CHAPITRE XIII
| non seulement de l'aversion, mais du | mépris et de l'horreur.
Enfin, pour orner votre âme des vertus,
| et pour vous en faire de saintes habitudes,
il faut produire beaucoup d'actes de celles qui Sont contraires à vos passions déré-
| glées. Par exemple, si vous voulez acquérir |; une parfaite douceur dans les occasions
| d’impatience qu’on vous donne en vous
méprisant, il ne suffit pas d'employer les trois sortes d'armes dont nous venons de parler pour vaincre la tentation: il faut
| de plus que vous aimiez le mépris qu’on
fait paraître pour vous, il faut que vous désiriez d’être souvent méprisé de la même sorte, et par les mêmes personnes; il faut que Vous vous proposiez de souffrir encore
| de plus grands outrages.
La raison pour laquelle on ne peut se
| perfectionner dans la vertu sans ces actes
contraires aux vices qu'on veut corriger est que tous les autres actes, quoigr'ils soient d’une fort grande efficacité e. en très grand nombre, ne sauraient ôter jusqu’à la racine du mal. Ainsi, pour ne point
| Changer d'exemple, quoique vous ne con- | Sentiez pas aux mouvements de colère qui | Vous viennent lorsqu'on vous méprise, | mais que vous les combattiez de toutes
les manières que nous avons indiquées,
Sachez néanmoins que, si vous ne vous
aCccoutumez à aimer l’opprobre et à vous en faire un sujet de Joie, vous ne parvien-
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drez jamais à déraciner de votre cœur le | vice de l’impatience, qui naît d’une trop grande crainte d’être méprisé du monde et d’un désir tro » ardent d’en être estimé ; car enfin, tant que cette méchante racine demeurera dans votre âme, elle poussera toujours, et votre vertu s’affaiblira, peut- | être même qu'avec le temps vous vous trouverez destitué de toute vertu, et dans un danger continuel de retomber malheureusement dans vos désordres passés.
N’espérez donc pas obtenir jamais les vertus solides, si par des actes fréquents de ces mêmes vertus vous ne détruisez les vices qui leur sont directement opposés.
Je dis par des actes fréquents; car, comme il faut plusieurs péchés pour former une habitude vicieuse, il faut aussi plusieurs actes de vertu pour produire une habitude sainte, qui soit parfaite et incompatible avec le vice. Il faut même un plus grand nombre d’actes de vertu pour faire une habitude sainte, qu’il ne faut de péchés | pour en faire une vicieuse, parce que la | corruption de la nature fortifie toujours | celle-ci et affaiblit l’autre.
Remarquez de plus que, si la vertu que vous voulez pratiquer ne peut s’acquérir | sans quelques actes extérieurs conformes aux intérieurs, ainsi qu'il arrive dans la | patience, vous devez non seulement parler | avec charité et douceur, mais rendre tous | les services imaginables à celui qui vous