‹ Le colonel Roquebrune; drame en 5 actes et 6 tableauxChapitre 115 sur 129 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

trahison, ne songeait, malgré tout, qu'à vous défendre et à vous venger, si aveuglée que vous soyez, hésiteriez-vous encore"? L'un fut votre amant chéri, l'autre était votre ami sincère... Vous pleurez le coupable, vous maudissez l'innocent. Quand, au moment de mourir, et prêt à pardonner, il vous tend la main, vous le repoussez avec des paroles de haine! Est-co juste, Émilienne, est-ce juste? Dites-le, à présent que vous en pouvez juger!

émilienne, après un silence, lentement, se découvrant le visage.

Non! Ce n'est pas juste, c'est cruel et c'est coupable. Ah! cent fois plus que vous ne pouvez le supposer...

Qu'y a-t-il donc de plus?

ÉMILIENNE

Il y a qu'affolée par le désespoir et la colère, j'ai voulu me venger de vous et que tout ce qui vous est arrivé de mal : les dangers que vous avez courus, la mort qui vous menace, c'est moi qui en suis cause, qui l'ai préparé, ordonné.

Vous? Et comment?

ÉMILIENNE

Ce comte de Moigneville, que vous avez vu. et qui est si redoutable par ses influences secrètes, a été l'agent de ma rancune. C'est moi qui l'ai lancé contre, vous, et votre arrestation, votre jugement, tout cela combiné par lui, l'a été par ma volonté...

ROQUEBRUNE, avec plus de pitié que de colère. Malheureuse!... Mais quelle action avez-vous sur cet homme? Qui le met ainsi en votre dépendance? É.M ILIENNE, avec dégoût.

Il m'aime!

Il vous aime! Et il me tue! Que lui avez-vous donc promis, pour qu'il se fasse votre exécuteur?...

ÊMILIBNNE.

Ma main... ma vie! Dans la rage qui me transportait, j'aurais tout donné... J'étais folle!

Ainsi, pour venger l'un, vous vous promettiez à l'autre, et tout cela contre moi!

ÉM1LIENNE.

Je ne savais pas ce que je faisais !

Si, vous le saviez. Vous vouliez me réduire à la plus dure extrémité du malheur! Eh bien! vous avez réussi! Après m' avoir forcé à maudire la vie, tant vous me la rendiez affreuse, vous avez voulu m'empêcher de trouver dans la mort un repos et une délivrance. Vous êtes venue troubler mes derniers instants, insulter à mon agonie... Et moi, tout à l'heure, calme et résigné, à présent je suis révolté et furieux! Voilà votre oeuvre! Triomphezen! Elle en vaut la peine!

Il va tomber, accablé, sur le lit de camp, la tête dans ses mains.

ÉMILIENNE

Mais le mal que j'ai fait, peut-être est-H encore temps de le réparer.

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