SCÈNE XI
ROSINSKI, LA COMTESSE.
LA Cf)I\ITESSE.
Arrêtez , mausieur de Rosinski.
ROSINSKI.
Madame,..
LA COMTESSE
Je conçois que ma présence doit -vous embarrasser: je conçois que vous n'osiez pas lever les yeux sur une femme que vous accablez si indignement. Je suis bien aise de vous convaincre que le motif qui vous fait agir ainsi, n'est pas tellement cacljé dans le fond de votre cœur, que je no puisse l'v aller chercber, pour le montrer au monde qui ne vous connaît pas encore tout entier.
ROSINSKI.
Que voulez-vous dire, madame?
LA COMTESSE
Oui, je devine maintenant toute la perfidie de votre ame ; jadis vous avez aspiré à ma main que votre réputation devait vous faire refuser. Insensée que j'étais d'avoir pu croire un moment à votre conversion ! votre orgueil n a pu supporter un tel outrage; mais votre vengeance ne devait pas être ordinaire, et vous avez attendu, pour lever le masque, l'instant où Iç coup que vous deviez me porter fer.iit une blessure plus profonde.
Que dites-vous , madame la comtesse ?
LA COMTESSE
Colonel, vous ne pouvez plus me tromper (£'//e va pour sortir ; Rosùiski la retient. )
ROSINSKI.
M.idame, écoutez-moi j'eus des torts , bien grands sans
doute, envers votre sexcj je les reconnais, je m'en accuse j vous m'accablez du poids de votre indignation , et cependant de toutes les femmes . vous êtes la seule qui n'ayez aucun droit de me faire des reproches.
LA COMTESSE
Qu'osez-vous dire, monsieur? Lorsqu'à l'instant même
ROSINSKI.
Faites-moi la grâce de mentendre ; Alfred est mon meilleur ami ; son bonheur fut toujours le plus cher de mes désirs , et tels étaient les sentlmens d'admiration et de respect que vous m'aviez inspirés , que je ne crus pas pouvoir mieux assurer sa féUcité qu'eu l'unissant à vous. Ce mariage fut arrêté, il allait être célébré , lorsqu'une barrière insurmontable est venue s'élever entre vous.
LA COMTESSE , açec douleur.
Insurmontable! ...
ROSINSKI.
* Oui , madame, et jugez si ma confiance, si mon estime pour vous sont grandes , puisque je ne balance pas un seul instant à faire connaître cet obstacle à la délicatesse comme à la iustlce de votre cœur.
LA COMTESSE
Parlez.
ROSINSKI.
Cette jeuue fille qui adorait Alirecl, et dont j eus l'art de le détacher
LA COMTESSE
Eh bien I
ROSINSKT, Elle était vertueuse ; je ne la connaissais pas. . . je la calomniai auprès d'Alfred; et, dans ma coupable légèreté, j'employai tout pour la perdre ; elle était mère , sa raison s'égara , son enfant disparut , et cet enlant , dont l'existence devait avoir tant d'influence sur la mienne... est Gustave!
LA COMTESSE
Que me dites'-vous?
ROSINSKI.
Tous deiix, victimes de mon inconséquence, doivent s'attendre de ma part à la réparation la plus éclatante. Je les ai amenés; ils sont là, dans ce pavillou : Eudoxie , son (ils dans ses bras , vient réclamer des droits qu'Alfred lui avait assurés , et qu'un hymen l'ormé par moi allait détruire. Jugez-moi. madame; en revenant à la vertu , j'ai du me déclarer le défenseur d'une femme injustement opprinïée. Il me fallait briser votre cœur, il est vrai; mais niun:en.int que vous connaissez la vérité, répondez; pouvez-vous me condamn|er encore?
{,X C03ITESSE.
Et j'ai pu le blâmer un instant !.. mon cher comte... Eudoxie est, dites-vous, en ces lieux?., conduisez -moi vers elle...
ROSINSKE.
Que voulez-vous faire ?. .
LA COMTESSE. Vous..... allez chercher Aliic-ti.
ROSINSKI.
Cela es l inutile; il va revenir, (^à pajt) Comment lui cacher... Ciel! Stanislas!