CHAPITRE XIX Fé
ceux qui leur sont contraires, parce qu’en nous efforçant de les dissiper par ceux qui leur sont contraires, nous y pensons malgré nous, et nous en conservons les images.
Contentez-vous donc de méditer sur la vie et sur la Passion de Notre Seigneur ; et si durant ce saint exercice les mêmes pensées vous reviennent, si elles vous font plus de peine qu'auparavant, comme cela peut vous arriver, ne vous découragez pas et ne quittez pas la méditation. Bien loin de faire de grands efforts pour les chasser.
méprisez-les comme venant du démon et non pas de vous; continuez seulement à méditer avec toute l'attention possible sur la mort de votre Sauveur, parce qu'il n’est rien de plus puissant pour repousserl’esprit immonde, quand même il serait déterminé à vous faire éternellement la guerre.
Vous finirez votre méditation par cette prière, ou par quelque autre semblable : O mon Créateur et mon Rédempteur, délivrez-moi de mes ennemis par votre infinie bonté et par les mérites de votre sainte Passion. Mais souvenez-vous, en disant cela, de ne point penser au vice dont vous essayez de vous défendre, parce que la moindre idée en est dangereuse. Surtout prenez garde à ne pas perdre de temps à disputer avec vous-même Pour savoir si vous avez consenti ou non à la tentation ; car cette sorte d'examen est une invention de l'ennemi, qui, sous prétexte d’un bien
apparent, d'une obligation chimérique, | veut vous donner de l'inquiétude, ou espère | | du mcins vous faire prendre pi plaisir | | à ces images impures dont i occupe votre | esprit.
ors donc qu’il ne paraît pas clairement que vous ayez consenti au mal, il doit vous suffire de déclarer en peu de mots à votre père spirituel tout ce que vous savez; et, selon ce qu’il vous dira, tenez-vous l'esprit en repos et n'y pensez plus. Mais découvrez-lui fidèlement tout le fond de votre Cœt., sans jamais lui rien cacher, ni par une mauvaise honte, ni par quelque autre raison que ce soit; Car si l'humilité vous est nécessaire pour vaincre généra- | lement tous vos ennemis, combien devezvous en avoir besoin pour vous délivrer de ce vice, qui est presque toujours un châti- | ment de l’orguc:!!
Enfin, quand la tentation est passée, | voici ce que vous avez à faire. Quoique | vous jouissiez d’une grande paix, et que vous croyiez être en assurance, fuyez | néanmoins tant que vous pourrez les objets qui ont fait naître la tentation, et ne souffrez point qu'ils entrent dans votre esprit, sous quelque prétexte que ce soit; car ce sont des artifices de la nature corrompue, et des pièges du démon, qui contrefait | l'ange de lumière pour vous entraîner avee lui dans les ténèbres extérieures, qui sont celles de l'enfer,