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LA LANGUE FRANÇAISE

Depuis le xviii* siècle, la langue française avait remplacé le latin comme langue officielle pour la rédaction des traités internationaux. Les socialistes et les chiméristes qui s'efforcent, en amalgamant des mots empruntés à toutes les langues, de créer un idiome commun à toute Thumanité reprennent donc une vieille idée. Pour la réaliser, ils n'auraient qu'à apprendre le latin. Mais, comme il est resté la langue de l'Église, peut-être la considèrent-ils comme un instrument clérical et réactionnaire. Peut-être surtout en trouvent-ils l'étude trop difficile. Ils s'acharnent donc à forger des Volapûck, des Espéranto, des Ido, des charabias sans vie, qui sont aux langues écrites ce que les parlers factices, tels que le prétendu argot des bouchers, dont tous les mots sont formés d'après une seule règle invariable *, sont aux véritables argots

1, Dans cet « argot des bouchers ■ la première lettre de chaque mot quand elle est une consonne est remplacée par L, ou quand elle est une voyelle doit être précédée de L. Dans le premier cas la lettre initiale est rejetée à la fin du mot accompagnée d'une désinence en ème ou en uche. Dans le second cas la même désinence prend la même place que dans le premier cas, mais avec l'appui d'une consonne quelconque, le plus souvent M. Par exemple

pleins de sève, de variété et de couleur, où les langues écrites trouvent quelquefois à s'enrichir.

A défaut du latin, les chercheurs d'une langue universelle pourraient recommander le français ou l'ane-lais. Mais leur recommandation serait sans doute mal reçue ailleurs que dans le pays dont la langue serait proposée, car on a beau être internationaliste, on a quand même son petit amour-propre national ; on a beau être un «sans-patrie», on a pourtant, sur le chapitre de la langue, un peu de ia jalousie ombrageuse dont fit preuve le premier ministre britannique Lloyd George et, avec lui, le Président Wilson au mois de janvier 1919. Le Conseil Suprême discutait le règlement de la Conférence. Étaient présents Wilson et Lansing, Clemenceau et Pichon, Lloyd George et Balfour, Matsui et le comte Chinda, enfin Sonnino. C'était le conseil des Dix où ils n'étaient que neuf, Sonnino étant seul à y représenter l'Italie.

Pichon proposa que le français fût adopté comme langue officielle pour les délibérations et les Actes de la Conférence. Il accordait que les délégués pussent présenter des observations et des communications verbales dans une autre langue, à condition que la traduction en français de ces observations et communications fût faite immédiatement. En ce cas, le texte en langue étrangère pourrait, si Fauteur le désirait, être annexé au procès-verbal.

Pichon, développant sa proposition, ajoutait a que l'égalité réciproque des États impliquait, pour chacun d'eux, le droit de se servir de sa propre langue pour ses communications, sans qu'il pût être exigé que les

« Argot des Bouchers » se dit « Larguemuche des Loucherbèmes ». Ce mécanisme n'est guère moins puéril que celui des langues internationales que les socialistes proposent à l'humaDité pour faciliter les échanges d'idées entre camarades. L'Espéranto et l'Ido, malgré toute la propagande des éditeurs de leurs manuels, ne sont pas plus parlés que le « Larguemuche •.

autres États se servissent de cette même langue.

(( Gomme dans une réunion de nombreux représentants d'États différents, l'application de ce principe conduirait à une impossibilité matérielle de s'entendre, il avait été de tout temps reconnu indispensable, dans les Conférences internationales nombreuses, d'adopter une certaine langue réunissant les conditions de logique, de clarté et de précision nécessaires et couramment intelligible pour toutes les i)arties.

« C'est ainsi qu'aux époques ayant précédé la formation définitive des langues modernes, il avait été fait usage du latin, et depuis le xviii® siècle, il a été fait usage du français.

<( Assurément, il n'y avait pas là autre chose qu'une pratique fondée sur l'expérience, mais dont jamais les faits n'avaient démenti l'utilité.

« Il n'était guère un Congrès ou Conférence, soit politique, soit technique, ayant réuni des plénipotentiaires des États des différents continents, avec mission d'établir et de signer un traité, sans que la langue française eût été employée comme langue officielle.

« Les Traités de Paris de i856, de Berlin de 18^8, le Protocole de Pékin de 1901, l'Acte d'Algésiras de 1906, les Conventions de la Haye de 1899 et 1907, les nombreuses conventions d'Union (postes, brevets d'invention, sucre, propriété littéraire, union monétaire, trafic par chemins de fer, tarifs douaniers, convention sanitaire, câbles sous-marins, etc.), avaient tous été rédigés en français.

((Bien plus, la perfection de la langue française avait été reconnue telle que, même dans les traités entre deux États, seulement, il avait été fait appela la langue française pour avoir un texte sûr, précis et devant faire foi.

« Ainsi notamment, le traité de Paix de Portsmouth du 5 septembre iqo5, entre la Russie et le Japon (art. i5) ou encore le Traité entre la Grande-Bretagne et laRussie, relatif au Thibet(3i août 1907).

« Dans le cas où, en raison de l'importance des États de langue anglaise dans les présentes Conférences de la Paix, il paraîtrait opportun de faire une part à la langue anglaise, on pourrait proposer que les actes fussent rédigés en français et en anglais, le français seul devant faire foi.

«En pareil cas, l'anglais aurait pour but de faciliter à certaines des parties Tintelligence des transactions. Le français aurait pour objet de fixer le sens exact et la portée des stipulations. »

Lloyd George regretta de ne pouvoir accepter le texte proposé. Il se défendit « d'avoir la moindre prévention contre la langue française, qu'il serait heureux de mieux posséder, mais il fît «emarquer que pour la première fois le groupe anglo-saxon avait dans une Conférence Internationale une prépondérance écrasante. Les Etats-Unis avec une population de plus de loo.ooo.Goo d'habitants, dont la langue officielle est l'anglais, l'Empire britannique avec une population de 60 à 70.000.000 d'âmes parlant anglais, sans parler de l'Empire des Indes, c'était au total, plus de 170.000.000 d'hommes de langue anglaise qui allaient se trouver représentés à la Conférence de la Paix. II ne s'agissait pas certes d'imposer la langue anglaise à la Conférence, mais seulement d'obtenir que la langue anglaise fût admise au même titre que la langue française. Peut-être, dirait-on que l'emploi de deux langues donnerait lieu à des difficultés. Ce serait une erreur. Au Canada, la langue française et la langue anglaise n'étaient - elles pas également reconnues comme langues officielles, comme, dans l'Afrique du Sud anglaise, l'anglais etle hollandais. Cette dualité n'avait jamais donné lieu à la moindre difficulté.

« Cette expérience ne prouvait-elle pas qu'il était possible d'admettre l'anglais sur le même pied que le français, car les divergences d'interprétation, qui pouvaient s'él«Yer sur le t«xte d'un Traité, étaient forcé-

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ment peu importantes, alors que dans le domaine civil, la moindre divergence peut donner lieu à d'interminables discussions. La langue anglaise était la langue de la majorité des peuples qui prenaient part au Congrès delà Paix et il était important que ces peuples pussent connaître exactement les documents officiels. Lloyd George proposa donc que la langue anglaise fût admise comme langue officielle de la Conférence au même titre que le français. »

Le baron Sonnino fît remarquer que, si Ton dérogeait à l'ancien usage d'admettre le français comme langue oflicielle, il conviendrait d'accepter également l'italien comme langue officielle. A Versailles, les procès-verbaux du Conseil suprême avaient été rédigés en français et en anglais, mais les résolutions avaient été prises dans les trois langues, le français, l'anglais et l'italien. Si l'on admettait l'anglais et le français comme langues officielles du Congrès, le baron Sonnino demanderait que les résolutions fussent rédigées dans les trois langues : français, anglais et italien.

Clemenceau ne fît aucune difficulté pour reconnaître que la langue anglaise était la plus répandue dans le monde. C'était là, dit-il, une question de fait. L'anglais avait apporté dans le monde des éléments d'activité et de civilisation que nul ne saurait contester; mais, d'un autre côté, le latin puis le français avaient été, depuis des siècles, l'un après l'autre la langue diplomatique; c'était là encore un fait historique. Quant à l'argument tiré de la dualité des langues, au Canada et dans l'Afrique du Sud, il ne saurait être utilement reconnu. Lloyd George avait dit que l'expérience prouvait que deux langues officielles pouvaient être employées sans difficultés. Une fallait pas oublier que si les difficultés s'élevaient entre particuliers pour le règlement d'intérêts privés, il y avait une magistrature souveraine pour les départager. 11 en était tout à fait autrement

lorsqu'il s'agissait des Nations. Commçnt pouvait-on oublier qu'à Berlin en 1878, comme à Versailles en 187 1, alors que la France était vaincue, nos ennemis n'avaient pas contesté le privilège traditionnel de la langue française d'être employée comme langue officielle. »

Tout en revendiquant le privilège historique de la langue française, Clemenceau reconnaissait qu'il convenait de faire une place à la langue anglaise et aussi à la langue italienne dans les délibérations de la Conférence. U serait injuste de leur refuser de leur faire cette place. Ne pourrait-on admettre la liberté de la langue, sans imposer la traduction, en déclarant qu'en cas de difficulté d'interprétation, ce serait le texte français qui ferait foi?

Le Président Wilson reconnut les droits de la langue française et rendit hommage à sa précision et à sa subtilité; mais il revendiqua pour la langue anglaise de pouvoir être appelée la langue diplomatique du Pacifique. Le traité entre la Chine et le Japon avait été rédigé en anglais. Presque toutes les transactions, dans cette partie du globe, étaient faites en anglais. La langue anglaise était sans contredit la langue prépondérante dans le monde. L'adoption de l'anglais comme langue officielle du Congrès, au môme titre que le français, n'aurait aucun caractère désobligeant pour l'Italie puisque cette langue n'avait pas le même caractère d'universalité que le français et l'anglais.

Après ces explications et, pour conclure, Clemenceau proposa le texte suivant, pour l'article 9 :

« Les langues française, anglaise et italienne, seront « reconnues comme langues officielles à la Conférence, « la version française faisant foi en cas de contesta- « tion. »

Le Président Wilson ouvrant la discussion sur ce texte reconnut que la langue française était la langue

diplomatique de l'Europe; mais il estimait quune situation nouvelle avait été créée par l'entrée en scène des États-Unis. Les accords à intervenir n'intéressaient pas seulement l'Europe mais le monde entier et il était difficile de s'en tenir aux précédents diplomatiques de l'Europe. Pouvait-on citer aucun précédent qui s'appliquât au monde entier?

Une autre difficulté venait de ce que le plus grand nombre des pays affectés par le règlement à intervenir parlait et comprenait seulement l'anglais.

Si l'on s'adressait à un Américain, il était douteux quïl pût comprendre également un texte français. Combien de Français, d'autre part, pourraient comprendre un texte anglais? C'est pourquoi il y aurait les plus grands inconvénients à ce que les décisions de la Conférence ne pussent être comprises par le plus grand nombre de ceux qu'elles intéressaient — ce qui arriverait si ces décisions n'étaient pas rédigées dans la langue de cette majorité des intéressés.

Le Président Wilson ajoutait que tout en reconnaissant la valeur des arguments présentés par le baron Sonnino, il ne pensait pas que l'adoption de la langue anglaise pût être considérée comme une marque de défaveur en ce qui concernait l'italien , et il insista vivement pour que le français et l'anglais fussent adoptés comme langues officielles du Congrès.

Lloyd George suggéra qu'en cas de désaccord sur l'interprétation d'un texte, la Société des Nations fût appelée à se prononcer sur ce différend.

PicnoN fit remarquer que non seulement les Puissances Européennes, mais encore les États-Unis d'Amérique et toutes les Puissances de l'Amérique du Sud avaient été représentées à la Conférencft de la Haye. Il avait été alors décidé que la langue française serait la langue officielle du Congrès et (jue les discours ou les résolutions proposés dans une autre

CLEMENCEAU, LLOYD GEORGE, \VILSOK 1/l9

lan-^^ue seraient résumés par les soins du Secrétariat

français d'accord avec 1 orateur.

Les États-Unis étaient représentés à la Conférence de la Haye, ils y avaient même joué un rôle considérable, et ce n'était ni la faute des États-Unis ni la faute de la France si les Conventions de la Haye n'avaient pas eu plus de portée au point de vue international. Pichon fit appel aux sentiments dont le Président avait donné tant de témoignages à la France et il lui demanda s'il estimait qu'il était juste, au lendemain de cette guerre où la France avait été si éprouvée, que le premier acte du Congrès liU de dépouiller la France du droit historique que Bismarck lui-même avait respecté. Clemenceau avait déjà fait une importante concession en mettant sur le même pied les trois langues et en se contentant de demander que le français fît foi en cas de contestation.

Le baron SonnIxNo estimait que la proposition de Clemenceau avait le grand avantage de reconnaître comme langues officielles les trois langues, et il insista vivement pour que, s'il était fait une dérogation au droit historique de la France, le même avantage fût accordé à l'italien.

Le Président Wilson déclara que^ s'il n'écoutait que ses sentiments, il n'aurait pas de peine à donner satisfaction à Pichon. Ses sentiments pour la France étaient connus. Mais il ne devait pas écouter seulement ses sentiments et il lui fallait bien envisager le côté pratique. En regardant le passé, il voyait les sacrifices de la France, de l'Angleterre et de l'Italie sur les champs de bataille, aussi bien que ceux des États- Unis. Mais il fallait tourner les yeux vers l'avenir. Or, le Congrès de la Paix devait essayer d'arranger les afi'aires du monde de manière à écarter tout conflit futur. Les décisions du Congrès ne seraient pas seulement des documents intéressants pour les historiens ;

ils seraient la base de Taction des gouvernements et de la vie des peuples. Leur interprétation affecterait la situation de millions d'hommes. La plus grande partie de ces hommes parlait ou comprenait l'anglais. Dans une affaire qui intéressait la population du monde entier, il ne fallait pas se laisser influencer par le sentiment, mais il fallait voir quelle était la langue la plus utile, la plus répandue et la plus pratique. Il fallait que les générations de l'avenir pussent dire que les négociateurs de la paix avaient cherché de leur mieux à mettre entre les mains de l'humanité un instrument susceptible de leur rendre le plus de services possibles. Ce n'était pas là une question de sentiment, mais une question essentiellement pratique.

Lloyd George reconnut que le français avait été la langue officielle du Congrès de la Haye ; mais il estimait que le public n'avait pas pris grand intérêt à ce Congrès, qui avait été une œuvre de diplomates. A l'heure actuelle, les représentants des Puissances posaient les bases d'une ère nouvelle, et il y avait d'abord à tenir compte des réalités.

Clemenceau crut pouvoir dire que les représentants des Puissances étaient plus d'accord qu'il ne semblait. Il n'oubliait pas et il n'oublierait jamais la part que la race anglo-saxonne avait prise dans la victoire, et il était, le premier, tout disposé à rendre hommage aux pays dont les habitants parlaient l'anglais. Comme le Président Wilson et comme Lloyd George, Clemenceau était animé d'un esprit nouveau et il voulait essayer de préparer un monde nouveau ; mais une chose est d'essayer, et autre chose de réussir. Ce n'était pas à l'historien qu'était le Président Wilson qu'il fallait rappeler que l'avenir est fait dupasse dans lequel plongent ses racines. Pouvait-on croire que les sentiments des hommes auraient changé après cette guerre? Les Anglais resteraient des Anglais, les Amé-

ricains des Américains, et si la guerre devait un jour recommencer, c'est sans doute sur le sol français qu'on se battrait. Il ne fallait pas oublier que cette guerre mondiale avait eu lieu en Europe, on pouvait dire en France. Les Anglo-Saxons étaient venus de tous les coins du monde pour défendre le patrimoine commun; et Clemenceau voulait être le premier à faire une part à ces peuples qui avaient joué un rôle magnifique dans la guerre, dans la défense commune. C'était pour cela que Clemenceau avait proposé, et il ne fallait pas oublier que c'était un Français qui avait pris cette initiative, que la langue anglaise fût la langue officielle du Congrès au môme titre que le français. N'y avait-il pas là la marque d'un esprit nouveau? C'est dans le même sentiment que Clemenceau était disposé à accepter également litalien comme langue oflicielle au même titre que les deux autres. Le jour viendrait sans doute où chaque peuple aurait le droit de demander que tous les accords fussent rédigés dans sa langue nationale, mais, à l'heure actuelle, c'était certainement une innovation d'admettre trois langues diplomatiques officielles et c'était le Français Clemenceau qui la proposait. Mais il y avait à faire attention ; il fallait faire une distinction entre ces textes et le petit document qui serait enterré dans les archives et sur lequel un juge pourrait être appelé un jour à se prononcer en cas de désaccord. Ne fallait-il pas que dans ce cas, l'arbitre sût exactement sur quel texte il devait se prononcer.

Lloyd George fit remarquer que l'adoption des trois langues officielles ne changeait pas grand'chose à la situation, si l'on décidait qu'en cas de contestation, ce serait le texte français qui devrait faire foi; cela revenait à dire que le texte français serait le seul texte officiel.

Lloyd George proposa de déclarer que le français et l'anglais seraient langues officielles de la Conférence, et qu'en cas de ditficultés, pour l'interprétation dçs

textes, le difiérend fût soumis à la Société des Nations qui se prononcerait sur la validité des textes.

Le Président Wilson indiqua que, dans les accords signés récemment entre les États-Unis et la France, il y avait toujours eu deux textes, l'un en français, l'autre en anglais. C'était le texte anglais qui avait toujours été soumis à l'approbation du Congrès américain, et, s'il y avait une divergence d'interprétation, ce serait le texte anglais qui serait considéré comme faisant foi pour les États-Unis. Par exemple, le traité d'arbitrage qui portait la signature de Bryan avait été rédigé en anglais et en français.

(Le Président Wilson aurait pu rappeler un précédent plus ancien : le traité d'alliance de Louis XVI avec « les insurgents » de la Nouvelle-Angleterre n'avait-il pas été fait en une double version, l'une française, l'autre anglaise?)

Après ce débat, la thèse anglo-américaine, la thèse « de la Langue du Pacifique » l'emporta. Au même titre que le français, l'anglais fut adopté comme langue officielle de la Conférence.

Avec quelque amertume, Clemenceau fit observer que cette dépossession de la France d'une prérogative qui, pendant deux siècles, ne lui avait pas été disputée en Europe, n'était peut-être pas le meilleur prélude à la fraternisation des Peuples dans la Société des Nations.

Ce qu'il avait dû abandonner pour le traité de Versailles avec l'Allemagne, le Premier Négociateur français sut le reprendre partiellement un peu plus tard. Pour le traité de Saint-Germain, la langue italienne fut acceptée comme troisième langue officielle, ce qui était juste, car la guerre avec l'Autriche avait été surtout une guerre italienne et dans la liquidation du vieil Empire de Habsbourg, son séculaire oppresseur, l'Italie était plus intéressée qu'aucune autre des Grandes Puissances. Mais la Conférence de la. Paix déclara qu'en cas de contestation sur le ^sens du

Traité de Saint-Germain le texte français ferait foi. Le même jour que le Traité autrichien, — ii septembre 1919 — trois Conventions furent signées par toutes les Puissances adhérentes à la Société des Nations. Ces Conventions concernaient le commerce international des armes et des munitions, le trafic des spiritueux en Afrique et la revision des Actes de Berlin et de Bruxelles qui avaient réglé d'autres questions africaines. Ces trois Conventions avaient été écrites seulement en français. Balfour ayant demandé pourquoi on n'en avait pas fait une version anglaise, il lui fut répondu que les Actes diplomatiques auxquels les Conventions apportaient des changements ou qu'elles complétaient n'avaient été rédigés qu'en français ; que l'adoption d'une version anglaise, dans les avenants apportés à ces actes, serait une innovation tout au moins inutile. Les Anglais sont toujours respectueux des précédents. Balfour s'inclina galamment devant le précédent. Si on ne peut donc pas dire qu'en 1919, la langue française ait conservé intact son privilège de langue diplomatique universelle, on ne peut pas dire non plus qu'elle l'ait définitivement perdu. Quelque chose de ce privilège lui a été conservé.

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