‹ Le colonel de SurvilleChapitre 6 sur 12 · VU · texte numérisé non relu

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PlliUKE UERBIN.

Pierre Hci'bin avait cinquante ans environ, une tête énorme recouverte d'une forêt de cheveux presque blancs , touffus et hérissés ; d'épais sourcils noirs couvraient à moitié ses petits yeux d'un bleu pâle. Sa figure hâve et terreuse disparaissait presque sous une barbe grise , courte et drue , qui n'avait pas été rasée depuis plusieurs jours.

Ses traits étaient sinistres , durs ; sa lèvre supérieure , fendue en partie comme le colonel

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l'avait écrit à Boisseau , rendait sa physionomie plus repoussante encore.

Dès que la bougie fut allumée , Pierre Herbin alla fermer la porte à double tour , pendant qu'Herman lisait avec anxiété la lettre de Raoul, dont il s'était emparée.

Boisseau , saisi de terreur, s'écria : — C'est un abominable guet-apens! Je vous somme de m'ouvrir cette porte ; vous n'avez pas le droit de me retenir ici !

Sans lui répondre, Pierre Herbin alla en boitant près d'Herman , appuya sa hideuse figure sur l'épaule du jeune homme , et lut avec lui la lettre de Raoul, en souriant de temps à autre d'un air farouche.

— Wilhelmine Butler! s'écria-t-il après avoir parcouru quelques lignes, en frappant du pied avec rage... il répéta : Wilhelmine Butler ! Comment a t-il pu la découvrir? Mort et damnation , je t'avais bien dit qu'il ne fallait pas écrire.

— Eh! s'écria Herman , ne le fallait-il pas?... pour... Et il dit un mot à l'oreille de Pierre Herbin.

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— Alors , s'écria celui-ci , ou convient iruii chiifre.

— On ne peut pas pensera tout... et surtout prévoir l'impossible , dit Herman avec impatience. Qui aurait jamais pensé que cet infernal colonel irait découvrir cette femme inconnue , cachée dans le plus obscur faubourg de Vienne? C'est une i'alalilé... un hasard inexplicable, dont je douterais sans cette lettre maudite, ajouta-t-il en frappant du pied avec rage.

Depuis le commencement de cette scène , les traits d'Herman semblaient complètement métamorphosés ; sa physionomie , ordinairement si ingénue, avait une expression dure etsardonique, et ses mains , presque toujours crispées , témoignaient de la violence de ses ressentiments.

Anacharsis Boisseau était toujours près de la porte qu'il essayait d'ouvrir; ne pouvant y réussir, il frappa de toutes ses forces et cria au secours !

Soit que les deux hôtes de cette maison isolée fussent assurés de la complicité du portier, soit qu'ils fussent certains qu'il ne pouvait pas enlendie les cris d'Anacharsis , ils ne firent auounr

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altenlion à ses clameurs et continuèrent à lire.

— Ah! voici qui me regarde, dit Pierre Herbin en arrivant au passage qui le concernait, tout y est jusqu'au signalement, on dirait un rapport de préfet de police.

— Monsieur, messieurs ! ! s'écria Boisseau , qui , voyant Tinulilité de ses tentatives pour sortir de ce guêpier, commençait à être sérieusement alarmé , au nom de la loi , je vous somme de m'ouvrir celte porte. .. je vous promets, à ce prix, de ne pas dire un mot de cette indigne violence !

Herman et Pierre Herbin se regardèrent en silence , après avoir lu la lettre.

— Avant tout, dit Pierre Herbin, en faisant un geste significatif et en désignant Boisseau, qui était derrière lui , il faut d'abord nous débarrasser de celui-là.

— Monsieur ! ! messieurs î s'écria Anacharsis. . . je proteste... je déclare... c'est une indignité... Je suis venu chez monsieur en toute confiance. M. le colonel de Surville a bien voulu user de ménagement. Voulez-vous l'en faire repentir?

— Il n'y a pas à balancer, dit Herman , sans

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paraître écouter Boisseau ; lui seul peut tout perdre , tout dévoiler.

Et ces lettres à Tempereur , à la princesse de Montlaui! dit Pierre Uerbin.

— Nous le fouillerons après, ... dit froidement Herman.

-— Comment, après? s'écria Anacharsis.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Ah çà , mais que comptez-vous donc me faire avant ?

— Ce que nous comptons le faire , monsieur Tambassadeur, dit Pierre Herbin , en s'avançant lentement vers Boisseau d'un air farouche , nous comptons te mettre dans l'impossibilité de parler et de nous nuire , quoique nous ne soyons pas des misérables , comme le prétend ton ami Surville.

— Malheureux! voudriez-vous m'assassiner?

s'écria Boisseau , en joignant les mains avec terreur.

Pierre Herbin et Herman échangèrent un regard d'intelligence.

— Vous n'oseriez pas commettre un crime si abominable , répéta Boisseau en pâlissant.

— (-'est selon , dit Pierre Herbin , pendant

qu'Herman semblait relire avec une attention dévorante [la lettre du colonel , et profondément réfléchir à quelques passages.

— Où sont d'abord les autres lettres que ce muscadin decolonel t'a envoyées? reprit Pierre Herbin.

— Vous pouvez me fouiller, je ne les ai pas; elles sont restées chez le colonel... rue de la Victoire.

— Ah ! elles sont restées rue de la Victoire... sans doute... sous la garde de ce Glapisson , que tu dois détacher à mes trousses pour m'espionner.

— Elles sont dans mon secrétaire, dont voici la clef...

Pierre Herbin s'approcha d'Herman , lui dit quelques mois à Toreille. Celui-ci fit un signe d'approbation , mit sur une table du papier , de l'encre , une bougie , et se promena de long en large d'un air agité.

Pierre Herbin s'approcha de Boisseau , et , lui serrant le poignet comme dans un étau, il lui dit : Assieds-toi à cette table et écris...

— Mais...

— Ah! pas de mais... mille tonnerres... je ne les aime pas...

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— Mais que dois-je écrire , encore ?...

— Écris à ce Glapisson que lu lui envoies la clef (le ton secrétaire , et de venir l'apporter ici lui-même les deux lettres que le colonel l'a adressées, Tune pour la princesse de Montlaur, l'autre pour l'empereur.

— Attirer ce brave homme dans un piège pareil... le faire assassiner peut-être, s'écria résolument Boisseau , dussé-je périr mille fois, jamais ! jamais !

— Ah! tu refuses, dit sourdement Pierre Herbin , et il passa devant les yeux d'Anacharsis la lame aiguë du poignard d'Herman. Regarde bien ceci... Touche celle pointe... écris, ou lu es mort !

Sans avoir un grand courage , Anacharsis Boisseau était incapable de faire un infamie par lâcheté; malgré sa terreur, il aurait tout bravé plutôt quede compromettre davantage les intérêts que le colonel lui avait confiés.

Heureusement , l'ex-diplomate fut subitement éclairé par une idée lumineuse , par une réilexion pleine de bon sens.

Au grand élonnement de Pierre Herbin , qui

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brandissiùt toujours son poignard d'un air lerrible, Boisseau parut se rassurer peu à peu , se renversa sur le dossier de sa chaise , croisa ses mains sur son ventre , fit tourner ses pouces , regarda Pierre Herbin en face, et lui dit en haussant les épaules :

— Laissez donc là votre poignard... vous ne me faites pas peur... vous n'oseriez pas m'assassiner. Mon fiacre est en bas ; un de mes gens Ta <;té chercher. Ne me voyant pas revenir, tout à rheure le cocher frappera ici. Que lui direz-vous ? Que je le renvoie? Bon ! Mais mes gens , inquiets de moi , ne me voyant pas revenir , iront faire leur déposition à la police ; on retrouvera facilement le fiacre qui m'a amené ici , il indiquera cette maison... Vous serez arrêtés. Aussi , maintenant , je me moque de vos menaces c<3mme de ça , et Anacharsis fit bravement claquer son pouce.

Cette observation sembla faire quelqu'eifet sur les deux complices.

— Allons... allons , dit Pierre Herbin , tu n'es pas trop bête pour ton âge. Tu nous donnes une idée, tu n'as rien à craindre pour ta vie... sois tranquille... nous te croyions plus poltron que tu

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