ACTE CINQUIÈME
Détrompez-vous. Vous avez eu la puissance de me perdre... Mais vous n'aurez pas celle de me sauver. D'ailleurs, je n'y consentirais pas. Vous avez fait de moi le plus malheureux des êtres. Sur la terre, je n'aurais plus qu'à souffrir. Tout est fini, laissez-moi, partez ! adieu.
ÉMILIENNE
Oh! non; que deviendrais-je moi-même, avec un pareil remords :?
Vous souffrirez, vous pleurerez, vous prierez.
ÉMILIENNE
Et toujours, devant les yeux, j'aurai la vision atroce de votre mort? Non! Non! Ayez pitié de moi... (a genoux près de lui.) pardonnez-moi... Vous le vouliez tout à l'heure.
ROQUEBRUNE. la repoussant.
A présent, sachant ce que je sais? Jamais! ÉMILIENNE, comme égarée, se relevant.
Jamais! Alors vous avez raison, mon crime est irréparable... Rien ne pourra faire que cette infamie ne s'accomplisse... Vous me refusez le droit d'essayer de vous sauver la vie. (Avec une reprise d'énergie.) Mais les autres? Les autres, qui sont perdus avec vous, ne peut-on essayer de les arracher à la mort?
Les autres! Quels autres?
ÉMILIENNE
Vos amis, vos compagnons d'armes, c^.ux aue
vous avez convoqué?, rassemblés, ceux qui n'attendent qu'un signal, donné par vous, pour marcher. ROQUEBRUNE, la pressant.
Un signal! Eh bien?
ÉMILIENNE
Attendez, que je me souvienne... Un bouquet blanc, oui... un bouquet... C'est bien cola...
ROQUEBRUNt-:.
Qui a surpris ce secret?
ÉMILIENNE
Et il s'en est servi?
ÉMILIENNE
Oui, il me l'a dit ce matin... Et le lieu de rassemblement et le nom de l'homme chez qui on doit se retrouver.
ROQUEBRUNE, avec désespoir.
De sorte que ces braves, confiants en ma parole, croyant se rendre à mon appel, vont se jeter dans un piège, et qu'à L'Iisure où je tomberai sous les balles, eux-mêmes...
ÉMILIENNE
Massacrés, oui !
Et ils ne me verront pas à leur tête, et ils pourront croire que je les ai abandonnés... qui sait?... livrés peut-être !
ÉMILIENNE
Oui, oui.