CHAPITRE XLIV
toutes nos forces pour nous rendre dignes | de la grâce que nous désirons obtenir ; car l'exercice de l’oraison et celui de Ja | mortification intérieure ne doivent jamais aller l’un sans l’autre, parce que c’est . tenter Dieu que de lui demander une vertu, et de ne pas se mettre en peine de la pratiquer ; 5° Avant de rien demander à Dieu, rendons-lui de très humbles actions de grâces pour tous les biens qu'il lui a plu de nous prodiguer. Nous pourrons lui dire : Sei- #neur, qui, après m'avoir creé, m'avez racheté par votre miséricorde, et m'avez ensuit: délivré une infinité de fois de la fureur de mes ennemis, venez maintenant à mon secours: et, oubliant mes ingratitudes passées, ne me refusez pas la grâce que je vous demande. Si, dans le moment même où nous voulons obtenir quelque vertu en particulier, nous sommes tentés du vice contraire, ne manquons pas de remercier Dieu de l'occasion qu'il nous donne d'exercer cette vertu, car ce n'est point une petite faveur ; 6° Comme l’oraison doit toute sa force et son efficacité à la souveraine bonté de Dieu, aux mérites de la vie et de la passion de Notre Seigneur, et à la promesse | qu'il nous a faite de nous exaucer, nous | terminerons toujours nos prières en pro- | duisant quelques-uns des sentiments qui suivent : Je vous conjure, Seigneur, par
| votre divine miséricorde, de ne pas me re-
fuser cette grâce : accordez- -moi, par les mérites de votre Fils, ce que Je vous demande. Souvenez-vous, à mon Dieu, de vos promesses, et exaucez mes prières. Queluefois il sera bon d'employer auprès de Dieu l’intercession de la sainte Vierge et des autres saints; car ils ont au ciel beaucoup de pouvoir, et Dieu prend plaisir à les honorer à proportion de l'honneur qu'ils lui ont rendu pendant leur vie;
7° Il faut de plus persévérer dans cet exercice, parce que le Tout-Puissant ne peut résister à une humble persévérance dans la prière.
Si l’importunité de la veuve de l’'Evangile put fléchir un méchant juge, comment nos prières ne toucheraient-elles pas un Dieu infiniment bon? Et, ainsi, quand il tarderait à nous accorder nos demandes, quand il semblerait ne vouloir pas même nous écouter, nous ne devrions pas pour cela perdre la confiance que nous avons en son infinie bonté, ni cesser de le prier, parce qu'il a au souverain degré tout ce qui est nécessaire pour pouvoir et vouloir nous faire du bien. Si donc il ne manque rien de notre côté, nous “btiendrons infailliblement ce que nous demanderons,
! ou quelque chose de meilleur, et peut-être
même l’un et l’autre. Au reste, plus nous croirons être rebutés, plus il faut que nous concevicus de mépris et de haine pour
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| nous-mêmes: de telle sorte néanmoins | qu'en considérant nos misères nous envi- | sagions toujours la divine miséricorde, et |
que, bien loin de diminuer notre confiance en elle nous l’augmentions dans la pensée que, plus nous demeurerons fermes dans une humble défiance de nous-mêmes, plus | nous aurons de mérite. | Enfin ne cessons jamais de remercier Dieu : bénissons également sa sagesse, sa | bonté, sa charité, soit qu'il nous refuse, | soit qu’il nous accorde nos demandes: et, | quoi qu’il arrive, demeurons toujours tran- | quilles, contents, et soumis en tout à sa | Providence. | | Î ] |
ne PR CHAPITRE XLV
Ce que c’est que l'oraison mentale
‘ORAISON mentale est une élévation de
| l'esprit à Dieu dans laquelle on lui demande, ou expressément, ou tacitement les choses dont on croit avoir besoin.
On les lui demande expressément, lorsque du fond du cœur sn lui dit : O mon Dieu, accôrdez-moi cetie grâce pour l'amour de votre saint nom; cu bien : Seigneur, je crois fermement que vous voulez et qu'il est de votre glaire que je vous demande cette faveur : aCcomplissez donc maintenant en moi votre divine volonté. Quand nos ennemis nous attaquent et nous pressent le plus vivement, nous pouvons lui
faire cette prière : Hâtez-vous, Seigneur de me secourir, de peur que je ne devienne la proie de mes ennemis: ou cette autre :
Mon Dieu, mon refuge et toute ma force, secourez-moi promptement, de crainte que je ne succombe. Si la tentation continue, nous continuerons aussi à prier de la même sorte, résistant toujours courageu”
‘sement au malin esprit. Quand le plus
fort du combat sera passé, nous nous tournerons vers Notre Seigneur, et le priant de considérer d’un côté les forces de notre ennemi, de l’autre notre faiblesse, nous lui dirons: Voici, à raon Dieu, votre créature, voici l'ouvrage de vos mains, voici cet homme que vous avez racheté de votre sang ; voyez le démon qui s'efforce de vous l'enlever et de le perdre. C'est à vous que j'ai recours; cest en vous que je mets ‘toute ma confiance. parce que je sais que vous êtes infiniment bon et infiniment puissant. Ayez pitié d’un aveugle, quoique volontaire, qui sans le secours de votre grâce ne peut éviter de tomber entre les mains de son ennemi. Assistez-moi donc, à mon unique espérance, Ô toute la force ‘de mon âme.
On demande tacitement des grâces à Dieu, lorsqu'on se contente de lui représenter ses besoins sans rien dire davantage. Etant donc en sa présence, et reconnaissant que de nous-mêmes nous ne sommes point capables d'éviter le mai ni