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ACTRICES DANS LE MÊME CAS

Mesdemoiselles

Gauthier (4), non l'épouse de Drouin, mais une actrice qui vient de mourir à Lyon, après avoir porté pendant 33 ans la

(i) Marc-Antoine Legrand né à Paris, le 3o janvier 1673, mort le 7 janvier 1728. Il débuta le 21 mars 1702 et fut reçu le 18 octobre suivant.

(2) Petit-fils de Michel Baron, qui fit partie de la troupe de Molière, il débuta le 8 juillet 17A1.

(3) Anne-Pauline du Mont de Lavoye.

(4) Marie-Jeanne Gauthier, née à Paris en 1692, morte, le 9 avril 1757, aux Carmélites de Lyon. Elle débuta au Théâtre-Français le 9 sept. 1716 et quitta la scène en 1722. Voyez sur cette actrice l'intéressant ouvrage de Mlle Cœcilia Vellini : Comédienne et Carmélite. Paris, Charles, s. d., in-8°.

robe de Carmélite déchaussée; comme elle s'étoit retirée avec la pension, elle l'a touchée jusqu'à sa mort; mais, émule d'une religieuse du môme ordre, connue sous le nom de Sœur Louise de la Miséricorde (la Duchesse de la Vallière), elle rendoit à la vertu les bienfaits qu'elle avoit acquis par le crime : ce sont ses termes ; la Sœur Gautier prenoit par année 24 livres sur les 1000 qu'elle touchoit, et le surplus, pendant 33 ans, a été versé dans le sein des malheureux.

MUe Beaumenard (i), retirée sans pension, pour afficher la tendresse en s'attachant avec obstination à un homme de nom qu'elle n'aimoit pas; ayant repris depuis le train de son état mariée à Bellecour, comme nous l'avons dit et rentrée enfin au théâtre, où elle a joué avec beaucoup de gaieté les rôles de Zerbinette dans les Fourberies de Scapin et de Nicole dans le Bourgeois gentilhomme. Son mari a donné une comédie il y a trois mois, sous le titre des Fausses apparences, qui a eu quelques succès.

M^e Brillant (2), retirée sans scandale et sans pension; elle est aujourd'hui dame de paroisse, s'attache, depuis la publication du Colporteur, k édifier gratis ceux qu'elle a scandalisés pour leur argent.

(1) Épouse du comédien Bellecour. Voyez nos notes des pages 71, 7G et 201. {:>) Voyez sur cette actrice le texte du Colporteur et notre note de la page 11 G.

Théâtre Italien.

Mario Baletti (i), joue depuis 46 ans sur ce théâtre, et depuis cinq années seulement il a quitté les rôles de jeunes amoureux qu'il jouoit, comme on peut le faire à soixante-dix ans ; ce trait me rappelle une anecdote du fameux Baron, qui représentant à près de 80 ans Rodrigue, dans le Cid, se jettoit aux pieds de Chimène encore assez lestement, mais il falloit que deux garçons de théâtre le ramassassent; Chimène avoit beau lui dire de se lever, la durée de son respect étoit forcée, et il ne dépendoit pas de lui d'obéir à sa maîtresse.

Dehesse (2), né à la Haye d'un Prince (dit la chronique) de la maison de Hesse, représente les comiques et les paysans sur le théâtre de Paris depuis 28 ans ; il a beaucoup de talens et avant que No verre parût, il avoit la réputation du plus grand maître de ballets de l'Europe.

Ciavarelli (3), Sicilien, joue depuis 22 ans les rôles de Scapin, c'est ce qu'en Italie on nomme Briguel; personne n'a une physionomie de scélérat aussi marquée, et personne n'est plus honnête homme; pieux sans hypocrisie, compatissant sans ostentation, tout étonne dans ce Sicilien, et j'ose dire qu'il fait beaucoup d'honneur à son état.

(1) Antoine-Joseph-Jean-Gaëtan-Maximilien dit Mario Balelli, né à Munich vers 1692, mort à Paris en 1762. Il vint en France avec la troupe italienne de Louis Riccoboni et joua les seconds amoureux de 171G jusqu'à 1757. Il avait épousé, en 1720, une de ses camarades, Jeanne-Rose Benozzi, dite Silvia.

(2) Jean-Baptiste-François Dehesse, né à La Haye en sept. 1705, mort le 22 mai 1799. Il avait débuté le 2 déc. 1734.

(3) Alexandre-Louis Ciavarelli, né vers 1702 à Naples. Il débuta aux Italiens le 2 sep. 1739 et pendant trente ans joua avec succès le rôle de Scapin. Il quitta le théâtre en 1769 et mourut le 12 juin 1774, laissant, en dépit des méchants propos de Grimm, le souvenir d'un parfait honnête homme.

Rochard (i) est de Paris; il quitta, en 1740, le barreau où il avoit une charge de substitut du Procureur-Général, et la sacrifia par inconduite au théâtre; il joue depuis ce tems tous les rôles, et sur-tout dans les parodies où il brille par la netteté et le goût qu'il met dans son chant ; ses camarades l'accusent d'aimer leur argent, mais il faut, disent ces bonnes gens, supporter ses amis avec leurs défauts.

Carlin Bertinazzi (2), de Turin, joue depuis vingt ans les rôles d'arlequin avec un succès qui l'approche des Dominique et des Tomassin ; beaucoup de farceurs sont venus pour le remplacer, parce qu'il n'attend qu'un successeur pour se retirer, mais ces prétendans étoient ses singes et non pas ses émules.

Baletti (3), fils de Mario, pue depuis dix-huit ans les rôles de premiers amoureux dans les pièces italiennes et françoises; il a de l'intelligence, mais les organes sont contre lui ; il a été très bien élevé et a fait de très bonnes études.

Véronèze (4) fait depuis vingt ans les rôles de Pantalon avec une médiocrité continue; il est Auteur très fécond, et l'on compte que depuis qu'il est h Paris, il a mis au Théâtre Italien trente-sept pièces : on l'accuse de... Mais si vous écoutez le peuple, tous les Italiens ont ce goût-là.

Champville (5), frère de Préville du Théâtre François, joue les amoureux dans la Comédie, et les paysans dans les parodies; il a été pensionnaire pendant dix ans, et il est reçu depuis

(1) Charles-Raymond de Bouillac, dit Rochard. On ignore la date de sa naissance. On sait seulement qu'il était de Paris et qu'il quitta la carrière du barreau et qu'il débuta en novembre 1740. Il vivait encore en 1789.

(2) Voyez notre note du Colporteur, p. 9.

(3) Antoine-Etienne, fils de Mario Baletti, né à Paris, en mai 172/,, mort dans cette ville, le 9 mars 1789. Elève de Louis Riccoboni, dit Lelio, il débuta dans les rôles de premier amoureux le ier février 1742. Après avoir pris sa retraite en 1746 et joué en Italie, il revint à Paris et fit sa rentrée à la Comédie-Italienne où il resta jusqu'au i5 mars 1769. On trouvera de curieux détails sur cet artiste dans les Mémoires de Casanova.

(4) Charles-Antoine Veronèse, dit Pantalon, né à Venise, en 1702, mort le 26 janvier 1762. Il débuta à la Comédie-Italienne, le 6 mai i744> et fut reçu Tannée suivante. Il a laissé quelques comédies fort médiocres.

(5) Gabriel-Eleonor Hervé de Bus, dit Soli. Il avait débuté en 1749; il quitta la scène vingt ans après. On ignore les dates de sa naissance et de sa mort.

Véronèze (i), fils du Pantalon, est un bouche-trou très médiocre ; le crédit de ses sœurs l'a fait recevoir il y a trois ans.

Il y a encore quelques autres Acteurs à pension dont nous ne parlerons pas.

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