il ne laissait qu'un nom honorable et une réputation méritée. Cependant, rassuré parses amis, confiant dans la sollicitude du gouvernement pour lequel il avait travaillé

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toute sa vie, il espérait que sa vertueuse femme et ses cinq enfants trouveraient, dans leur appui et leur dévouement, des moyens d'existence qu'il n’était plus en état de leur procurer.

C’est dans ces légitimes pensées et ces réflexions qu'il quitta la vie, entouré de ses nombreux amis désolés de cette fin juattendue. Il mourut, à Montréal, le 18 décembre 1798, et fut inhumé, le 15 du même mois, dans l’église paroissiale, sous la voûte de la chapelle Saint-Amable, par M. LeSaulnier, curé d'office, au milieu d'un grand concours de citoyens de toutes les classes, jaloux d'accorder cette marque de

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respect à un homme qui avait donné, pendant sa vie, l'exemple de tant de vertus. L’aumônier du régiment, M.

François Duval, était présent à l’inhumatio#. Son corps fut relevé, en 1830, et transporté dans la nouvelle église paroissiale de Notre-Dame.

Nous en reproduisons l'acte de sépulture :

“Le quinze décembre, mil sept cent quatre-vingt-dix-huit, par moi prêtre soussigné, a été inhumé dans la voûte de Saint- Amable, le corps de François Dambourgès, . Capitaine des Grenadiers du ler bataillon du

régiment royal des Volontaires Canadiens,

décédé, d'avant hier, âgé de cinquante-six

Re

de panereerrmpeeene mens a à à éminents mms sr — Borde ire vo cet has # de

164 Dambourgès

un

ans. Ont été présents : M. Duval, prêtre, et les sieurs Poitras et Roy, chantres, soussignés.

“ Duval, ptre. etaumônier du 2nd. bat.

du R. V. C.

“ Michel Roy, Pierre Poitra et LEeSAULNIER, pire.”

M. Dambourgès avait cinquante-six ans lors de son décès. Il mourait pauvre, et, comme nous l'avons dit déjà, sans rien laisser à sa veuve. Elle lui était sincèrement attachée et respectait hautement son nom. Toujours elle se rappela pieusement ses derniers instants ; et, dans sa douleur, elle ne s’ap-

pliquait pas seulement à prouver par

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sesdernières paroles qu'il était mort en bon soldat, mais aussi en vrai chrétien.

Celle-ci, pleine de résignation à la volonté de Dieu, se soumit sans mur.

mures aux décrets de la Providence, comptant sur la parole de celui qui a dit qu’il nourrissait les oiseaux du ciel, et qu'il ne délaisserait pas les enfants des hommes. Elle avait assisté aux derniers moments de son époux avec le calme d’une vraie chrétienne et lui avait prodigué les soins et les remèdes que réclamait son triste état. Leurs adieux furent touchants, et impressionnèrent vivement tous ceux qui assistaient à cette lente agonie d’un soldat-

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