‹ Le comic almanackChapitre 2 sur 76 · CHARMANTES ÉTRENNES · texte numérisé non relu

CHARMANTES ÉTRENNES

Du i5 décembre au 8 janvier, jelez les yeux sur un journal ou sur une muraille; entrez dans une boutique ou dans une des colonnes qui n’ornent j pas les boulevards, lisez les Planclieltes-AJfiches ou n’importe quel prospectus, et partout vos yeux seront poursuivis par ces deux mots que les industriels de l’époque voudraient pouvoir écrire en lettres de feu : — Charmantes Etrennes!

A cette époque de l’année, si l’on en croit nos gaillards, tout devient un ravissant cadeau de nouvel an.

Le Chocolat ferrugineux, — charmantes etrennes !

Le Double-Liégeois, — charmantes éirennes !

Les OEuvres complètes de Paul de Kock, — charmantes etrennes !

Le Clysobol à jet continu, — charmantes élrennes!

Le Racaliout des Arabes, — charmantes élrennes !

Socques articulés, pastilles de Vichy, pastilles du sérail, graine d’orgueil de la Chine, graine de moutarde blanche, bonbons de M. Terrier, bonbons de M. Mothès, — charmantes, charmantes, charmantes étrennes !! !

L’usage antique et solennel du cadeau de deux oranges est ce qui me semble du mieux inventé pour étrennes; — car l’orange a cela de bon qu’elle n’a aucune nuance politique et qu’elle peut s’offrir indistinctement à tous les âges et à tous les sexes, — y compris les vieilles portières, qui ne j sont plus d’aucun sexe; et, ce qu’il y a de meilleur dans l’orange, c’est | qu’elle ne se mange pas. — On la reçoit à dix heures et on l’offre à une autre personne à midi, — laquelle autre personne la réoffre à une troisième à midi et demi , et ainsi de suite jusqu’au soir.

La même orange qui a coûté dix sous, — pardon, M. le préfet de police, cinquante centimes, — peut servir à faire des cadeaux d’étrennes pour plus de vingt-cinq francs, — jusqu’à ce qu’enfin elle tombe entre les mains d’une personne qui a encore le préjugé de croire qu’au ier janvier on doit se procurer la jouissance d’une salade d’orange. — Alors ce petit globe jaune, qui roulait depuis le matin comme un astre vagabond, se voit tout à coup arrêté dans sa course et va se heurter contre un compotier qui, de sa voix terrible, lui crie : — Tu n’iras pas plus loin.

Il est fort heureux que les oranges et les almanachs ne puissent pas servir d’une année à l’autre, car sans cela ces objets se transmettraient de génération en génération, et l’on s’offrirait encore en t843 des petits cadeaux contemporains du roi Janus, l’inventeur de la plaisanterie en question !

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