XI
Par une relation que j'ay en Hollande, pour connoître les mauvais sujets de Paris qui s'y réfugient quand ils ont fait des friponneries ici, ou connoître les étrangers suspects qui viennent à paris, je vois souvent sur la scène deux François qui sont à la Haye mauvais sujets, esprits satyriques, ennemis déclarés de leur Patrie, faisant le métier d'auteurs qui sont en relation avec nos frondeurs de Paris qui leur envoyent des vers, des anecdotes contre tout ce qu'il y a de respectable en France et qu'ils font imprimer et courir avec la plus grande insolence. Ces deux hommes mériteroient de passer leurs jours à la Bastille, étant des chenilles et des pestes publiques.
L'un de ces deux personnages se nomme Gaubier de Barreau, fils d'un maître maçon de Paris, chassé de chez le Roy en 1749? où il avoit une charge de valet de chambre.
L'autre se nomme Chevrier, contre lequel M. le Comte de Choiseul a fait expédier un ordre du Roy, du 1er novembre 1761, pour le mettre à la Bastille avec ses papiers, le croyant à Paris.
Gaubier a été cy-devant enfermé, par ordre du Roy, à Saint- Ci) Archives de la Bastille, 12,153, fol. 270. Lettre adressée à un exempt de police.
Lazare, ensuite au Grand Chatelet pour dettes, puis après à Saint-Yon, sur la demande de ses parens, et enfin, en 1752, servoit de mouche à un officier de police.
Et Chevrier, en 1754, s'étant rendu suspect parce qu'il fournissoit à Morand, auteur, qui étoit espion du Roy de Prusse, toutes les nouvelles de Paris et de la Cour, que Morand envoyoit à ce Prince, M. Berryer envoya faire une perquisition chez luy où l'on trouva beaucoup de minuties de nouvelles qui furent saisies. Néanmoins ne fut pas arrête.
Et, en dernier lieu, on m'a mandé de la Haye, le 14 mai, que Chevrier avoit reçu par la poste de Paris, le dit jour 14, une lettre datée du 5, écriture de femme, qui contient une chanson diabolique sur l'air A la façon de Barbari, contre le Roy, ses ministres, M. le Chancelier, M. le Garde des Sceaux, et commençant par ses mots : « Pauvres François que je vous plains ». Avec laquelle chanson il y avoit quelqu'autres vers détachés dans le môme goût. C'est Chevrier qui est l'auteur du Testament politique du maréchal de Bellisle.
On pourroit négocier l'arrêt de ces deux hommes avec les États généraux qui de leur côté sont scandalisés de leur hardiesse car ils ne ménagent personne, étranger ou François.
Il y a d'autres gens réfugiés en Hollande qui ont été revendiqués par la France, que les États généraux ont fait arrêter et remettre à des préposés chargés d'ordres, etc., du Roy, qui les ont amené à la Bastille et à Vincennes.
Tels que :
Dauvy,
D'Allègre,
Maréchal, natif de Berne, en Suisse,
La Roche-Gérault,
Sa maîtresse et tant d'autres.
(1) Arch. de la Bastille, 12102, fol. 276. On lit en haut, à gauche : M. le comte de Saint-Florentin; puis, au-dessous : « Il faut me remettre cet extrait samedi pour en parler à M. le comte de Choiseul («4 may 17O2) ».