SCÈNE IV
ROSmSRI, STANISLAS.
ROSINSKI.
Ah ca , maintenant que nous voilà seuls , tu vas, j'espère , me dire ce que tu as appris sur le compte de la belle inconnue qui habile ce pavillon isolé ?
STANISLAS
Comment, mon colonel? arrivé d'hier à votre terre, où Totre régiment est en cantonnement , vous occuperiez-voos déjà .....
ROSINSKI.
Allons , ne vas-tu pas encore me prêter de mauvaises intentions ?
STANISLAS
C'est que je vous connais , mon colonel.
ROSINSKI, riant.
C'est vrai que tu m'as vu faire de bons tours .
STANISLAS
Oui, des tours. .... des actions.
ROSINSKI, séçèrement.
Stanislas î
Mobsieur de Rosinski , mes longs services , le bonheur que
■^'eus de vous sauver la vie dans cette fameuse bataille , sur les l)ords du INieuien , lu'out donné le droit de Vous parler avec franchise , et , malgré les principes que vous avez adoptés , je vous crois trop juste pour ne pas avouer que jamais mal à propos je n'ai pris la parole.
ROSINSKI.
Pardon , mon vieil ami, tu as raison ; js suis uu peu mauvais
sujet;.... mais, aujourd'hui oli! assurément, tu te
trompes. A peine arrivé au château , l'éloge d'une femme qui,
dit-on , est folle par amour , est dans toutes les bouches
on la dit jeune , aimable , autant que belle Cette infortunée vit très-retirée Quoi de plus naturel que de s'intéresser au sort d'une femme charmante et malheureuse? Elle est venue s'établir sur mes domaines retiens bien cela, Stanislas; il est du devoir d'uji homme généreux, de chercher toujours à secourir ses semblables; et si je veu\ adoiu^ir les maux de celte jeune victime du sort, c'est pour remplir cette loi qui doit être gravée dans tous les cœurs.
STANISLAS , à part.
■ Dieu le veuille !
ROSINSKI.
Eh bien ! ces renseignemens ?
STANISLAS
Ma foi, mon colonel, j'ai vu la vieille gouvernantPj je lui ai dit que M. de Rosinski , propriétaire de ce domaine , désirait
lui parler : à votre nom, elle a paru un peu saisie et cela
m'a semblé naturel, c'est une femme.
ROSINSKI , iiupaiiejité.
Enfin !
STANISLAS
Enfin , comme j'ai craint de vous rapporter ses réponses tout de travers , je lui ai dit de a'ous parler. Elle-même vient
en ces lieux , la voilà je vous laisse, et vais voir si les
ihussards observent bien la discipline.
i^Il entre dans la tente en haussant les épaules^