‹ Le combat spirituel [microforme]Chapitre 67 sur 184 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

fauts, vous ne laissez pas de vouloir passer pour saint dans l’esprit des hommes.

Afin donc que cette connaissance vous délivre de la vaine gloire et vous rende agréable à Celui qui est le père et le modele des humbles, ce n’est pas assez que “ous ayez un humble sentiment de vousmème, jusqu'à vous juger indigne de tout bien et digne de tout mal; il faut que vous désiriez être méprisé du monde : il faut que vous ayez horreur des louanges, que vous aimiez les opprobres, et que dans les occasions, vous preniez plaisir à exercer les ministères les plus bas. Faites peu de Cas de ce qu’on pensera de vous lorsqu'on Vous verra embrasser tout ce qu'il y avra de plus abject : tâchez seulement de vous occuper à ces sortes d'exercices par un pur motif d’humilité, et non par un sentiment d’orgueil, par une fierté naturelle qui, sous l'apparence d’une générosité chrétienne.

fait qu’on méprise les discours des hommes et qu'on se moque de leurs jugements.

Si quelquefois on vous témoigne de l’af. ,

fection et de l'estime, si l’on vous loue de quelques bonnes qualités que vous avez reçues d'en haut, recueillez-vous aussitôt en vous-même, et, fondé sur les principes de la véritéet de la Justice que nous venons d'établir, dites à Dieu de tout votre cœur :

Seigneur, ne permettez pas que je dérobe votre gloire, en attribuant à mes propres forces ce qui n’est qu'un pur effet de votre

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grâce; qu'à vous soient l'honneur et la Jouange, et à moil'opprobreet la confusion.

Puis, vous tournant vers les personnes qui vous louent, dites au fond de votre cœur :

Quel sujet peut avoir cet homme de me louer? Quelle bonté, quelle perfection trouve-t-il en moi? Il n’y a que Dieu qui soit bon, et iln'y a que ses œuvres qui soient parfaites. Humiliez-vous de la sorte, rendez à Dieu ce qui est à Dieu, vous vous défendrez par là de la vanité, et vous mériterez de jour en jour de plus grandes grâces.

Si le souvenir de vos bonnes œuvres fait naître en vous quelque vaine complaisance, étouffez-la aussitôt, en considérant ces bonnes œuvres non comme venant de 4 is, mais comme venant de Dieu, et en disant en toute humilité, comme si vous leur parliez : Je ne sais comment vous avez éte conçues dans mon cœur, ni comment vous êtes sorties de cet abîme de corruption et de péché, car ce n’est point moi qui vous ai formées, c’est Dieu qui vous a produites, et qui a eu la bonté de vous conserver. C’est donc lui que je reconnais pour votre principal auteur ; c’est lui que je veux et que je dois remercier ; c’est à lui que je renvoie toutes les louanges que l’on me donne.

Considérez après cela que toutes les actions de piété que vous ayez jamais faites, non seulement n'ont point répondu à l'abondance des lumières et des grâces que Dieu vous avait communiquées pour les

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bien faire, mais que de plus il s’y est glisse beaucoup de défauts, et, que l'on n'y trouve point cette pureté d'intention, cette lerveur, cette diligence que vous deviez y apporter.

Si vous les examinez comme il faut, bien loin d'en tirer vanité, vous n'en aurez que de la confusion, voyant le peu de profit, ou, pour mieux dire, le mauvais usage que vous avez fait des grâces divines.

Mais comparez après cela vos actions avec celles des plus grands saints, vous rougirez de la différence qu'il y a entre les unes et les autres. Si vous les comparez ensuite aux travaux du Fils de Dieu, dont toute la vie n'a été qu’une croix perpétuelle, quand même vous ne vous arrêteriez pas à considerer la dignité de sa personne et que vous n'auriez égard qu'a la grandeur de ses travaux et à cet amour si pur avec lequel il les a soufferts, vous devrez avouer que jamais vous n'avez rien fait ni rien souffert qui en approche.

Enfin si, levant les yeux au ciel, vous envisagez la souveraine majesté de Dieu, qui mérite des adorationsinfinies,vous verrez Clairement que toutes vos bonnes œuvres sont pour vous un sujet de crainte plutôt que de vanité. C’est api bac quelque bien que vous fassiez, vous devez touiours dire avec un profond sentiment

‘humilité: Mon Dieu, ayez pitie de moi, qui suis pécheur. (Luc, XVIÏL, 13.) Gardez-vous aussi de publier trop facile-

| ment les grâces que Dieu vous a faites, car cela déplait presque toujours à N.5, ainsi qu'il l’a témoigné lui-mème de la manière ue je vais dire. Un jour étant apparu àaune e ses servantes Sous ja forme d'un petit enfant, et sans nulle marque de sa divinité, elle le pria tout simplement de reciter la Salutation angélique. 11 le tit à l'heure même: mais quand il eut dit: Vous êtes bénie entre les femmes, il s’arrèta, ne voulant pas ajouter ce qui était à sa louange :

et comme elle le pressait d'achever. il disparut, laissant cette âme sainte remplie | de consolation, et plus convaincue que | res de l'importance de l'humilité par ‘exemple qu'il venait de lui en donner.

Apprenez encore à vous humilier dans toutes vos œuvres, en les regardant comme des miroirs qui vous représentent admirablement bien votre neant. C'est la le fondement de toutes les vertus ; car, comme Dieu, e, créa de rien notre premier père, | fonde maintenant tout l’éditice spirituel sur cette verite “econnue, que de nous-mêmes nous ne sommes rien : de sorte que plus nous nous abaissons, plus l'édifice s'élève ; et à me -ure ue nous creusons dans la terre, que nous ecouvrons le fond de notre néant, le sougerain architecte pose les pierres solides qui servent à la structure de cet édifice mystérieux. Persuadez-vous donc bien que vous ne sauriez jamais descendretrop bas,

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